‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 2 sur 63 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Vm Ait k connaissance de M. Archibald Carj Goo- Mg^y m printemps de i Qo^ à Cambridge (Massadrasels) 06 j'étais aHé faire & f Université Harvard^ la grande imi* Yeirilé américaine, les conférences en langue française fon^s piff M. J. Hyde. Deux ans plus tard, je retoiitBi If. Arch. C. Goolidge à Paris où il était venu, à son tour, faire le oours en langue anglaise fondé à la Sorbonne pour les Américains par le même M. J. Hyde. Ce sont les leçons professées par lui chez noua que le «aviâtt professeur de Harvard nous donne aujourd'hui traduites en notre langue.

Le «ujet est, pour nous. Français et, pour tous les Européens, comme pour les Américains eux-mêmes, le plus important et -le plus vaste que jouisse traiter un eHoyen de la grande fédération transatlanlique. Ce sont ks filats^Unis^ ie développement et TexpansicHi de leur paissaaee, «*est l'irruption de ce qu'on a{^f>c^ l'impérialisme américain dans ce qu'on nomme la politique Mniiale. Ce mjet^ aucun de ses compatriotes, n'était

plus propre à nous Texposer que M. Arch. G. Goolidge. n y était préparé par ses longs voyages aussi bien que par ses longues études. Il connatt TEurope, TAsie, l'Afrique, le monde. Il en est peu de régions qu'il n'ait visitées, et partout il a su apporter un esprit d'observation et un sens de pénétration, plus rares peut-être encore dans la jeune et orgueilleuse Amérique que dans la vieille Europe.

La politique américaine, l'extension de son influence, les causes et les directions de ses ambitions anciennes ou nouvelles, la naissance et la croissance de ce que l'Europe appelle l'impérialisme américain, les relations économiques ou politiques des États-Unis, leurs traités ou leurs différends avec les divers États d'Europe, d'Asie, d'Amérique, M. Arch. G. Goolidge nous les expose avec le savoir et l'exactitude d'un historien, avec l'ampleur et la lucidité d'un politique, et, chose qui lyi fait encore peut-être plus d'honneur, avec une sincérité, une loyauté et, j'ajouterai, avec un tact, et aussi avec un esprit de liberté et un espril d'impartialité qui rehaussent singulièrement la valeur de ces profondes et substantielles études. L'intérêt est d'autant plus vif que le volume de M. Arch. G. Goolidge parait à une heure où, après ses grands succès des dernières années, la politique des États-Unis semble soudain placée en face de problèmes nouveaux qui peuvent en changer l'orientation. •

Aujourd'hui, en effet, ce n'est plus de l'Est ou d&

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TEurope que viennent aux États-Unis les principaux soucis de leur politique étrangère; c*est plutAt de rOuest et de Tantique Asie. Étrange et rapide renversement de leurs préoccupations sinon de leur politique, dont le « périple » de la flotte américaine autour de TAmérique du Sud et son passage de TOcéan Atlantique dans TOcéan Pacifique sont à la fois Teffet et le symbole.

De TEuropOi au point de vue militaire ou maritime, les États-Unis ne semblent rien avoir à redouter. Les puissances européennes, même TAllemagne, en dépit des rêves de quelques pangermanistes attardés, ont depuis bngtemps renoncé à tout nouvel établissement sur les côtes de l'une ou Tautre Amérique. Les peuples de TEuTope n*ont plus sur les rivages occidentaux de l'Atlantique que de légitimes ambitions commerciales. Loin de menacer l'indépendance d'aucune République américaine, ancienne ou récente, grande ou minuscule, l'Europe est unanime à faire des vœux pour que toutes ces jeunes nations transatlantiques se développent librement et pacifiquement, chacune selon sa civilisation traditionnelle, selon son caractère national et son génie propre. U n'est plus besoin de la doctrine de Monroe pour protéger les peuples du Nouveau Monde contre les convoitises et les entreprises de la vieille mère Europe. Les républiques hispano-américaines sont les premières i le comprendre. Après s'être longtemps ré-^ jouies de Tappui qu'assurait à leur indépendance encore

précâiireia grande répuËliqiie du'Ncwd, {dariemSiCOioxnencent à s'effrayer de FexiienMon snccessiyanieiil donnée par les Américakic des Ëtals-Unis à la dootiine de Itfonroë, croyant y découvrir pour iPavenir mon» miam garantie qu'une menace. Ëtles oraignent .que la |iioiection bienvriUante dont les ontiongiemps couventes les larges ailes de Paigle américûn ne tende peu à ;pett à se transformer en un lourd protectorat.

