‹ Les États-Unis, origine, institutions, developpementChapitre 29 sur 79 · I.E MARVLANI · texte numérisé non relu

I.E MARVLANI

^'nai»c\s irrëciisabh^s, écrits ot verbaux, de la conduite (lu clei'i>'c })rotestaut du Marylaud, (juc j(î suis confondu de surprise* en voyant (j[ue Dieu a épargné une Eglise si universellement corroni])ue, et qu'il n'a j)oint retiré sa lumière de ce triste lieu." C'est en ces termes sévères que Campbell, auteur de la biographie de l'archevê({U(* Carroll, flétrit les persécuteurs des catholiques du Marylaud.

Ils ne retrouveront leurs droits (ju'au moment où les colons américains se soulèveront contre rAngieterre. Ce jour-là l'intérêt pousse les persécuteurs à se faire humbles ; ils supplient leurs victimes d'oublier le passé pour se joindre à eux dans leur entreprise contre l'Angleterre. " Nous })rions, nous conjurons tous les habitants du Marylaud, au nom de leurs devoirs envers Dieu, le pays et la postérité, de s'unir cordialement dans une défense comnuuie de nos droits et de nos libertés." ^^^

Quelle conduite les catholiques devaient-ils tenir ? Certes ils avaient autant à se plaindre de l'Angleterre qui les avait abandonnés à la tyrannie des protestants que de leurs concitoyens ; ils avaient eu plus les mêmes griefs que ceux-ci contre la mére-patrie. Ils n'hésitèrent pas à faire cause conmiune avec leurs persécuteurs, d'autant plus que le concours demandé était le prix de leur affranchissement.

(1) MacMahon, Hlfitory of Maryland.

CHAIM THE XII

La société des amis ou Quakers, leur croyance. — Penn, un des membres de cette secte, obtient une concession de terre en Amérique. — Son caractère. — Il traite les Indiens avec humanité. —Ses adhérents lui font la guerre. — Franklin en Pennsylvanie.

Parmi les sectes auxquelles la doctrine du libre examen a donné naissance au seizième et au dix-septième siècle, il n'en fut pas de plus étrange que celle dite : des amis, ou des quakers, dont un certain nombre vinrent chercher un refuge contre la persécution religieuse, en Amérique. Les Etats de Pennsylvanie, du Delaware et du New Jersey les comptent comme leurs pionniers. Selon les quakers, la Bible est un livre très obscur dont l'homme ne peut pénétrer le sens qu'à l'aide d'une étincelle divine qu'il cache dans son for intérieur et qu'ils appellent '' i7îner lighty Cette lumière est le guide de la foi et la raison déterminante de la conviction. Donc, autant d'interprétations différentes que d'individus. Ce point de départ éloignait le quaker du puritain qui n'admettait ^interprétation individuelle qu'autant qu'elle cadrait avec ses intérêts. Aussi l'inimitié d'une secte pour l'autre était-elle vive et valut aux amis de nombreuses persécutions dans leur nouvelle patrie. Ceux-ci, puisant leur règle de conduite dans l'Evangile, étaient de mœurs plus douces que leurs ennemis, condamnaient la violence

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comme moyen de répression des crimes et se faisaient une défense expresse de porter les armes.

