‹ Les États-Unis pendant la guerreChapitre 5 sur 21 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Les intelligences n'entrent point dans des inouïes uniformes, pour y recevoir les mômes plis. Elles se moulent dès le jeune âge aux accidents de la route. Il y a une certaine proportion toujours gardée entre les aptitudes et les désirs. Point de rêveurs, de déclassés, d'incompris. Les espérances ne sont jamais fixées sur des objets trop lointains : l'Américain n'aime pas à se plaindre : il est trop fier, et en même temps trop habile : il sait bien que la plainte est le cri de la faiblesse. Il est toujours 'content de sa maison, de sa femme, de ses enfants, de ses chevaux, de ses champs, du maître d'école qu'il paye, du député pour qui il a voté, du président qui a eu sa voix. S'il reçoit une injure, il n'en dit rien à personne. Il traitera aussi longtemps qu'il le pourra son ennemi avec les dehors d'une politesse satisfaite, pour ne point lui donner le plaisir des éclats bruyants et des injures. Il est ami fidèle et sûr, sans trop attendre lui-même de l'amitié. Il a peu d'illusions, mais il est plus heureux que nous, car il n'en a jamais eues, et nous souffrons de perdre les nôtres. Depuis l'enfance, il a vu les choses par le côté réel, aigu, sans prismes trompeurs, sans couleurs fausses; l'éducation qu'il reçoit ne le jette point dans la vie étranger à tout, trompé sur tout.

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Les Américains ne connaissent point ces déchirements d'une belle âme, nourrie de chastes pensées, bercée de doux rêves et mise tout d'un coup au contact d'un monde vivant, froid, pressé : ils ne poursuivent jamais l'impossible et ne demandent lien qu'à la volonté et à l'intelligence. — Voilà les deux armes qu'il faut aiguiser de bonne heure : ils pensent que l'intelligence conduit à la vertu, et que la volonté seule peut l'atteindre. Leur morale est trempée dans le fleuve fangeux de la vie, mais elle en sort plus invulnérable.

Il y a peut-être quelque chose de sévère dans cette façon de regarder la vie, dans cette soumission aux dures réalités et ce divorce avec toute chimère- Ja femme apparaît heureusement au milieu de tout cela comme une flamme et un rayon poétiques; si dur à lui-même, l'Américain garde pour elle une tendresse délicate et subtile : c'est son égale, sa joie, sa vraie compagne, l'orgueil de son foyer: ils se sonl cherchés l'un et l'autre et librement choisis. Elle n'est point venue les yeux baissés, timide, muette, mais la main ouverte et le front haut ; elle est son alliée, son conseilla consolatrice et l'inspiratrice : belle, rieuse, parée, vous la croyez frivole, elle sourit à la terre, comme -dit un poète persan,

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