CHAPITRE I
DÉCOUVERTE DE l'amÉUIQUE DU NORD
Au seizième siècle, les Espagnols et les Portugais fondent des colonies en Amérique. -Causes qui empêchent lee Français et les Anglais de leur disputer le sol de ce continent. — Essai de colonisation de (yoligny.— Les Cabot font des découvertes pour le compte de la Grande-Bretagne.
Depuis un siècle, les Etats-Unis n'ont cessé de provoquer la cui'iosité et l'attention de l'Europe, étonnée de leur succès. Une foule d'écrivains — économistes ou philosophes — sont venus y chercher la raison du prodigieux développement de la grande république. Il leur a paru intéressant d'apprendre comment les Américains ont réussi, en moins de cent ans, à amasser une fortune nationale dépassant la richesse accumulée des plus anciennes civilisations ; à maîtriser les forces tumultueuses d'une vaste démocratie, problême regardé longtemps conmie insoluble. Puis l'étude des penseurs s'est portée sur la constitution de nos voisins, qui leur a valu jus(|u'à ce jour l'ordre et la liberté et qui, copiée par une douzaine de répu])liques hispano-américaines, n'a rapporté à celles-ci que des révolutions ; démonstration évidente de cette vérité que les meilleures chartes de gouvernement sont impuissantes à assurer le bonheur des peuples lors([u'elles ne s'accordent point avec leur tempérament.
2 L ameriqup: du nord
Ce ne furent pas les ancêtres de ces républicains, sujets d'étonnement pour le monde — ([ui ont pris audacieusement le titre d'Américains comme s'ils se portaient héritiers des premiers habitants du nouveau monde, comme s'ils prétendaient à la suprématie du continent, — ce ne furent pas ces hardis fondateurs du nouvel empire anglais qui eurent l'honneiu' de découvrir l'Amérique du Nord. Cet honneur, il revient à des navigateurs italiens, espagnols et à des pêcheui\s bretons. En 1497 et en 1498, les Cabot — -Jean et surtout son fils Sébastien — voyageant à leurs frais, sous les auspices du roi Henri VII, virent les premiers les côtes de cette vaste contrée, appelée à une si merveilleuse fortune. A cette époque, l'Angleterre n'est pas encore remise de l'ébranlement que lui a causé la guerre des Denœ Roses. Elle n'est qu'une puissance de second ordre, appuyée sur environ trois millions d'hal)itants, presque sans commerce, ayant à maintenir sous son joug l'Irlande, toujours frémissante, et à faire face aux incursions des Ecossais. Il est alors impossible à la future maîtresse des mers de soutenir la concurrence des Espagnols et des Portugais, les plus entreprenants navigateurs du seizième siècle. Cortéréal, Portugais, succède aux Cabot dans les voyages de découvertes transatlantiques. Le Labrador et Terre- Neuve lui révèlent leur existence (1501). Vers le même temps, des Bretons viennent faire la pêche près du cap qui porte leur nom et qu'avait aperçu Sébastien Cabot (1497). Jean Ponce de Léon, en ([uête de la fontaine de Jouvence, une des nombreuses merveilles que l'imagination surchauffée des contemporains de Colomb plaçait au nouveau monde, prend possession, en 1512^ de la péninsule méridionale, à lacjuelle il donne le nom
L AMERIQUE DU NOHI) .'>
<le Floride, parco qu'il y abordait le diiriauche des Ranieanx, (]iie les Espagnols appellont l'((.^(/ua florida.
Les connaissances que l'Europe possède sur le continent mystérieux sont encore bien va^iu^s, et ce n'est qu'cMi 1524, que Vërazani, marin italien au service de François ïer, rapporte en Europe la première description de la partie nord du continent, à laquelle il donne le nom i\c Nouvelle-France. C'est le précurseur de Jacques Cartiei*. Mais la terrible catastroi^lie du seizième siècle qui scinde^ en deux camps le monde religieux de l'Europe, jette la perturbation dans les esprits, et retarde les entreprises de colonisation qu'elle activera plus tard. L'œuvre de Luther, de Henri VIII et de Calvin bouleverse la France et l'Angleterre, plongeant ces deux pays dans des troubles religieux qui les absorberont complètement durant plusieurs années. Le champ reste hbre aux Espagnols. Un de leurs marins, de Soto, pénètre (1539) dans l'intérieur du continent, après avoir mis pied a terre à Tampa, sur la côte ouest de la Floride, traverse le Mississipi, atteint les montagnes de l'Arkansas, terme de son voyage d'une durée de deux ans, et revient mourir sur les bords de ce fleuve. Eien ne reste de ses explorations, entreprises, dit-on, en vue de ses intérêts personnels.
Chose à noter, ce sont des Français qui tentent de fonder le premier établissement permanent sur le sol devenu le domaine de la grande république. L'amiral de CoHgny, un des chefs des protestants de France, forme le projet de créer une colonie de ses coreligionnaires en Floride. En 1652, Jean Ribault fait voile pour ces pays, où il arrive au mois de mai, découvre la rivière Saint-Jean, remonte vers le nord jusqu'à une baie spa-