CHAPITRE XXXIT
HAKRISON-TYLER (1841-1845)
Harrison, élu président en 1840, meurt un mois après son inauguration.— John Tyler, le vice-président, le remplace. — Le Texas se déclare indépendant. — Sam Houston et les Américains établis dans ce pays défont les troupes mexicaines. — Le Texas, constitué en république, demande son entrée dans l'Union. — Tyler favorise cette demande.
Van Buren ambitionnait une réélection, et ses amis le mirent en nomination. Le choix des whigs, ses adversaires, devait naturellement se porter sur Henry Clay, l'homme le plus remarquable de l'époque, le sauveur du pays à deux reprises. Mais, comme cela s'est souvent renouvelé depuis aux Etats-Unis, les manipulateurs d'élections préférèrent la médiocrité au mérite, car elle offre moins de prise à la critique, qui peut toujours travestir les actes de ceux qu'elle prend à partie. Ils mirent donc sur les rangs le général Harrison, ancien officier vainqueur des sauvages à Tippecanoe, (1811) affaire de peu d'importance.
Comme c'était un homme sans valeur politique réelle, on créa une légende autour de son nom. On en fit un héros, un foudre! de^ guerre et, afin de plaire au Sud, il fut décidé de lui accoler, comme candidat à la vicej)résidence, un représentant de la Virginie, M. ïyler
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dont les opinions étaient loin de cadrer avec celles des wliigs. '' Mais (]u'importe ? " disaient les meneurs, '• la vice-présidence enchaînera sa liberté d'action, et nous n'aurons pas à appréhender son hostilité." Nous verrons dans l'instant qu'ils comptaient sans le chapitre de l'imprévu.
Les whigs, pour faire mousser cette double candidature, montèrent une de ces gigantesques campagnes électorales à grand orchestre, comme l'on n'en voit qu'aux Etats-Unis. Pour faire pièce à Van Buren qui, d'après la légende, mangeait dans de la vaisselle plate, et buvait dans des coupes de vermeil, les whigs posèrent leur candidat en modèle de la simplicité primitive. " C'est un lionune qui passe sa vie dans une log house, disait-on, mange son pain sec et ne boit que du cidre," [hard rider). Dans tous les Etats-Unis, on traînait en procession la log house d'Harrison et un tonneau rempli de son In-euvage aimé. Pour lui faire honneur, ses partisans faisaient force libations de cidre aigre qui leur tirait les larmes des yeux tout en stimulant leur enthousiasme. Il n'était guère (piestion de principes en tout ceci ; mais on voulait combattre les démocrates avec des moyens analogues à ceux qui avaient naguère assuré la seconde élection de Jackson.
La victoire se rangea du côté des whigs auxquels elle ne profita guère, car la mort enleva Harrison, un mois après son entrée au (ya})itole.
Tyler (jui le rem[)laça se plut, durant toute son adnunisti'ation, à contrecarrer les desseins d'une pai'tie de ses ])artisans ])oliti(jues divisés en deux factions. A deux reprises, il frappa du veto })résidentiel (k\s ])rojets de lois (jui créaient une B((uqne des Etats-Unû\
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alléguant, pour justifier cette mesure de rigueur, que cette création appartenait aux divers Etats. C'était la continuation de la querelle qui avait eu lieu sous l'administration de Washington, lors de l'établissement de la première bancpie, dont la charte était devenue caduque. Tyler partageait sur ce point les idées de Jetferson et de Jackson. Après le second désaveu de la mesure, tous ses ministres, moins Webster, donnèrent leur démission.
Ce conflit eut bientôt fait de miner le crédit du président, et, comme il avait l'ambition de prolonger son séjour à la Maison Blanche, il crut qu'il se referait une jjopularité en favorisant l'annexion du Texas aux Etats- Unis. Dès 1821, un grand nombre d'Américains du Sud s'étaient établis sur ces possessions mexicaines avec l'intention de les faire entrer, un jour ou l'autre, dans la grande république. Lorsqu'ils se sentirent assez forts pour exécuter leur projet, ils prirent prétexte des difficultés qui bouleversaient le Mexique pour refuser de reconnaître ses lois. Le président Santa Anna marcha contre les rebelles, qu'il vainquit dans les premiers engagements, pour tomber ensuite entre les mains du général Sam Houston à la bataille de San Jacinto. Se déclarer indépendants du Mexique et proclamer la république, fut le second acte de la comédie montée par les Américains établis au Texas. Il restait à jouer le troisième, et c'est à Washington qu'il se déroula.
Le Texas demanda son annexion aux Etats-Unis, que le Sud appelait de tous ses vœux, car il entrevoyait dans cet accroissement de territoire un appoint à son influence, comptant bien que l'esclavage s'y développerait comme dans le pays environnant. Quelle force ne tireraitil pas du Texas, assez vaste pour contenir quatre nou-