XIV PREFACE
provoquent rétonnement, à raison de leur importance. C'est un trait de génie qui a fait saisir k^u' valeur stratégique, car ils donnent la clef de ces régions aux Français.
L'habileté des missionnaires, leur intelligence insinuante, ainsi que le courage du coureur de bois, tiennent les Indiens dans l'alliance de la France, tandis que les Anglais ne peuvent compter que sur les seuls Iroquois. Les colonies anglaises l'emportent en population sur leur rivale, mais, grâce aux moyens de communication rapide que celle-ci a su se ménager, ses guerriers se trouvent toujours en plus grand nombre sur un point donné que les puritains ou les Yirginiens, oblisfés de se traîner à travers les montagnes et les forêts. " Il parait bien que les Français peuvent se porter de Québec au fort Duquesne plus tôt que les nôtres de la Virginie." A entendre cet auteur anonyme, ne nous semble -t-il pas qu'il fait hommage au génie militaire français de l'époque d'une tactique semblable à celle qui valut tant d'admiration à Napoléon I^'' : la concentration rapide sur un même point de ses troupes, avant que l'ennemi éparpillé pût se reconnaître ?
De l'histoire du Canada et de celle des Etats-Unis, à leur origine, se dégagent des impressions bien différentes. En voyant ces brillants officiers, cadets de famille, ces rudes colons tour à tour soldats et défricheurs ; ces coureurs de bois épris d'aventures, insouciants au milieu de dangers toujours renaissants; ces découvreurs qui s'enfoncent gaiement dans le désert, suivant le cours des fleuves, sans savoir quel accueil leur feront les sauvages qu'ils vont rencontrer, on se sent captivé comme à la lecture d'un roman de cape et d'épée. Ils sont cousins des mous-
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quetciires (le Louis XIII, tous ces braves *»'ens qui courent les bois, découvrent des pays nouveaux, et ne demandent rien de mieux que de croiser entre temps le fer avec l'ennemi. Le spectacle de la vie de nos ancêtres apparaît, dans ces lointaines visions, plein d'attraits (jue la puissance ëvocatrice de nos |)oètes peindra un jour dans le cadre et avec les couleurs qui lui conviennent.
Si l'histoire de nos voisins n'est pas aussi captivante que la nôtre, si elle n'offre pas, à chaque étape, des exenq3les de fidélité au roi et de dévouement à la mèrepatrie, n'est-elle pas plus instructive ? On peut en tirer des leçons de politique pratique. On apprend, en voyant les puritains à l'œuvre comment on doit comj^ter sur soi, ce que peut l'individualisme, ce qu'il faut faire pour édifier solidement un grand pays. Le monde n'a jamais vu leurs pareils pour comprendre quels avantages il est possible de tirer d'une situation. Sortis de la nation la plus commerçante de l'univers, les Anglo-Américains n'ont garde d'oublier un instant leurs intérêts de boutique. Il y a toujours chez eux une page pour la tenue des livres et leurs annales ressemblent parfois au bilan d'une maison de commerce.
On dit que, pour bien apprécier son pays, il laut voyager à l'étranger et que c'est là ([ue l'on ajjprend à connaître et à aimer le sol qui nous a vu naître. Nous osons espérer, en présentant notre luunble travail à nos concitoyens, que sa lecture aura sur eux un effet aussi utile, et qu'ils en sortiront le cœur plus aimanté — s'il est possible- — vers son pôle naturel : la patrie canadienne.