‹ Les États-Unis, origine, institutions, developpementChapitre 28 sur 79 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Lord Baltimore fonde, au profit des catholiques, le Maryland, qui lui a été donné en pleine propriété. — Il accorde à ses censitaires une charte très libérale. — Il établit la liberté de conscience— Les puritains et les anglicans viennent s'établir dans la nouvelle colonie et, après s'être emparé du pouvoir, pers'écutent les catholiques.

Du portrait peu sympathique de l'aventurier réformateur Roger Williams, le regard se porte avec plaisir sur la grande figure de George Calvert, le fondateur du Maryland et le véritable initiateur de la liberté de conscience en Amérique. Rendons hommage à sa mémoire, car il voulut sacrifier au bonheur de ses coreligionnaires son repos, sa fortune et son avenir. Par sa probité et sa haute intelligence, il s'était élevé au poste de secrétaire d'Etat, sous Jacques 1er, qui l'afFectionnait beaucoup. Il était en passe de parvenir encore plus haut lorsqu'on le vit donner sa démission et abjurer le protesstantisme. C'est après cet acte de désintéressement que Jacques 1er l'appela à la pairie sous le nom de lord Baltimore. Il n'en persista pas moins dans son projet d'assurer aux catholiques un refuge contre la persécution, et il obtint de Charles 1er, fils de Jacques 1er, une concession de terres en Amérique. La mort ne lui laissa pas le temps de donner suite à son généreux projet, dont hérita son fils Cecil, auquel la charte fut adressée, le 20 juin 1632.

Elle constituait lord Baltimore et sa descendance propriétaires du Maryland, à perpétuité, avec les droits les plus étendus. C'était une souveraineté créée en sa faveur et Cecil prit la charte au pied de la lettre, car il entendait former sur la terre d'Amérique, auprès des Etats démocratiques de la Nouvelle-Angleterre, une espèce de féodalité. C'est son frère, Léonard Calvert, qui fut chargé, en 1634, de prendre possession du Maryland. Il s'y rendit avec deux cents Anglais, tous catholiques. Son premier soin fut de faire appel à l'immigration européenne à laquelle il promettait de grands avantages. Mais son plan de créer des baronnies n'eut aucun succès. Les lettres patentes, comme nous venons de le dire, conféraient à lord Baltimore des pouvoirs très considérables. Il était d'usage, à cette époque, de réserver au gouvernement le droit de veto sur la législation coloniale des établissements qui relevaient directement de la Couronne {croivn colonies). Mais Charles 1er avait fait abandon de ce privilège et s'était même engagé ^ — exception singulière chez un monarque aussi absolu — à ne frapper d'aucun droit les produits du Maryland.

D'ai)rès les lettres patentes de Charles 1er, la souveraineté du lord propriétaire du Maryland était donc presque complète. N'était-ce pas là un cadeau onéreux au moment où le parlement l)attait en brèche le pouvoir personnel du monarque anglais ?

Le soufïle révolutionnaire qui agitait la Grande- Bretagne, ne traverserait- il pas la mer pour assaillir l'onuiipotence de l'ami du roi ? C'est sans doute la pensée qui se présenta à res])rit de lord Baltimore et il se garda bien de risquer en Amérique la partie que ^son maître était en train de perdre en Europe.

LE MARVF.AND <)H

Aussi, se (lëcida-t-il à faire à sc^s sujets la part la plus lai'ge possible de ses pouvoirs. La liberté de conscience fut offerte à tous les cultes. " Toute discussion sur les choses de la religion, était-il écrit dans la constitution, est défendue dans le but de prévenir des sujets de troubles et la création de factions." A cet acte de tolérance vint s'ajouter la liberté politique la plus étendue, cartons l^^freemen reçurent le droit de participer à l'administration de la chose publique. C'était la mise en pratique du suffrage universel avant qu'il fut connu ailleurs, même de nom.

Le lord propriétaire ne se réservait que l'initiative des lois à la cour générale, qui avait été organisée à l'instar de celle du Massachusetts. A sa crrande surprise, toutes ces concessions restèrent en deçà des ambitions de ses sujets qui, en véritables Anglo-Saxons, estimaient qu'ils n'avaient pas le self-(fovernment, tant qu'il leur restait un privilège à conquérir. Il fallut céder sur ce point et aussi séparer la cour générale en deux chambres. Mais, ces querelles qui se réglèrent à l'amiable, n'étaient rien en comparaison des embarras (pii attendaient le Maryland.

La Virginie et le Massachusetts voyaient d'un mauvais œil l'établissement, à leurs côtés, d'une colonie catholique, et se mirent en tête de lui susciter toutes espèces d'ennuis, tout en caressant le projet de la dépouiller de ses privilèges. Petit à petit, des migrations d'anglicans, de puritains et de presbytériens, s'introduisirent, à la faveur du régime de la liberté de conscience, sur le domaine de lord Baltimore, et lorsqu'ils se crurent assez forts, ils levèrent l'étendard de la révolte. L'avènement de Cromwell favorisa leur dessein et le

parlement anglais déclara lord Baltimore déchu de ses droits. Cette confiscation constituait une telle injustice que le Protecteur recula devant la responsabilité de la sanctionner, et le Maryland fut rendu à son propriétaire légitime. La lutte se continua avec des alternatives de succès et de revers pour les catholiques, auxquels la restauration des Stuarts vint rendre courage, mais la révolution de 1688 porta le dernier coup à leur influence. Sous le règne de Guillaume et de Marie, le protestantisme triomphe sur toute la ligne. Les promoteurs de la liberté de conscience deviennent les victimes d'une odieuse persécution qui durera jusqu'à la révolution de 1775. Les catholiques ne sont plus dès lors que des parias et des proscrits. Défense est faite aux prêtres de célébrer la messe ailleurs que dans l'intérieur d'une lamille ; l'exclusion des catholiques de toutes fonctions publiques est proclamée. On met de côté, lorsqu'il s'agit de les atteindre, les notions les plus ordinaires de justice, et on n'hésite pas à formuler contre eux des lois iniques, en contravention avec le droit naturel. C'est ainsi que l'assemblée décrète que tout enfant de parents catholiques, qui embrassera le protestantisme, aura le droit de réclamer sa part des biens de ses père et mère, comme si leur succession était ouverte. Puis, on les repousse de la société, et on va jusqu'à leur interdire le droit de se promener sur la place publique de Baltimore. Pour essayer de justifier ces iniquités, on alléguait la prétendue immoralité des catholiques, leur manque de loyauté envers la Couronne. C'était le coml)le de l'hypocrisie, car quelle était la valeur morale^ de leurs dénonciateurs ? Un historien américain protestant va nous l'apprendre : " J'ai vu tant de témoi-

Page 1