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égales, ils sont en mesure de garder leurs positions, surtout après leur beau début ; mais les chances sontelles égales ? Il est vrai que Hambourg est a peine plus éloigné que New-York de la côte Sud-Est de rÂmérique du Sud, et, si les Allemands pouvaient obtenir un port au Maroc, ils auraient un poste avancé plus rapproché que les États-Unis de cette partie, la plus importante, du continent sud-américain. Mais, s*il s^agit du Nord, leur commerce y est relativement en moins bonne pos* ture, et, pour toute la côte occidentale, leur désavantage est manifeste. C'est à juste titre encore qu^ils jugent le mouvement du pan-américanisme défavorable à leurs intérêts ; car, quoi qu'en disent les optimistes suivant lesquels il y a place dans PAmérique du Sud pour le commerce de bien des pays, on ne peut guère contester que tout progrès des États-Unis dans cette région ne se fasse dans une certaine mesure aux dépens de TEurope, et en particulier de FAllemagne. Lorsque Topinion publique en Allemagne commença & revenir de Tivresse qui avait suivi la fondation de FEmpire, on vit poindre un à un des doutes désagréables. On se rendit compte qu*avec toute sa puissance et sa gloire le nouveau Vaterland n'occupait qu'un petit point à la surface du globe, comparé aux domaines des Anglo-Saxons, des Latins et des Slaves, et que, si la situation actuelle était très satisfaisante, les perspectives d'avenir Tétaient moins. Ce sentiment d'une force considérable, joint aux anxiétés causées par l'avenir, a amené un état d'inquiétude croissante, et l'idée qu' « il faut faire quelque chose ». Les
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Allemands ne se disent plus que leur unité est achevée, comme ils le croyaient dans le premier éclat de leur triomphe, après 1871 : ils songent maintenant à une plus grande Allemagne, qui renfermerait tous les peuples d^ Europe parlant l'allemand . Il y a plus : ils ont des visions d'un empire mondial, qui donnerait libre carrière h toutes leurs énergies et fournirait un asile au surplus de leur postérité; ces enfants de l'Allemagne garderaient leur nationalité, au lieu de devenir a un engrais » pour d'autres peuples, et ils feraient de Tallemand la langue de plusieurs centaines de millions d'hommes.
Le parti pan-germaniste a'fréquemment exprimé sous leur forme la plus extrême ces ambitions que bien des patriotes partagent dans une certaine mesure. Par malheur pour elles, il ne reste plus que quelques régions dans la zone tempérée où il serait possible à des colons allemands de s'établir en assez grand nombre pour former de nouvelles familles de la race teutonique ; or ces régions sont défendues par leurs maîtres actuels ou par des jalousies internationales. L'Australie, avec son énorme superficie et sa population peu nombreuse et lente à s'accroître, est une colonie anglaise ; en Asie Mineure, il n'est pas facile de déposséder le Turc, et on peut compter que la Russie et l'Angleterre s'y opposeraient à l'Allemagne ; au Maroc, on trouve l'Angleterre et la France ; aux États-Unis, bien que des millions d'Allemands s'y soient installés, le Deutschtum (germanisme) n'a pas d'avenir.
' Il ne reste que l'Amérique du Sud ; ici, dans les trois
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province» méridionales du Brésil, il y a quelque quatre cent mille Allemands, qui, grâce au taux élevé de leurs naissances, se nmltiplient rapidement, et qui jus^^à ce jour ont réussi à maintenir leur individualité. Si les quelques milliers d'émigrants qui sont allés de ce côté il y a plus d^un demi-siècle sont arrivés à former cette considérable population, comment s^étonner que des patriotes allemands aient rêvé de voir s^édifier un nouvel État allemand dans ce magnifique pays ? Mais combien la situation y serait différente si, de i856 à i8g3, le gouvernement prussien n'avait pas ccmimis Terreur fatale d'y interdire Témigration de ses colons et si un dixième seulement des Allemands qui allèrent aux États-Unis et furent perdus pour leur pays avaient fait du Brésil leur nouvelle patrie? On conçdit le désespoir du patriote quand il songe à cette superbe occasion sacrifiée sans motif. Est-ce à dire que le Deatschium ait perdu tout avenir dans cette partie du monde I Des écrivains pan-germanistes ont déclaré qu'il n'est pas trop tard pour espérer encore et pour agir, et ils ont esquissé des plans fort beaux sans doute à leurs yeux, mais tout à fait en désaccord avec la doctrine de Monroe. Il n'est pas douteux que l'ingérence de l'Allemagne au Brésil lui vaudrait une guerre avec les États- Unis.
