LES CAROLINES
Tentative de fonder une colonie féodale dans les Carolines. l.e Grand Modèle de Lonke. — Les colons refusent de l'accepter. — Colonisation de la Géorgie.
En montant sni' le trône d'Angleterre, après la chute (le la réj^ublique, Charles II se vit assiégé par une armée de solliciteurs, cpii réclamaient de lui le prix des services rendus à la cause royaliste. De grands seigneurs ne dédaignèrent pas de tendre la main vers le monarque l)ien disposé à récompenser le dévouement des amis de son père. Il se présenta parmi ceux-ci huit personnages (|ui o])tinrent la concession d'une colonie en Améri(jue : le pays comui sous le nom des Cai'olines. La charte (|ue le i*oi leur octroya (HîGô) les constituait j)r()pi*iétaires de rimmense conti'ée qui s'étend au sud de la (liesapeake juscju'à la rivière Saint- Jean, et indéfiniment vei's l'ouest. Le })ouvoir Judiciaire et exécutif se ti'ouvait concentré entre leurs mains. Le vote de l'inqxM était réservé au [)euple : ce* tut la seule restriction imposée à leur autorité. Les propriétaires, une fois en possession de leur charte, étant d'avis que l'on avait ti'()|) sacrifié dans la Nouvelle- Angleterre aux idées démocraticpies, conçurent le projet de s'inspirer de principes opposés en élaborant la constitution de la
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nouvelle colonie. Pour donner suite à leur plan, ils s'aidèrent des lumières du philosophe Locke, (jui jouissait alors d'une grande réputation de savoir et d'habileté.
Il sortit de cette collaboration un système de gouvernement qui fut regardé, avant son exportation en Amérique, comme la merveille du siècle et la plus ingénieuse conception en l'espèce (|ue le monde eût vue. L'ensemble de la constitution reposait sur le principe féodal et établissait, au sonnnet de l'édifice, une aristocratie foncière qui devait répugner aux libres allures des 4,000 colons déjà établis sur différents points de ce pays.
D'après le Grand Modèle — c'est ainsi que les contemporains de Locke désignaient son œuvre — les Carolines étaient divisées en huit comtés attribués à chacun des lords propriétaires décorés respectivement du titre de palatin, de grand chancelier, et de grand amiral, etc.
Chaque comté se subdivisait, à son tour, en huit seigneuries, et celles-ci en Imronnies et en precincAs, au nombre de quatre dans chacune des dernières subdivisions.
Les baronnies appartenaient à la no])lesse, composée de deux ordres : celui des landifraxes ou comtes et celui des cacÂqnes ou barons.
Toute cette organisation reposait sur la propriété du sol, entraînant la substitution à l'infini et la perpétuité des titres, attachés qu'ils étaient à la glèbe en vertu du principe féodal : NuU(' terre sans seigneur.
Les lords propriétaires s'étaient donné k's deux ciii- ([uièmes des terres dans chaciue seigneurie, réservant les trois autres pour les colons.
Lors(jue l'on v(mlut y)asser(le la théorie à la prati([ue,
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et ci|)pli(iiuM' le (iraitil Modèle, les eoloiis refusèi-eiit éiier- <^i(juement(le Faecepter. Ses autcnirs s'a[)erciii*ent alors ((u'il lie répondait pas aux besoins du pays et (|u'on n'improvise ])as un système de gouvernement, mais (ju'il doit surgir du sein de la soeiété (|u'il est destiné à régir, pour s'adapter à ses goûts et à ses moL'ui's. La féodalité était née en Europe d'un état de elioses (jui n'existait pas en Aniéri([ue et n'y avait pas sa raison d'être. J.e chefd'œuvre de Locke n'eut donc d'existence que sur le papier. On se hâta de (169o) k^ mettre (k^ côté pour adoptei' une constitution seinl)lal)k' à celle qui existait (kms k^s colonies voisines.
On se demande comment l'absurdité (k* ce plan n'avait pas fraj)pé lord Shaftesbury, le chef des proi)riétaires et ses amis ? Comme les émigrés pouvaient avoir partout, dans les colonies voisines, des terres à vil prix, était-il raisonnable de croire qu'ils viendraient cultiver celles des comtes et des caciques sans espoir de les posséder en propre, et qu'ils accepteraient le servage dans les Carolines lorsqu'il leur était si facile d'être hommes libres ailleurs ?
La Caroline du Sud ne fut détachée de celle du Nord qu'en 1730. Le Grand Modèle n'avait pu s'implanter dans son sol ; connue sa voisine, elle répugnait à cette organisation compliquée, qui aurait gêné son développement. Sa population se comj)osait, en partie, de huguenots exilés de France par la l'évocation de l'édit de Nantes, et d'Anglais, chassés de la (xrande-Bretagne, a raison de leurs opinions religieuses ou politiques. La république de Cromwell avait poussé de ce côté un grand nombre de partisans de Charles 1er, parmi lesquels se trouvaient l^eaucoup de c((raliers. La pré-