‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 35 sur 63 · I.BS ÉTATS-UNIS ET LA. RUSSIE a · texte numérisé non relu

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les événements. A cette colère se mêlait un certain dégoût pour la corruption effrénée qu'on prêtait aux fonctionnaires russes en Extrême-Orient. Sans parler de Famitié des Américains pour le Japon à cette époque, ces faits suffisent à expliquer pourquoi en février 190^9 leurs sympathies étaient déjà entièrement acquises aux Japonais.

Quand cette guerre éclata , à la surprise du gouvernement impérial, et à la profonde stupéfaction du peuple russe qui n'avait jamais pris la querelle au sérieux, on se dit tout d'abord en Russie que les Japonais n'auraient jamais osé risquer une pareiUe aventure s'ils n'y avaient été poussés par quelque puissance plus forte. Les caricatures populaires de l'époque montraient un petit Japonais en position de bataille, encouragé par un grand Anglais et un grand Américain à l'arrière-plan. Que l'Angleterre agît ainsi, personne ne s'en étonna : elle était alliée du Japon, et la vieille ennemie de la Russie; mais beaucoup de Russes furent sincèrement surpris de voir la nation américaine abandonner leur cause aussi complètement ; ils ne se rendaient pas compte de l'évolution qu'avait subie l'esprit public aux États-Unis, et ils se figuraient que la république américaine leur voulait toujours du bien.

Cet étonnement se changea bientôt en colère, et les déclarations énergiques du gouvernement américain relatives aux [droits neutres de ses nationaux n'eurent pas un effet surprenant. D'autre part les Japonais, comme c'était leur intérêt, firent tout ce qu'ils purent pour irriter le ressentiment des Russes contre ce peuple

<;iii jadis leur avait inspiré tant d^amitié : ils remirent pendant la guerre la garde de leurs concitoyens résidant ^Bi Russie aux représentants de rAmàrique, non à ceux de TAngleterre, et ils firent ressortir les manifestations àe sympathie venues de l'autre rive du Pacifique.

Par bonheur une réaction ne tarda pas k se produire. Tout d'abord les Japonais prouvèrent qu'ils n'avaient pas besoin de l'aide des États-Unis ou de toute autre puissance pour conduire leurguerreà bonne fin. Ce conflit même était détesté par la grande majorité des Russes : ausû iurent-ils reconnaissants au président Roosevelt pour sa médiation qui aboutit à une paix dont les termes furent aussi favorables à la Russie qu'elle pouvait Tespérer. Cette intervention montra aussi que les États- Unis n'étaient pas hostiles à la Russie elle-même, mais seulement à une politique qui désormais n'avait nulle part de défenseurs. De son côté l'opinion américaine redevint favorable aux Russes, et surtout aux efforts des libéraux qui voulaient établir un nouveau régime. Les causes qui ont séparé les deux pays au cours des dernières années n'existent plus, et les mêmes bases d'une sympathie rédproque existent comme par le passé. li y a lieu d'espérer que leurs intérêts n'entreront plus ^i conflit, comme dans ces affaires de l'Asie orientale. Certes un tel désaccord est toujours possible ; mais on peut aussi imaginer une entente russo-am&icaine relative à It Chine, ou même au Japon. Tant que la Russie ne sera pas sortie de sa crise intérieure, dont personne ne peut em ce moment prévoir l'issue, son influ^ice restât amoindrie parmi les nations. Elle est bien loin de la

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position fière et menaçante qu^dle occupait il y a cinq ans. Mais, malgré la guerre et les émeutes, les sources de sa force sont demeurées intactes. Elle restera Tune des premières puissances du monde, et les Américains ainsi que les Russes feront bien de travailler à rétablir les s^Bidments de cordialité qui ont existé entre les deux pays.

Aujourd'hui que TEspagne n'a plus un pouce de territoire au nouveau monde, les Américains ont pour elle cette bienveillance qu'on aime à professer pour ceux qu'on a vaincus sans trop de peine. Il est à remarquer que les Américains, surtout les fonctionnaires qui s^occupent de Cuba ou des Philippines se rendent mieux compte qu'autrefois des difficultés que l'Espagne a rencontrées dans le gouvernement de ses possessions. Ils sont moins enclins à condamner absolument les méthodes qu'elle a suivies, et même ils y trouvent beaucoup à admirer. Les rapports des États-Unis avec l'Espagne proprement dite ont peu d'importance aujourd'hui, mais ils se développent de jour en jour avec les fils de l'Espagne dans le nouveau monde.

Avec l'Autriche-Hongrie, les États-Unis n'ont pas souvent eu affaire. Ils prirent avec enthousiasme le parti de la Hongrie insurgée en 18^99 et il arriva même k Kossuth, grisé par les ovations qu'il reçut en Amérique, de croire que ce pays interviendrait en faveur de sa cause. En i853 on eut l'affaire de Koszta, ce réfugié hongrois, qui avait déclaré son intention de se faire citoyen américain, fut néanmoins appréhendé dans un

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port de Turquie et mis à bord d'un vaisseau de guerre autrichien ; mais on dut le relAcher, sous la menace d'un vaisseau américain de force supérieure. En 1866^ après le retrait des troupes françaises qui maintenaient Farchiduc Maximilien sur le trône du Mexique, on parla de les remplacer par des Autrichiens, mais les États-Unis opposèrent leur veto. Dans ces dernièrcB années ils ont reçu de l'Autriche et de la Hongrie un gros contingent d'immigrants.

