LES ÉTATS-UNIS ET L'ALLEMAGNE
Si, entre les États-Unis et la France, Thistoire et la tradition comptent pour beaucoup et la politique présente pour assez peu de chose, c'est exactement l'inverse qui se passe dans les rapports des États-Unis et de TAUemagne. Ici, les faits de toute importance sont les faits récents, Thistoire des dix dernières années, les questions du jour. Quand il s'agit du passé, il faut de plus faire une distinction, qui va s'effaçant aujourd'hui, entre les relations des Américains avec les Allemands comme peuple, et avec l'empire d'Allemagne comme État. Les Allemands ont joué un rôle dans l'histoire américaine dès les premiers jours, tandis que l'empire d'Allemagne date d'une génération à peine, et c'est seulement dans les dix dernières années que les rapporte des États-Unis avec lui sont devenus considérables, et ont pris le pas sur leurs rapports avec tous les autres pays, sauf l'Angleterre et le Japon.
£n Amérique les immigrants allemands ont toujours été bien vus. Ils s'y sont montrés honnêtes, travailleurs, ils se sont occupés de leurs affaires et ils ont constitués une bonne addition à la population partout
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OÙ ils se sont établis. Une qualité qu'on a beaucoup appréciée en eux, c^est leur disposition à renoncer à leur ancien pays pour devenir des citoyens loyaux do leur nouvelle patrie. Ils ont joué un rôle estimable dans la guerre de Sécession, et ils se sont montrés prêts à soutenir leur pays adoptif en toute circonstance, même, 8*il le faut, contre leur pays natal. Le peu d'intérêt qu'ils ont pris à la politique a écarté une première cause de prévention possible contre eux; en fait, le sentiment général a toujours été bienveillant à leur égard. D'autre part il est surprenant que, malgré leur grand nombre et leurs bonnes qualités, ils aient eu si peu d'influence sur la formation de l'opinion publique américaine, et en particulier sur son attitude envers leur ancien pays. Ceux qui ont le plus fait pour amener les deux nations à se comprendre et à s'estimer, ce sont les Allemands d'Europe et les Américains de naissance qui ont voyagé en Allemagne.
Les liens historiques entre les deux pays ont été pendant longtemps secondaires, mais en somme amicaux. Les habitants des États-Unis n'ont pas ignoré que Frédéric le Grand, irrité contre l'Angleterre, regardait d'un œil favorable leur lutte pour l'indépendance, et qu'il admirait le caractère de Washington ; ils ont vu dans les malheureux Hessois, vendus à l'Angleterre pour purger une querelle où ils n'étaient pour rien des victimes plutôt que des ennemis ; et ils se souviennent qu'un officier prussien, von Steuben, rendit de grands services aux colonies insurgées en exerçant et en disciplinant l'armée improvisée de la révo*
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lutîon. A leur tour, les Américains sympathisèrent avec les efforts fiiits pour réaliser Tunité allemande. Dans la génération qui a suivi 1870, des gens sont venus de tous les pays étudier aux universités allemandes, et sont retournés ches eux pleins d'enthousiasme pour leurs méthodes. Parmi ces visiteurs il y eut un grand nombre d'Américains ; la plupart revinrent avec un sentiment sincère d'admiration pour l'Allemagne, pays que leur patrie avait tout lieu de respecter et aucune raison de craindre.
La première petite querelle survint entre les deux nations en 1888, lorsque leurs intérêts se heurtèrent aux lies Samoa, où les Américains avaient certains drmts. L'Allemagne, qui avait commencé sa carrière de puissance coloniale et qui cherchait des territoires libres, y avait aussi des prétentions. La rivalité fut avivée par l'excès de zèle des fonctionnaires des deux parts ; les deux gouvernements envoyèrent des navires sur les lieux, et la situation y fut quelque temps critique. L'in* cident ne prit vraiment fin que dix ans après, lorsque le traité de 189g procéda à un partage : chaque c6té eut ce qu'il désirait, l'Allemagne une colonie, les États- Unis une escale de charbon.
Un incident comme celui de 1888 était à prévoir entre deux États dont l'activité politique commençait à s'étendre bien au delà de leurs frontières. Ce qui lui donne de l'importance, c'est qu'alors les Américains virent pour la première fois dans l'Allemagne une puissance à la main prenante, dont les ambitions pourraient contrecarrer les leurs. Ils étaient assez fiers d^avoir tenu tète
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au grand Bismarck lui-même, à une époque où le reste du monde était disposé à s'incliner devant le puissant chanceEer, et ils étaient résolus à maintenir leurs droits avec autant de vigueur en toute autre occasion. Enfin, cet épisode fit sentir plus vivement aux États-Unis la nécessité de fortifier leur marine.