M. Atrch. C. Goolidge, qui étudie ici les dévelof^pements de la doctrine de ^Monroe, connaît les apprâhennons des républiques sœurs. Ils'eioicede nKmtrer aux Américains du Sud queleurs craii|tes «ont yaines, eoa même temps qu'il montre k ses compatriotes du Nord que les États-Unis doivent éviter tout ce qui risque de provoquer les susceptibilités ou les inquiétudes des républiques latines. Que les Antéricains du Nord,. que les Yankees, comme aimait à dire leurs détracteuBS de l'Amérique du Sud, exercent sur lont le 4<m^}® cqntinent un ascendant moral ; qu'ils cbercfaent h y .dév^i|>^ per leur commerce et l^irs affsives^ ccia est naturel, et eda est leur droit ; mais ils ne dcnvent pas <oofailier q» les Ëtats hispano-américains ont la légitime prétention d'Atpe des peuples indépendants et de siisTre, eux euari, à une plus ou moins grande cKstance leur grande aœar atnée du Nord dans k voie ^ ^développement politique et économique. Espérances -qui leur soot permises, ijue ni la nature, ni IVustoine ne leur interdieenl, et i|ae nous ne saurions, après lout, tagcer de téapésains enudi^

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dmoéciquc», car ks éo^rts et les crises de leur titrbulenle enCuiceBe nous autorisent point à condamner ces jeums républiques, dont les plus Agées ont à peine un siècle, & ranetchie inciurable ou à Timpuissance perpétuelle. D^jÀ» phirieurs d^entre .eile^^ TArgientine, le Chili, le Brésil , le Itoiique , pour ne nommer que Us principales, ont prouyé au monde comme aux États-Unis qu'elles étamt capaUes de se gouverner elle^mémes, capables âe prosfiérer et de grandir par leurs propres forces, ea paix et en liberté. Le xx* siècle semble promettre à TAmiérique latine un déiveloppement égal h celui que le XIX* siècle a apporté à TAmérique de langue anglaise. Pour que les grands États hispano-latins aient des des-^ tinées parallèles à celles des États-Unis et nous offrent, toutes pi^oporttcms gardées, le 8|Mctade d*nne croissance aussi merveiUeuse, il ne leur faut peut-être qu'une plus large part du flot d'immigrants européens quedbar que année déverse sur le Nouveau Monde.

M. Ardi. G. Goolidge a raison de calmer leurs inquiétudes. JUes républiques an^icainas ejufoot le aor$ qu'elles auront mérité, ijes seules à redouter les eoapietemenls des États-Unis doivent ètrecelles qui ne sai!»nt 'étaUir ches elles m l'ordre, ni la liberté, ni le respect des droils d'autrai. Encore, devons-nous reocmnatu», <^ue dqmis quUls ont, eux <ausri, inauguré une polîtii|ue impériale, les Étatts-Unie se sont gardés d'akuser des trouUes ou des guerres civiles des petits itels idu goUe du Mexique ou de la met des AnttUes

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pour les placer sous leur domination ou sur leur protectorat direct. La bannière étoilée a vraiment paru dans les eaux de la Méditerranée américaine comme le symbole de la liberté, aussi bien que de Tordre et de la paix. Les États-Unis, au moins depuis la guerre de Cuba et Tannexion des lointaines Philippines, ont eu, vis-à-vis de leurs voisins des deux Amériques, une politique dont il ne nous est pas permis de nier la loyauté. Tout ce que nous pouvons leur demander, pour leur propre gloire, comme pour Thonneur de Fhumanité, c'est de savoir y persister. S'ils en ont la sagesse, ils donneront aux deux mondes une leçon de modération et de désintéressement qui, en montrant à tous leur supériorité morale, fera plus que toutes les victoires et toutes les conquêtes pour leur mériter d'être regardées comme la plus grande et la plus noble des nations db notre petit univers.

C'est de l'Ouest, avons-nous dit, — ou, par rapport à nous, c'est de l'Extrême-Orient, que viennent aujouiy d'hui les soucis de la politique améri<^ine. C'est en Asie, dont ils comptaient s'ouvrir les portes en occupant les Philippines, c'est sur le Pacifique, que tant d'entre eux voyaient déj^ tout entier tributaire de leur drapeau, que les Américains se voient tout à coup menacés de rencontrer des difficultés et des résistances qui les froissent d'autant plus qu'ik s'y attendaient moins.

Il semble bien qu'il faille renoncer au rêve à tout le

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moins téméraire de faire du Pacifique, comme du golfe du Mexique, un lac américain.

