‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 32 sur 63 · LES ÉTATS-UNIS ET LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS-UNIS ET LA RUSSIE

De toutes les grandes puissances contemporaines, il n^y en a pas deux qui aient des points de ressemblance et de contraste aussi frappants que les États-Unis et la Russie. Grâce à leur masse énorme et compacte ei à leur caractère continental, ils peuvent se suffire à euxmêmes ; et cette même masse offire à leur développement intérieur un champ qui parait illimité, tout en les rendant invulnérables. Un ennemi extérieur [peut les blesser, mais non pas les frapper d'un coup au cœur. Ces deux pays n'ont guère lieu de se craindre; ils pourraient d'autre part se prêter au besoin un grand secours.

Au temps de la guerre de l'indépendance américaine, l'impératrice Catherine II était mal disposée à l'égard de l'Angleterre. Cette inimitié, et la haute idée qu'avait la tsarine de la dignité de son empire, l'induisirent à former la ligue de neutralité armée : ce ne fut pas d'un grand secours aux Américains, mais l'Angleterre y vit un acte malveillant. L'impératrice n'avait pas cédé à un mouvement de sympathie pour les colons révoltés. Elle détestait toute espèce d'insurrection et jugeait de tels exemples contagieux. Aussi l'agent envoyé par le Gon-

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grès à Saint-Pétersbourg y resta-t-il deax ans enriron sans pouvoir obtenir une audience. Des relations vraiment cordiales ne s'établirent qu'au début du règne d'Alexandre I". Cet empereur dans ses dernières années suivit en politique des voies très contraires à celles des Américains, et fonda la Sainte-Alliance, abhorrée des États-Unis ; mais il semble avoir été bien disposé à leur égard au moins dans la période libérale de son règne, n correspondit plus d'une fois avec Thomas Jefferson, et les Américains qui visitaient la Russie furent lâ^ti traités. De plus, Alexandre !•' se fit envoyer par deux fois une copie de la Constitution américaine, que Speranski consulta sans doute pour son plan de réforme du gouvernement impérial. A cette époque, la Russie était aussi une puissance américaine ; ce sont même ses tentatives pour étendre au sud son territoire qui amenèrent les protestations du secrétaire d'État Adams, dont le président Monroe reprit les idées dans son Êimeux message. La difficulté relative aux frontières de l'Amérique russe fut réglée par le traité de 1824. Quelques années plus tard, les Russes abandonnèrent leur établissement commercial en Californie ; ils n'avaient jamais prétendu en faire une possession politique, mais ils y étaient restés en dépit des remontrances de l'Espagne, et lesÉtats-Uni,s regardaient cet acte d'un -mauvais œil.

Après cela, on ne trouve plus de faits marquants dans l'histoire des relations russo-américaines, jusqu'au début de la guerre de Sécession. Les deux pays étaient en assez bons termes, mais n'avaient guère d'attaches

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réciproques. En diverses occasions ils aèrent d'uncomniiin accord en Extrême-Orient, et tous deux ils profitèrent des idctoires anglaises et françaises qui ouvrirent la Chine au commerce.

Dès le commencement de la guerre civile en Amérique la. Russie prit nettement le parti du gouvernement fédéral. En 1861, elle Tavertit de certains plans de coalition contre les États-Unis, et son hostilité déclarée contribua à décourager ces projets. Elle envoya une flotte en i863, dans les eaux américaines. Les relations des États-Unis avec TÀngleterre et la France étaient alors très tendues, et une rupture semblait imminente. Pour bien des gens, à cette époque aussi bien qu'aujourd^hui, l'envoi de cette escadre russe fut plus qu'une démonstration amicale : on prétendit qu'elle portait des ordres scellés lui commandant d'assister les États-Unis en cas de guerre. Maintenant on tend k croire que cette idée est erronée ; mais il n'en reste pas moins vrai que l'attitude du gouvernement russe fut très sympathique aux États-Unis dans leur pénible épreuve, tandis qu'on ne peut pas en dire autant des autres gouvernements européens. On peut expliquer cette conduite delà Russie par son aversion pour toute insurrection, par ses sentiments de cordialité envers la république américaine, et par sa sympathie pour la guerre anti-esclavagiste qui éclatait dans l'Amérique du Nord au moment même où la Russie travaillait à abolir chez elle le servage. Les deux proclamations d'émancipation parurent presque k la même date ; les hommes qui s'étaient occupés de ces deux réformes sociales, qui sont parmi les plus

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