Dix ans plus tard, la guerre de Cuba ayant éclaté, les Américùns eurent la désagréable surprise de voir l'Europe continentale prendre d'une manière presque unanime k parti de TEspagne ; on entendit même parler d^une coalition pour arrêter les États-Unis. Il en résulta un débordement de fureur. Les Américains reçurent toutes les critiques avec un vif ressentiment, et furent prêts à en venir aux mains avec tout le monde plutôt que de céder d'un seul pas. Certains d'entre eux trouvaient pour la France une excuse dans ses attaches particulières avec l'Espagne ; mais on n'en voyait aucune pour l'Allemagne. Leur colère atteignit son paroxysme à propos de l'afiaire des Philippines.
Les circonstances exactes qui amenèrent Fenvoi de Tamiral Diedrichs avec son escadre aux îles Philippines ne sont pas encore connues, et ne le seront peutêtre jamais. Heureusement le public américain ne se douta pas à cette époque des relations très tendues qui existèrent pendant quelques semaines entre la flotte américaine et la flotte allemande : sans l'attitude du capitaine anglais qui se trouvait là, on aurait pu en venir aux mains ; znais ce que le public apprit en Amérique suffit à l'exaspéra. Après la bataille de la baie de Manille, tandis que les autres puissances expédiaient chacune un ou deux
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navires de guerre sur les lieux, comme c^est Tusage, pour protéger leurs nationaux, T Allemagne y envoya & la hâte, sans aucune raison apparente, toutes les forces navales qu^elle avait dans le Pacifique, effectif égal & celui de Tamiral Dewey. Pour les Américains, cette flotte ne venait pas avec des intentions bienveillantes, mais avec l'espoir de saisir quelque territoire dans la confusion du moment, et leur méfiance s^accrut lorsqu'on apprit plus tard la conduite des Allemands sur le théâtre des hostilités. La crainte de les voir s'établir aux Philippines fut un des motifs qui poussèrent les États-Unis à prendre pour eux les iles. Quand l'Allemagne acheta plus tard les Mariannes et les Garolines à l'Espagne, tous les soupçons semblèrent se confirmer. Dès lors, beaucoup d'Américains se sentirent convaincus que non seulement l'Allemagne était une puissance avide, mais qu'elle était prête, par jalousie, à jouer à l'occasion un mauvais tour aux États-Unis. Cette opinion fiit exprimée par les journaux avec leur outrance ordinaire, ce qui produisit de l'irritation et de violentes répliques. Quelques paroles indiscrètes prononcées par des officiers américains envenimèrent la situation. En outre, dans tous les pays, les autorités navales ont d'habitude ea vue telle ou telle flotte étrangère, d'après laquelle elles ébauchent leurs plans ; pour l'état-major américain, la marine allemande était le type d'après lequel les États-Unis devaient régler leurs forces.
Ici encore il ne faut pas oublier l'influence de la presse anglaise. Depuis la chute de Bismarck, les relations de la Grande-Bretagne et de l'empire allemand
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avaient été cordiales dans Fensemble, sauf au moment du raid Jameson ; mais vers 1899 elles commencèrent à se gftter, et depuis elles n'ont jamais été aussi bonnes qu'autrefois. Comme les Anglais se querellaient avec FAllemagne au temps même où ils cultivaient leur nouvelle amitié avec les États-Unis, il n'était que naturel pour eux de s'efforcer de noircir leurs rivaux et de démontrer que les ambitions germaniques menaçaient les deux nations anglo-saxonnes également. Il est vrai que les Allemands ripostaient de la même façon, mais malgré le secours de leurs compatriotes établis au delà de l'Atlantique, il leur était moins facile de présenter leurs vues au public américain : on se fait mieux entendre du public américain par le Times de Londres que par la Staatszeàung de New- York.
Les événements d'Extrême-Orient n'arrangèrent pas les choses. Comme l'Angleterre, les États-Unis désapprouvèrent l'occupation de Kiao-tchéou par les Allemands, et, quoique le principe de la fameuse note du secrétaire d'État Hay sur la « porte ouverte » eût été officiellement agréé à Berlin, beaucoup de gens crurent qu'ils poussaient la Russie à attaquer la Chine, afin d'amener un partage, chose que l'Amérique désirait empêcher* Pendant le soulèvement des Boxers, la rigueur dont les Allemands firent preuve contrasta avec la politique de douceur que les États-Unis voulaient suivre à l'égard des Chinois.
