MARTIN VAN BUREN
lion. La Caroline, vaisseau américain chargé d'armes et cle munitions qui était venue aborder à Navy Island, dans les eaux canadiennes, fut prise par les Anglais ; après y avoir mis le feu et tué une partie de l'équipage, ils l'abandonnèrent aux flots au-dessus de la cataracte du Niagara, où elle alla s'abîmer. ^^'
Une dizaine de citoyens américains, passagers ou matelots de la Caroline perdirent la vie dans cette affaire qui allait, disait-on, fournir au président un sujet de (querelles avec l'Angleterre. Van Buren n'en fit rien; il se contenta d'exprimer à l'ambassadeur anglais à Washington, le regret que lui causait cette attaque àe^^ milices canadiennes lorsqu'il s'efforçait de maintenir l'ordre à la frontière. Le président fit alors preuve à l'égard de la Grande-Bretagne d'une bienveillance que l'on a rarement vue chez ses successeurs.
Si les auteurs du Missouri Co7nj)romise s'étaient flattés qu'ils avaient réglé à jamais la question de l'esclavage, leur illusion fut de bien courte durée. Elle s'imposait dès 1836 à l'attention publique sous un nouvel aspect. Une s'agissait plus maintenant de cantonner la servitude dans quelques Etats et de la repousser des autres. Il se rencontra dans la personne de William Lloyd Garrison, un
(1) Au sujet de cette attitude de Van Buren, nous trouvons le curie\ix passage qui suit, dans une lettre de M. Papineau à M. Christie, en date du 9 octobre 1854. Parlant de la tyrannie du juge en chef Sewell, exercée depuis 1797 jusqu'à 1837 et de l'insurrection, il écrit • " Que de provocations, et combien la vengeance a été cruelle et excessivement disproportionné aux fautes ! Celles-ci, en 1887, ont été soudaines, imprévues, et ont mis en danger la domination anglaise plus qu'on ne le croit communément. Or, le plus léger succès à Toronto ou à Montréal aurait entraîné, malgré le président des Etats-Unis, son gouvernement à l'appuyer. Dans le cercle de ses intimes, plusieurs voulaient donner cet appui, ('e ne fut pas tant moralité chez lui que circonspection qui l'arrêta."
MARTIN VAN I5UREX 801
apôtre (iiii réclaniait sou extirpation du sol aniéiicaiu. Cy'est la croisade que va dès lors prêcher son journal, au titre significatif de : The Liber aior, et dans la(|uelle s'enrôleront ses nombreux partisans, les abolitionnistes. (Test par la violence et l'exagération que vivent souvent les partis formés pour le triomphe d'une grande idée, (larrison ne se fit pas faute d'en user, et lorsque, i)our l'apaiser, on lui démontrait que l'œuvre des pères de la jjatrie ne défendait pas l'esclavage, il répliquait que " la constitution n'était qu'un pacte avec le péché et une convention avec l'enfer."
De la presse, l'agitation pénétra dans le congrès, et un jour qu'un représentant demandait de déchirer le compromis du Missouri, la députation du KSud quitta la salle des séances pour aller délibérer ailleurs. Lorsqu'elle revint à son poste pour faire part de sa résolution, prise en conciliabule, de demander le démembrement de l'Union si la convention solennelle de 1821 n'était pas respectée, l'épouvante se répandit au congrès. Sous le coup de l'émotion, il se produisit une réaction contre les agissements des abolitionnistes, et il fut décrété, à quelques jours de là, qu'à l'avenir la chambre des représentants ne tiendrait nul compte des nombreuses requêtes réclamant la suppression de l'esclavage.