Un océan n^est pas un lac, et, si puissant quHl soit jamais, aucun peuple ne saurait longtemps établir sa domination sur l'immensité des flots du Grand Océan. Les Américains sont trop pratiques pour ne pas le sentir ; et s'il n'y avait, pour eux, d'autre question sur les rives du Pacifique, que celle de Thégémonie maritime, ils seraient plus rassurés pour l'avenir prochain, et ils auraient moins de bAte d'ouvrir leur canal entre les deux Océans.

Le fait est qu'en enlevant à l'Espagne les Philippines, et en se donnant un avant-poste sur les côtés orientales de l'Asie, les États-Unis devenus, eux aussi, une puissance asiatique en possession de terres lointaines, ont donné à leurs adversaires possibles d'Europe et surtout d'Extrême-Orient une prise sur eux. Invulnérables sur leur large continent, ils ont cessé de l'être en s'en écartant. Ils ont, eux aussi, leur point faible, leur Port-Artbur ou leur Vladivostok, et ceux des Américains, qui répugnaient à l'annexion de la vieille colonie espagnole, ont le droit de le leur rappeler.

Les nuages qui planent aujourd'hui sur le Pacifique ne proviennent cependant pas tous des Philippines. Entre la jeune Amérique et la vieille Asie impatiente.de rajeunir, entre les États-Unis et le Japon particulièrement, les relations ne pouvaient plus rester, après la

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guerre riMso-japoBttse et les teiemplies des «rmes du Mikado,ce qu'elles avaient étédurant ledemi-sîècle pyéoédent. Selon répression de M. Coolidge, les deux pays peuvent demeurer bienveillants Tun envers l-autre, mais ils ont tous deux trop changé en ces derniers teoftps, « pour que les anci^os rapports, ceux d'un maître bénévole et d'un élève attentif, puissent jamais se rétablir ». Les Américains ont eu beau applaudir bruyamment aux victoires de leurs disciples japonais, à leurs yeux, le& vrais représentants de laeulture ttiodeme, sur « la barbarie moscovite et le despotisme russe i^, le Nippon vainqueur n'entend plus être traité en élève par aucun peuple des deux mondes. Il réclame impérieusement de tous l'égalité de droits e^ d'égards. C'est là ce qui fait la difficulté de la question de l'immigration japonaise, et c'est peut-être aussi ce qui permettra de la résoudre pacifiquement, car il ne semble pas impossible d'en dégager Tamour-propre national des Japonais.

Les États-Unis doivent leur grandeur comme leur eaûstence à l'immigration. L'arrêter, l'entraver, ce serait arrêter, de leurs propres mains, le prodigieux essor de leur population et de leur fortune. Les plus réfléchift ou les plus clairvoyants ne l'ignorent point ; mais les Américains sont unanimes à vouloir que les États-Unis demeurent (autant que le leur permettent ks noirs du Sud), un peuple de race blancbe.

Ce n'est point qu'ils regardent les « jaunes a, les Japonais surtout, oosmue une race inférieuj» ; loin de

li, les ouvfievs améneains les eraîgiieBl ooimne dm cemomnti' redoutablos. Mai» ouvrien el politique» flonl d'aceord pour m pas permettre aux feurmilièrie hniiiaiiiea de TExIrdine-Orieat de faire de la Californie et. de» fitats voiaiae une colonie asiatique.

Or, le daagferest rM;eii œ sens, le « péril jansea^ Ynn spectre pour FBuiope, est, pour rAosérique, une voffoàce sérieuse.

Apiis le miiade aecompli par le Japon en moins d'u» demi-uède, après ses merveilleux succès dans la paix et dtsM la guerre, les plus présomptueux des < blancs » d'Eure^ ou d^Amérique ne sauraient plus guère contester i ces < jaunes », à ces peuples d'Extrème-Orîenty une intelligenoe, une éneigie, une capacité de civilisatien égales à erffes des grands peuples d'Occident* Si les Aarfricains ckerohent i fermer aux Japonais, comme aux Chinois, l'entrée des États-Unis, ce n'est poiirt qu'ils craignent d'être contaminés par les vices liels ou imaginaires des Asiatiques ; c'est plutôt qu'il» ra* doutent leur souplesse, doublée de ténacité, leur vitalité, leur endumnce, et, par-dessus tout, c'est qu'ils craignent d'être dépossédé» et submergés sur leur propre sol par la foui» des immigrants d'Asie. M. Coolidge nous le diclare nettement : « II s'agit d'arrêter le flot montant de la. race jaune, qui est asses fierté pour balayer le» blancs de la cdte du Parâfique. » Et pareille cnrarto n'est pas cbiméiâqae. Les- Cbinois, les Japonais^ & retrait sur^lsuoTiSol' A»itie«si, tenAsttriessiâmer de tous

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côtés ; si l'accès de la côte américaine leur était librement ouvert, il ne faudrait peut-être pas à leurs colons un quart de siècle pour refouler les blancs de la Californie à Test de la Sierra-Nevada ou des Montagnes Rocheuses. Tout le far-west américain risquerait de devenir pacifiquement la conquête de l'Asie.