Quand on considère avec impartialité la situation actuelle des Brésiliens allemands, cm est tenté de croire que, s'ils sont laissés à eux-mêmes, ils n'ont guère de chances de conserver une existence distincte. Dans les provinces où ils se sont établis, ils sont par-
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toul en minorité ; même dans celle de SanU-Gatarina, où la proportion d'Allonands est la plus forte, ils constituent à peine un quart de la population. De nos jours ils ne reçoivent k peu près aucun renfort de leur mère-patrie, d^abord parce que Témigration allemande en général s^est réduite dans ces dernières années, et puis parce que les Brésiliens, alarmés par le danger possible d une invasion pacifique, empêchent maintenant plutôt qu'ils ne favorisent Tarrivée de nouveaux coI<xis allemands. Us ont d*autre part commencé à in-< troduire chez eux des foules dltaliens, qui sont aussi prolifiques que les Allemands et plus facilement assimi* lés à la population brésilienne, et ils vont aussi ouvrir leurs portes aux Japonais.
Toutefois, les colons allemands des districts ruraux se multiplient si vite que leur nombre pourra compen<* ser amplement les pertes que leur nationalité subit dans les villes. LHmmigration peut recommencer ; mais elle n'a guère de chances de devenir très forte, parce que les autorités du Brésil y mettent des entraves, et que la population de rAllemagne moderne, de plus en plus urbaine, est moins propre qu'autrefois à coloniser des pays tout neufs. Il se peut enfin que les Allemands bré* siliens gardent leur caractère distinct, et qu'ils se rattachent à leurs parents d'Europe par des liens commerciaux, littéraires et sentimentaux, sans désirer être soumis au même gouvernement. A ceci les États-Unis ne trouveraient rien à dire. Ce qui compromettrait la paix, ce serait un antagonisme entre ces Allemands et les autres Brésiliens, qui amènerait un conflit violent
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dont pourraient soufirir aussi des sujets de Temperear. Il serait alors trfcs difficile pour le gouvernement de Berlin de résister à la pression du sentiment public et de ne pas aller au secours des frères allemands au delà de Tocéan. Une telle intervention provoquerait sur-lechamp celle des États-Unis. Or, si TÀllemagne trouvait sa marine assez forte pour risquer une guerre maritime avec les États-Unis, il lui faudrait aussi tenir tète non seulement au Brésil, mais sans doute à une coalition générale de TAmérique du Sud, et elle ne pourrait s^attendre à Tappui de personne. Il est certain que les hommes d^État de Berlin se rendent parfaitement compte de tout cela si les pan-germanistes l'oublient.
Cependant il n^y a pas trop lieu de s^inquiéter. Dans toute étude des relations internationales, on est parfois exposé à accorder de l'attention à telles ou telles théories, émises en pays étranger, auxquelles chez soi on ne s'arrêterait pas un seul instant. Les rapports des États-Unis et de FAUemagne sont redevenus excellents, et Ton semble marcher vers une entente de plus en plus complète. Dans leur isolement actuel en Europe, les Allemands sont plus désireux qu'autrefois de se mettre en bons termes avec les Américains, et ils sont mieux disposés à seconder les efforts faits dans ce sens par l'empereur ; il a d'autant mieux réussi que son caractère original a toujours plu aux Américains, tout comme le caractère du président Roosevelt, à qui on l'a si souvent comparé.
Les Américains ont rendu si claire maintenant leur interprétation de la doctrine de Monroe que personne