Pour se distinguer des gentils et suivre l'exemple des chrétiens de l'Eglise primitive, ils affectaient une grande simplicité de costume, de manières et de langage. L'anglicanisme les voyait d'un mauvais œil et les proscrivait presque autant que les catholiques. La persécution en avait chassé un bon nombre de l'Angleterre lorsque William Penn, le plus célèbre d'entre eux, et une des plus singulières figures de l'époque, forma le projet d'assurer à la secte, la paix et la liberté de conscience hors de la Grande-Bretagne. Il était le fils de l'amiral Penn, marin distingué, ayant rendu de grands services à son pays. De bonne heure, le futur fondateur de la Pennsylvanie avait été touché par les prédications des quakers, et son père, voulant le détourner d'une vocation religieuse qui ne lui agréait point, l'envoya à Paris. Mais les plaisirs de la grande ville n'eurent aucune prise sur ce jeune enthousiaste religieux. La réputation d'Amyrault l'attira à Nantes auprès de ce théoloi>ien calviniste. A son retour en Angleterre, rien ne put l'empêcher de s'unir aux amis, après la mort de son père. C'est alors qu'il demanda à Charles II une concession de terre en Amérique, comme compensation d'une dette due par la Couronne à l'amiral Penn. Le roi aimait l)eaucoup ce singulier personnage et l'admettait en sa compagnie. On rapporte que la première fois (|u'il parut à la cour avec son chapeau à larges bords sur la tête, — il était d'usage chez les quakers de rester couverts partout, — le roi lui dit : '' Il est de règle dans cette demeure qu'une seule personne reste couverte." — " Fort bien," répondit Penn, tutoyant le roi à la façon

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(les siens>''tu poux enlever ta coifî'ure." ( ''était, nial^ré ses excentricités, un lionune reniar([ua])le et bien supérieui' à ses adhérents ([u'il conduisit dans le nouveau monde. C'est môme cette supériorité qui fit son malheur, car elle le poussa à donner à la Pemisylvanie un code de lois trop avancées poui* l'époque. Son attachement à la liberté l'engagea dans une voie où il ne trouva que déceptions et dégoût.

Les lettres [)atentes de Charles II constituaient son ami propriétaire absolu de sa concession et c'est le roi lui-même qui donna à cette contrée, malgré les protestations de Penn, le nom de Pennsylvanie. Le fondateur de cette colonie établit le gouvernement nouveau sur les bases les plus larges, entendant traiter ses sujets en bon prince. La charte, qu'il leur donna, appelait tous les citoyens à participer au gouvernement de la plantation. Il est curieux d'observer le langage tenu par Penn à ses amis. On croirait entendre discourir un précurseur de Montesquieu. Selon Penn, le pouvoir est une émanation de la puissance divine, qui doit aider l'individu à ftiire le bien et à éviter le mal. Aucun mode absolu de gouvernement ne convient à tous les peuples, et il y a des raisons particulières de se décider pour telle ou telle forme. Pour lui, tout gouvernement est bon, quelle que soit sa structure, (piand la loi constitue une règle de conduite acceptée de tous et que le peuple prend part à sa confection. C'e qui est important, c'est d'avoir des hommes droits et justes pour exécuter la loi, car si elle est mauvaise, ils en atténueront les effets ou la feront réformer.

Trait singulier à noter, le quaker du Jersey, organisé à l'image de la Pennsylvanie, confiait à son député ce

que de nos jours l'on nomme un mandat impératif, et lui accordait un salaire d'un clielin par jour, afin de lui rappeler qu'il était le serviteur du peuple. Les lois données par leur chef aux quakers étaient l)eaucoup moins sévères que celles de la Nouvelle-Angleterre. La législation pénale visait la réforme plutôt que la punition du criminel, appliquant une théorie humanitaire moderne ])ien longtemps avant qu'elle eut été préconisée par les philosophes de la fin du dix-huitième siècle. Après la disparition de Penn, les quakers finirent par assimiler leurs lois à celles des provinces voisines. On cite avec éloges la conduite de Penn à l'égard des Indiens, qu'il traita avec la plus grande humanité. La gravure populaire le représente, sous le chêne légendaire, au milieu des tribus sauvages, et les invitant à se confier à lui. La lettre suivante qu'il leur adressait mérite d'être reproduite.

" Mes amis,

" Il y a un Dieu grand et puissant qui a fait le monde et toutes les choses qui s'y trouvent, auquel vous et moi et tous les peuples nous devons l'exLstence et le bien-être, et envers lequel nous sommes comptables de tout ce que nous faisons ici-bas.

