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II APURE XIII

Etabli par les Hollandais. — Création de seigneuries. — Les Anglais s'emparent de New- Amsterdam. — Haine de cette colonie pour la Nouvelle-France. (D

Cliamplaiii avait, depuis un an jeté à Québec, l(\s bases de la colonie de la Nouvelle-France lorsqu'un marin anglais, au service des Etats de Hollande, Heur}' Hudson entrait dans le tieuve qui porte son nom et le remontait jusqu'à l'endroit où se trouve aujourd'hui Albany (1609). Plus heureux que le découvreur de l'Amérique, à qui on a fait le mince honneur d'appeler Colombie un tout petit coin du continent, ce navigateur, a, pour le rappeler au souvenir de la postérité, outre le Heuve dont les eaux baignent la ville de New-York, l'immense mer intérieure nommée baie d'Hudson, sa deuxième découverte.

Les Hollandais s'établirent, en 162:3, à Orange (Albany) et à New-Amsterdam ou Manhatte, qui devinrent de Hérissants postes de commerce.

(1) Le New-Jersey faisait parti des possessions hollandaises, comme New-York, jusqu'à la conquête de ces contrées pour le compte du duc de York. Celui-ci céda le territoire actuel du Jersey à Sir George Carteret et à Lord Berkeley qui vendit sa concession à Pennen 1696. Les quakers s'y établirent en grand nombre et finirent par acquérir le domaine de Carteret. Les deux colonies furent réunis en une seule (1702) sous l'autorité de la couronne.

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Leur colonie s'organisa, dans certaines parties, sur les ])ases du système féodal mitigé, reproduisant les ti'aits caractéristiques de la tenure seigneuriale de la Nouvelle- France. Les Etats généraux donnaient de vastes domaines à certains individus, à charge par ces derniers, d'y attirer des colons, qui seraient mis en possession de fermes, soit à perpétuité, soit a terme.

La concession perpétuelle ne sortait des mains de son possesseur qu'en acquittant, comme dans la seigneurie, canadienne, des droits de loth et rente. Ce domaine prenait le nom de manoir, et son propriétaire, celui de patron. Il se constitua un certain nombre de ces seigneuries dont l'existence, dans la plupart des cas, fut éi)liémère. Lors de la conquête de la Nouvelle-Hollande, par l'Angleterre, il n'y avait de l)ien organisés (pie celles de Van Rensselaer et de Livingston.

Les Anglais, à leur tour, créèrent des manoirs d'après le modèle hollandais, et à la révolution, le droit des })atrons fut reconnu par la constitution. Dans le cours (hi siècle actuel, les tenanciers s'efforcèrent, à maintes reprises, de se soustraire au ])aiement de la rente perpétuelle, notamment en 1845. Il y eut plusieurs émeutes a ce sujet. La législature de l'Etat de New- York affirma en 1846 le droit des })r()priétaire. L'année 1859, vit la contestation entre les Yan Kansalaer et les censitaires portée devant les ti*ibunaux, qui donnèrent encore gain de cause aux premiers.

Mais cette colonie n'était pas destinée à couler ni (Uî longs ni d'heiu'eux jours sous ses premiers maîtres, car les Anglais ne tardèrent pas à contester aux Hollandais leur titre de propriété, prétendant que les découvertes de (yalK)t, antérieures à celles d'Hudson, établissaient Uhu-

priorité d'occupation, sur tout l'imniense territoire dans lequel ou a taillé les Etats de New-York, de Pennsylvanie, du New-Jersey et du Delaware.

C'était un titre contestable que les possesseurs n'étaient {)as disposés à admettre, et l'Angleterre comprit qu'une réclamation appuyée par une force militaire imposante, aurait seule raison de l'entêtement des sujets du Statliouder. Le duc d'York (Jacques II), à (]ui son frère avait donné ce pays, en lui octroyant une charte, (1664), envoya trois vaisseaux de guerre, })ortant six cents soldats, avec mission de s'emparer de la Nouvelle- Hollande. Le gouverneur de New- Amsterdam, Stuyvesant, voulut résister, mais la garnison refusant de le suivre, il dut se rendre.

La ville conquise reçut de ses nouveaux maîtres le nom de Xew-York, qui s'étendit à tout le pays voisin. Le traité de Bréda, conclu entre la Grande-Bretagne et la Hollande, confirma cette capitulation. En vertu de lettres patentes, l'autorité du duc d'York n'avait de limites que son bon plaisir. Il fit préparer un code de lois qu'il soumit à une assemblée convoquée par son gouverneur, et comme celle-ci n'y trouvait point ce privilège essentiellement anglais du vote des impôts par le peuple, elle le réclama avec énergie. Il surgit de ce choc d'opinions des discussions qui amenèrent un compromis en vertu duquel, le duc d'York recevrait de l'asseml^lée, en échange du droit revendiqué par celle-ci, une somme fixe payable chaque année. (Cependant, cette concession parut bientôt insufiisante et les mécontents ne cessèrent de se plaindre que le jour oii le pouvoir leur céda tous les privilèges possédés par les colonies voisines. Mais, le duc d'York, à son avènement au trône, sous le nom

de Jacques II, voulut, tout en prenant sa revanche sur les colons, appliquer à New-York, les théories absolutistes qu'il tendait vainement d'introduire en Angleterre. Confisquer le pacte fait avec ses sujets d'outre-mer, su})prinier toute représentation législative, et lever les impôts que par voie d'ordonnances, furent les premiers actes de son règne éphémère dans ses possessions formées en provmce royale.