Ces nouvelles brouilles entre les deux pays, qui étaient longtemps restés en bons termes, affligèrent et alarmèrent beaucoup de gens des deux pays. Il y eut
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plusieurs tentatives pour améliorer la situation. Si Ton peut accuser les Allemands d'avoir fait les premières provocations, il Eaïut reconnaître que c'est de leur côté que vinrent les premiers essais de réconciliation. L'empereur en particulier a fait à plusieurs r^rises des efforts pour apaiser les soupçons de l'Amérique. Il envoya son frère, le prince Henri, faire un tour aux Étafts-Unis et offrir un cadeau au nouveau Musée germanique de l'université de Harvard. Personnellement, le prince créa partout une impression favorable, et le peuple américain fut amusé et content de l'attention qu'on loi donnait ; mais s'imaginer que le peuple prendrait au sérieux toute l'affaire, c'eût été mal comprendre le caractère d'une nation trop satisfaite d'elle-même et de ses institutions pour se laisser monter la tète par les égards d'un prince étranger. La visite fit cependant un bon effet. Mais bientôt, la situation se gâta de nouveau. L'intervention de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Italie dans les eaux du Venezuela provoqua une vive irritation aux États-Unis. Les Américains étaient convaincus, itortou à raison, que l'Allemagne « ^»t>uvait» la doctrine de Monroe, et que pour plus de sécurité elle avait persuadé les deux autres puissances à se joindre à elle. La presse et le public anglais ayant condamné hautement, et d'une façon presque unanime, la conduite de leur gouvernement, il n'y eut pas aux États- Unis de ressentiment sérieux contre l'Angletene ; l'Italie attira à peine l'attention ; c'est sur l' Allemagne que les Américains déversèrent toute leur colère. Pendant quelque temps la situation fut assez critique, et on l'en-
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-nsagea avec gravité & Washington. Enfin, lorsque le président Roosevelt eut refusé le rôle d^arbitre, Taffaire fiit, suivant son avis, portée k La Haye. La décisiom qui y fut prononcée mécontenta de nouveau les États- Unis : en effet, le nantissement accordé aux créanciers sur les douanes vénézuéliennes semblait le début d*un contrôle européen sur un État américain, et la priorité reconnue aux droits des belligérants sur les droits des puissances qui, comme les États-Unis et la France, n'étaient pas intervenues, pourrait bien encourager l'emploi delà force ailleurs en pareille occasion. D'autre part les Allemands, tout en ayant gain de cause, avaient pu s'assurer que les États-Unis étaient résolus à empêcher le moiiulre empiétement, et que la simple idée d'une seconde intervention de ce genre exaspérerait d'une façon dangereuse les sentiments des Américains. De plus, il était évident que l'opinion publique en Angleterre ne laisserait jamais son gouvernement assister l'Allemagne contre l'Amérique.
Depuis 1902 les passions ont eu le temps de se calmer, et, s'il reste encore quelques taaces de rancune ches les Allemands et de méfiance chez les Américains, les relations des deux pays sont redevenues cordiales. Est-il probable qu'elles le resteront? U faut, avant de le décider, comprendre pourquoi les intérêts des deux nations peuvent entrer en conflit. Il n'y a pas ici k accuser personne ; il suffit de faire ressortir l'action de certains grands facteurs natureb.
Tout d'abord, le commerce des États-Unis et celui de l'Allemagne se font une concurrence particulièrement
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TÎYe. Si Ton considère les grands États industriek du inonde moderne, on voit qu'ils sont tous avides de marchés pour écouler l'excédent de leurs produits ; c'est pour eux une affaire de vie ou de mort. L'Angleterre et la France apparaissent comme deux riches maisons de commerce, établies depuis longtemps, et attachées à des méthodes un peu surannées. Elles se font concurrence depuis des siècles, elles ont leurs spéciaUtés, leurs traditions, et elles sont parfois disposées à se contenter de ce qu'elles ont, plutôt que de courir des risques inutiles à la recherche de débouchés nouveaux. A côté d'elles, l'Allemagne et les Etats-Unis apparaissent comme deux maisons jeunes, entreprenantes, et qui ont à faire leur chemin. Confiantes en leur intelligence et en leur énergie, elles se croient de force à supplanter, dans bien des branches du commerce, leurs concurrentes plus Agées. Déjà leurs succès ont alarmé ces rivales si bien établies, et toutes deux pourraient se réjouir à la pensée de triomphes plus beaux encore dans l'avenir, si chacune d'elles n'était contrariée par la présence de l'autre. Les méthodes suivies par les Allemands et les Américains dans ces dernières années pour remporter de tek succès économiques ont différé, mais les résultats sont les mêmes : chacun de ces deux peuples a lancé des industries gigantesques, qui fournissent des produits de toutes sortes, et souvent les mêmes produits, en quantités illimitées ; chacun se protège par un tarif douanier ; chacun d'eux désire s'assurer de nouveaux marchés au dehors, et chacun se rend compte que, dans la lutte pour la suprématie, c'est l'autre qui est son plus
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formidable rival. L'Allemagne était arrivée la première ; on comprend quel dut être son ennui, après les succès remportés sur la France et TAngleterre, à voir tout à coup les Américains entrer en ligne. La situation est d'autant plus fâcheuse que FAUemagnea unbesoin plus pressant de marchés extérieurs que les États-Unis, et qu'elle leur est inférieure en ressources naturelles. Des rêves longtemps caressés, et qui n'avaient pas paru trop difficiles à réaliser, sont maintenant condamnés. D'autre part, les Américains, en quête de nouvelles sphères économiques à conquérir, trouvent presque partout comme rivaux, le& laborieux et énergiques Allemands. En Chine, les uns et les autres avaient fait de tels progrès qu'ils pouvaient songer à prendre la haute main sur le commerce de cet empire ; leurs visées reçurent une rude atteinte à l'apparition d'un plus jeune rival, le Japon moderne* Dans l'Amérique du Sud, les Allemands croyaient avoir trouvé un champ magnifique, et dans ces dernières années ils y ont gagné du terrain avec une étonnante rapidité ; mais les Américains tournent de plus en plu» leur attention vers ce même pays, et avec l'appui du pan-américanisme, ils espèrent y conquérir pour euxmêmes la première place. Sur tous les points du globe où de belles perspectives s'ouvrent au commerce, on peut s'attendre à trouver l'ardente rivalité de l'Allemand et de l'Américain.