Quelque précieuses que soient pour les Américains de bonnes relations avec le Japon et avec la Chine, quelques avantages que leur industrie ou leur agriculture puissent avoir à ne pas repousser tous ces sobres travailleurs d'Extrême-Orient, on comprend que les États-Unis n'osent pas leur ouvrir toutes grandes les portes de leurs États du Pacifique.

Un État moderne, un État qui s'honore d'être un pays libre, est moralement obligé de respecter les droits de tous les hommes, de toutes les races qui habitent son territoire ; il ne saurait être contraint de recevoir tous les étrangers qui se présentent à ses frontières. Il garde toujours le droit d'opposer une barrière à leur irruption.

Ce droit, il est vrai, l'exercice n'en est pas toujours sans inconvénient grave. Si, comme il n'est pas douteux, les États-Unis persistent à fermer la porte aux mmigrants Japonais comme aux Chinois, ou à ne la leur entr'ouvrir qu'étroitement, les Japonais, comme les Chinois, leur en sauront mauvais gré.

. M. Goolidge ne se le dissimule point. L'influence des États-Unis sur les rivages asiatiques en pourra souffrir,

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leur commerce même peut-être en pâtir. De ces fimsaements réciproques doit-il sortir une guerre de l^Asie contre rAménque) un choc prochain de ces deux États si différents, la massive République américaine et le mince et scHiple Japon P Je vois tant de raisons, des deux côtés, pour éviter une par^Ue guerre, les deux adversaires auraient tant de peine à se saisir et à se terrasser Tun Tautre, que je ne puis la regarder comme probable et encore moins comme fatale. Il n'en reste pas moins vrai qu'il faudra aux Américains de la modération et du sang-froid pour ne pas irriter les Asiatiques, pour ne pas donner à Torgueil japonais la tentation de brusquer une attaque sur les possessions américaines, avant Fachèvement du canal de Panama. Une chose heureuse pour les États-Unis et pour la paix du monde^ c'est que si la population sans cesse croissante du Japon étouffe en ses îles montagneuses, le Japon n'a aucun intérêt à ce que la masse de ses colons se déverse au delà du Pacifique pour se perdre sur un autre continent. Tout au contraire, les Nippons ayant conquis la Corée, le Mikado ayant pratiquement annexé le a Royaume Ermite » à l'Empire du Soleil Levant, la politique leur conseille de répandre le surplus de leur population sur cette fertile Italie de l'Extrême-Orient, de façon à faire de l'ancienne vassale delà Chine un nouveau Japon, prolongement du vieux Japon insulaire.

n nous est donc permis d'espérer que, pour son bien

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comme pour le repos du monde, k gftndeiépiibliqae américaine pourra croître et se dAvtBiopper dane la paix. Tel doit être le souhait dé tous les amis dé k civilisation et delà liberté. Puisse k reèuste démocvatie amérioame, la plus nombreuse et lapbis flotissante qui ait encore apparu sur noire planète, mettre son orgueil et son honneur à te montrer fidèle aux principes «fu^ells a eu la gloire de personmfier dans le monde. Au lieu d^étre jalouse de l'Amérique, la yieilie Lurope en doit être fière, car la grande fédération américaine est sa fille, la fille de son sâlig et de sa chair, une fille q^ en repoussant les mésalliances asiatiques prétend conserver la pureté du seng maternel. S'il est un peuple du vieux monde qui fait des vœux pour la durée et raffermissement de la prospérité des États-Unis, c'est assurément la France, associée aux débuts hàt>ïques de Tindépendance américaine, la France qui, à trivrers toutes ses révolutions, est demeurée fidèle à l'amitié de Washington et de Lafayette,et qui, snr l'autre rivage de l'Océan, sur une terre plus vieille et un sol peut-être moins propice, s'efforce de servir, elle aussi, les mêmesprincipes et le même idéal.

Parit, mm 1908.

AjfA.TOLS Lbrot-Bbauueu.

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