Le parlement, jaloux de l'esprit d'indépendance qui se manifestait dans les colonies, aurait été heureux de continuer le régime tyrannique inauguré par les Stuarts,mais les habitants de New-York ne l'entendaient pas ainsi et autant ils s'étaient montrés rebelles aux ordonnances de Jacques II, autant ils s'acharnèrent à reconquérir les droits que leur déniait l'autorité en Angleterre. Mais au lieu de lutter à main armée, les partis rivaux transigèrent et la liberté devint le prix de honteux marchés. Le niveau moral du gouvernement s'affichait dans les concessions qu'il se laissait arracher à prix d'argent par les habitants de la colonie. Mis en appétit par ces transactions, l'exécutif se livra à toutes espèces d'exactions qui eurent bientôt fait de pousser les contribuables aux dernières limites de l'exaspération. L'énergie })opulaire se raidit contre ces abus de pouvoii', et après une résistance prolongée, elle remporta une dernière victoire.

Depuis quarante ans les subsides étaient votés pour sept ans, mais à la session de 1739, l'assemblée ne voulut consentir à les accorder (jue pour une année, et le gouverneur n'osa plus s'opposer à la volonté du peuple.

C'est sur New-York que tombèrent les premiers coups des Français du C^^nada lorscpie Frontenac eût résolu, lors de la première guerre intercoloniale (1089), de pré-

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venir les atta([ues des Aiii>io-Ainéi'icains en portant les hostilités chez eux. Tous nos lecteurs, au courant de l'histoire du C^anada, connaissent la fameuse et sanglante expédition de d'Ailleboust de Mantet et de Lemoine de Saint-Hélène qui eut connue but et résultat la i)rise de Sclienectady et le massacre de ses habitants. A la nouvelle de cette meurtrière affaire, la terreur se répandit par toute la Nouvelle- Angleterre, où affolés par la terreur, les femmes et les enfants passaient les nuits dans les angoisses, attendant leur heure dernière. Un auteur américain nous retrace l'impression qu'avait laissée cette expédition, et rapporte un couplet d'une complainte composée à l'occasion de ce massacre.

" Frontenac, dit-il, lance trois parti de guerriers — des soldats français et des sauvages — l'un d eux se porte contre Sclienectady et le récit de cette expédition va nous donner une idée des attaques dirigées contre nous à cette époque. Cela se passa durant l'hiver de 1690 ; les Français et les Indiens marchant à la requête, endurèrent des souffrances incroyables :

" They marched for two and twenty daies AU through the deepest snow And on a dismal winter night Thoy strucke the rruel blow."

'' Ainsi raconte une vieille ballade composée par nos ancêtres pour perpétuer le souvenir de ces scènes sanglantes.

'' La ville de Sclienectady était défendue par une palissade percée de deux portes. Mais, les habitants se croyaient en sûreté, protégés, comme ils le pensaient, [)ar des centaines de milles couverts de neige. Les portes restaient ouvertes et toute la ville dormait chaque

soir sans appréhension. Avertis de se tenir sur leurs gardes, les citadins prirent la chose en riant, et pour bien marquer leur indifférence, posèrent aux portes des bonshommes de neige en guise de sentinelles. Les Français et les Indiens se répandirent dans la ville, se postant, par petits groupes, devant chaque porte pour prévenir toute fuite des colons. Puis, le cri de guerre retentit et la meurtre commence. Hommes, femmes, tombent indistinctement sous les balles ou le tomahawk. On ne gaspille pas de poudre sur les nouveauxnés : on les assomme sur le cadre des portes, ou on les lance dans le fevi. On fit grâce aux Iroquois trouvés dans la ville, afin de les détacher, par cette générosité, de l'alliance anglaise. Soixante personnes trouvèrent la mort dans cette tuerie. Ceux qui s'échappèrent s'enfuirent vers Albany, la plupart, partis sans vêtement, périrent de froid. Un certain nombre d'habitants furent amenés en captivité au Canada." ^^^

La colonie de New -York se peuplait d'Anglais, mais un fort contingent de huguenots vint se mêler à ceux-ci et aux Hollandais. Les réformés de France s'attendaient à trouver au milieu des protestants la jouissance entière des droits de citoyen. Mais ils avaient compté sans l'égoisme et la jalousie de gens décidés à leur marchander l'hospitalité.