Une autre source de difficultés entre l'Allemagne et les États-Unis, c'est la doctrine de Monroe : les Américains ne veulent entendre parler ni de discussion ni de compromis. Maintenant que l'Angleterre a accepté la
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doctrine en termes explicites, ils croient que rAlle* magne est la seule puissance dont ils aient quelque chose à craindre à cet égard. Ils savent que, si le gou- Ternement impérial a fait preuve d'une sage réserve, les théoriciens du pan-germanisme ont furieusement attaqué la doctrine de Monroe, et que d'autres gens, ut peu moins chauvins, la voient d'un très mauvais œil. Beaucoup d'Américains sont convaincus que TAUemagne n'attend qu'une bonne occasion pour prendre pied dans le nouveau monde, que son intervention au Venezuela n'était qu'un premier pas dans ce sens, qu'die achèterait les Antilles danoises si elle l'osait, et qu'elle s'est livrée à des manœuvres secrètes pour empêcher le Danemark de les vendre aux États-Unis en 1902.
Si cette méfiance n'avait d'autre cause qu'un esprit de pure rapacité prêté aux Allemands, on pourrait ne pas lui donner beaucoup d'attention. Mais ce qui est inquiétant, c'est que de bonnes raisons poussent les Allemands à diriger leurs ^orts vers TAmérique du Sud, au riflque de s'y heurter aux intérêts américains.
Malgré les succès extraordinaires de l'empire allemand moderne, dans la guerre et dans la paix, malgré l'admirable organisation de ses forces, il n'en aura pas moins, s'il veut garder le rang qu'il occupe aujourd'hui, à surmonter de graves désavantages. Beaucoup de ses penseurs, se rendant compte de son état de surpopulation, de l'exiguïté et de la pauvreté relatives de son territoire, sont convaincus que leur pays doit s'étendre ou périr. Son industrie, son énergie, ses forces disciplinées exigent impérieusement des champs |Jus
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vastes où tS\es puissent se déployer. Les quelques co* lonies qu^il possède sont, à Texception d^un territoire stérile, — le Sud-Ouest Africain, — des régions tropicales, qui ne sauraient nourrir un grand nombre de colons blancs. Pour trafiquer avec l'Extrême-Orient, il est moins bien placé que les États-Unis, et en Chine JA lui sera plus difficile encore de rivaliser avec le Japon. Si Tempire anglais s^entoure de tarifs préférentiels, le commerce allemand en souffrira. Reste l'Amérique du Sud, tout un continent aux vastes ressources, dont la population totale égale à peine la moitié de celle de r Allemagne, et dont beaucoup d'habitants n'appartiennent pas à la race blanche. Il semble donc qu'ici s'ouvre un champ superbe à toutes les activités de la nation germanique et qu'elle y trouve une chance unique d'assumer un contrôle permanent sur un territoire comparable k ceux qu'occupent les Anglo-Saxons et les Slaves. Dans les vingt-cinq dernières années, les Allemands ont fait des progrès merveilleux dans cette partie du monde, non par voie de colonisation (peu d'entre eux y ont émigré), mais en créant des lignes de navigation et des banques, en faisant des travaux publics, en plaçant leur argent, bref, en poussant leur trafic par tous les moyens possibles. Ils sont solidement établis, ils ont de l'adresse, de l'énergie, et ils avancent d'une façon régulière. La grande entrave pour eux à tout succès définitif, c'est la concurrence des Américains.
Cette concurrence, qui promet de devenir chaque année de plus en plus vive, remplit les Allemands d'appréhension. Us peuvent se dire que, à chances