" Ce Dieu grand a écrit sa loi dans nos cœurs ; elle nous enseiofne et nous commande de nous aimer, de nous aider et de nous faire du bien les uns aux autres. Il a plu à cet Être Suprême de me donner un intérêt dans cette partie du monde que vous habitez, et le roi de mon pays m'y a octroyé une provmce. Mais je ne veux en profiter que de votre agrément et de votre consentement, afin que nous puissions toujours vivre en paix, dans des rapports

de bon voisinage. Le Dieu grand qui nous a créés, a-t-il entendu (|ue nous nous dévorions et nous détruisions les uns les autres ? N'a-t-il pas plutôt voulu que nous vivions avec modération et affection les uns pour les autres ? Je tiens à vous dire combien je suis peiné des mauvais traitements et de l'injustice dont vous avez eu tant à souffrir, de la part des Européens qui n'ont songé qu'à eux dans leurs rapports avec vous, et ont tant abusé de votre confiance, au lieu de vous donner l'exemple de la bonté et de la patience. Vous en avez éprouvé beaucoup de peine, et telle est la cause, sans doute, des haines et des vengeances qui ont été portées jusqu'à l'effusion du sang ; ce qui a soulevé le courroux de Dieu. Je ne suis pas un homme de cette sorte, on le sait très bien dans mon pays. J'ai beaucoup d'affection et de considération pour vous, et je désire me concilier votre amitié et la conserver au moyen de rapports paisibles fondés sur la bonté et la justice. Les hommes que je vous envoie partagent mes sentiments et se conduiront en toutes choses, d'accord avec ces principes. Si quelqu'un d'entre eux venait à vous offenser, vous recevriez une satisfaction immédiate, par le moyen d'un tribunal composé d'hommes justes pris en égal nombre, dans vos rangs et parmi les nôtres ; de telle manière qu'il ne vous reste aucun sujet sérieux de dissatisfaction, etc., etc."

Pour nous, Canadiens, rien n'a lieu de nous surprendre dans ce langage du célèbre quaker ; c'est celui que tenaient tous nos gouverneurs aux indigènes. Mais pareilles paroles sonnaient étrangement dans les colonies anglaises où l'Indien, considéré comme un être de race inférieure, se sentait assimilé à la bête fauve et traqué comme elle.

Sous les auspices de son propriétaire, la Pennsylvanie prit un développement énorme en quelques années. Lorsqu'il y mit pied à terre en 1682, avec une centaine d'émigrés, il trouva établis sur ses terres près de o,000 colons hollandais, anglais et suédois. Deux ans après l'arrivée de Penn, sa concession qui s'étendait d'un point sur la Delaware à douze milles au-dessus de New- Castletown, le long de cette rivière jus(|u'au 43èine degré de latitude nord, comptait déjà 7,000 habitants répandas dans vingt towns. La grande préoccupation des (piakers était de s'enrichir et Penn leur reprocha souvent de se retrancher hypocritement derrière leurs principes religieux pour atteindre leur but. C'est ainsi (jue les nègres, attirés en Pennsylvanie sous prétexte de les convertir au christianisme, étaient réduits en esclauage, et l'assemblée fermait les yeux sur la piraterie qui s'exerçait ouvertement. Ils refusaient de prendre part à la défense du pays, sous })rétexte (pi'il leur était interdit, par leur croyance, de verser le sang humain. Mais comme ils trouvaient bien des accommodements avec leur foi, lorsqu'il s'agissait d'avancer les intérêts matériels de la communauté,— à preuve leur attitude vis-à-vis des noirs, — leurs voisins étaient en droit de l)lânier cette neutralité dangereuse pour les colonies en général. Tout ce qu'il fut possible d'obtenir de l'assemblée, ce fut, à deux reprises, des sul)sides destinés à parer aux frais des guerres soutenuf^s ccmtre les Français.

La constitution donnée par Penn fut moditiée à trois reprises, à la demande des colons avec lesquels il ne l'éussit jamais à s'entendre. Ils lui reprochaient ses actions, son âpreté au gain. Entendant dire, un jour, (|ue le fameux (piaker songeait à céder sa j)ropriété, ils

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