En dépit de l'hostilité et de la jalousie des autorités, les huguenots se firent une place considérable au cœur de la colonie. Dès 1702, leur nombre s'était assez accru pour leur permettre d'avoir un tem})le à eux appelé : é'Jili>^e du Saint-Esprit. Ils jouèrent là, comme à Boston,

(]) lO^f^lftSton Household hlsfori/ off/ic il. S.

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un rôle iniportaiit, et les faniilk^s de protestants français conservèrent longtemps nn caelu^t distinctif. Knfin, cet élément étranger finit pai* se fondie dans la masse de la popida tion. Mais, encore aujourd'hui, les J ay, les Bayard , célèbres dans la diplomatie, l(\s (Juion, les Delancey, (de Lancy) font remonter leur origine à ces calvinistes que la révocation de l'édit de Nantes avait forcé de quitter la France.

Il vint de ces émigi*és dans presque toutes les colonies, en Virginie, au Massachusetts, oii phisieurs amassèrent d'immenses fortunes. Un nommé Faneuil, l'homme le plus riche de son temps, dans la Nouvelle-Angleterre fit cadeau à la ville de Boston, du Faneuil Hall édifice immense encore del)Out, et cjui vit dans sa grande salle bien des assemblées animées durant la période révolutionnaire.

Pierre Beaudoin devint gouverneur du Massachusetts, et le collège Bowdoin, du Maine, fut ainsi nommé en l'honneur de son fils (|ui le dota généreusement.

Paul Mascarène, autre huguenot, commandait les grenadiers anglais, en 1710, à la prise de Port Royal. On le retrouve plus tard lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse.

Trois descendants de protestants français : Elie Boudinot, John Jay et Henri Laurens, présidèrent différents congrès de la révolution. Peu à peu, la plupart de ces émigrés de France se fusionnèrent avec l'élément principal de la population. Devançant les Canadiens- Français, établis de nos jours aux Etats-Unis, qui préfèrent s'appeler Light, Lumher plutôt que Lalumière ou Lambert, les Levert, Leblanc, Leroy, Du Tay, réfugiés (m Virginie et dans la Nouvelle- Angleterre, devinrent, au siècle dernier, des Greev, W/nfe, King (^t Dute<\

Cette émigration fut très nombreuse : sept cents huguenots arrivèrent en Virginie durant l'année 1732.

Lorsque ceux de la Caroline du Nord — environ (piatre cents familles — apprirent que Louis XIV fondait une colonie française en Louisiane, ils demandèrent à ce monarque l'autorisation, qui leur fut refusée, de s'établir dans le voisinage de la Nouvelle-Orléans. Le chifïre de l'émigration française, au Canada, n'a guère dépassé ^,000, et tout nous porte à croire que les huguenots se sont établis en un bien plus grand nond)re dans les colonies anglaises.

L'Eglise épiscopalienne qui dominait à New- York se montra aussi cruellement exclusive que la congrégation de la Nouvelle- Angleterre. Durant un certain temps son intolérance envers les catholiques se manifesta avec luie intensité inouïe, à tel point que la cour générale décréta, en 1701, que tout prêtre ou jésuite qui oserait pénétrer dans la colonie serait assimilé aux incendiaires, aux pertubateurs de la paix publique, et à ce titre, condamné à la prison perpétuelle, et à la mort en cas de tentative d'évasion. Le voisinage du Canada exaspérait la haine nationale et religieuse et la portait à ces excès.

Ce n'est pas que les anglicans se fissent remarquer par la pratic^ue de toutes les vertus qui auraient dû naître de Leurs convictions religieuses apparentes. L'histoire les accuse, au contraire, de s'être plus préoccupés des biens de la terre que des aventages spirituels. Le niveau intellectuel n'était ])as élevé et les écoles étaient en petit nombre. L'ignorance et les préjugés })ortèrent la colonie à persécuter les nègres établis à New- York, et la persécution devint un jour si violente que treize de ces malheureux furent brûlés et dix-huit, pendus sous

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pi'ctextc ([u'ils rivtiieut alhmié des iiiceiKlics à New- York.

L'état moral de la colonie, sou aiuoiii" du lucie fireut ([u'eu 1770, elle fut loiu de montrer le même zèle que la Non v(îlle- Angleterre durant la guerre de rindépendance.

I^a ehr()ni(|ue du temps nous fait part, à ce sujet, des hésitations de la cour générale. Ayant appris l'arrivée prochaine à New-York et de Washington et du gouvei'neur Tr} on, un ennemi déclaré de la révolution, elle prépara une adresse de l^ienvenue, avec instruction à un comité nonnné à cette tin, de la présenter à celui de ces deux personnages qui devancerait l'autre ; to whonisoever of the tivo )night arrive Jirst. Cette circonspection ne rappelle-t-elle point la ])rudence de ces Anglais de (Québec, qui, lors de l'invasion américaine de 1775, s'étaient retirés à Charlesbourg attendant le résultat de la lutte, pour crier, comme dit (larneau : Vire le roi ou cire la ligue ?

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