Quant à l'Italie, l'Amérique protestante éprouva la plus vive sympathie pour elle à l'époque où eUe luttait pour s'affranchir et pour réaliser son unité nationale. Elle salua chaleureusement l'entrée du nouveau royaume d'Italie dans la grande famille des nations, et pendant longtemps resta en excellents termes avec lui. Cette bonne harmonie fut violemment troublée par le fameux lynchage des Italiens à la Nouvelle-Orléans, le i5 mars 1891. Il faut se souvenir que ce lynchage n'eut rien de commun avec la plupart des horreurs du même genre qui ont fait tant de mal an pays dans l'estime des nations étrangères. Le « massacre » de la Nouvelle-Orléans résulta d'un plan délibéré : des personnes assez en vue dans cette ville entreprirent de se faire justice elles-mêmes, parce que sous le régime de terreur établi par la Mafia les jurys des tribunaux n'osaient plus condamner les coupables. Le but qu'on visait fut atteint : la Mafia ne fit plus parler d'elle. Mais le caractère illégal de cette affaire fit apparaître les États-Unis sous un jour fâcheux. En outre le gon- Temement fédéral fut mis dans une position très ena-

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barrassante, quand l'Italie vint se plaindre du traitement infligé à ses nationaux. Les Américains ne craignaient pas une revanche à main armée, bien que la marine italienne fût plus forte à cette époque que la leur ; mais ils s'apercevaient que, par la forme même du gouvernement fédéral, les autorités de Washington n'avaient aucun moyen de protéger les étrangers dans les troubles d'ordre local. Le Secrétaire d'État Blaine se tira d'affaire comme il put, en déclarant que, si les États-Unis s'étaient engagés par traité à protéger les nationaux italiens, c'était seulement dans la mesure où ils pouvaient défendre leurs propres citoyens. Cette réponse ne satisfit pas le gouvernement de Rome. Les ministres furent rappelés de part et d'autre, et il en résulta une froideur diplomatique qui dura plusieurs mois. En 1892 le Congrès vota spontanément une indemnité aux familles des sujets italiens lynchés; l'Italie accepta cette réparation. Il y a eu d'autres incidents plus ou moins semblables à celui de la Nouvelle-Orléans qui ont causé beaucoup d'ennuis aux États-Unis. En ces diverses occasions la République, aux yeux des autres pouvoirs, est apparue impuissante à défendre sur son territoire les droits des étrangers, qu'elle a formellement garantis par traité et qu'elle s'attend à voir respectés quand il s'agit de ses citoyens. Avec la Sublime Porte, les États-Unis ont été en rapports fréquents, et en assez bons termes, malgré la sympathie que les Américains n'ont jamais déguisée envers les différentes nationalités chrétiennes sujettes de la Turquie lorsqu'elles ont lutté pour s'affranchir, et surtout envers les Grecs pendant leur guerre d'indé-

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p^idanoe. Les massacres d'Arménie ont provoqué en Aisbérique une indignatioa si violente que, s- ils se renouvekîent, les États-Unis pourraient bien se départir de leur politique traditionueUe^ et int^venir. En Turquie, aussi bien qu'en Chine, Tune des tâches les plus cOfficiles pour le gouvernement de Washington et pour ses représentants dans ces paye, c'est la^ protection des nûssiona américaines. D'après dss témoignages impartiaux, ces missionnaires font une bonne œuvre. Sans doute ils ont pu manquer de tact quelquefois, et, avec les meilleures intentions, se sont laissés entraîner à se mêler d'affidres qui ne les concernaient pas; mais on-doit se dire aussi que la plupart des accusations lancées contre eux par les autorités turques ont été très exagérées, sinon tout à fait mensongères. C'est un devoir évident pour le gouvernement américain de les défendre contre la persécution, lorsqu'ils n'outrepassent point les droits qui leur sont garantis. D'autre part on comprend aisément que les autorités turques les brouvent importuns et dangereux. Us ont beau se garder de prêcher l'insoumis»on, l'esprit même de leur enseignement ne saurait rendre les éléments mécontents db la population plus satisfaits du r^fime établi. La simple présence de ces étrangers protégés, représentants d'une civilisation plus haute et plus libre, doil éveîU» des aspirations qui sont abhorrées des Turcs. On peut comprendre aussi pourquoi le gouvernement du Sultan s'oppose absolument au retour de ses anciens sujets syriens ou. arméniens, qui ont émigré et ont acquis les privilèges des citoyens américains : à ses yeux, ce sont

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des fauteurs de troubles de la pire espèce, et cette idée n^est pas sans fondements.

Si les États-Unis s^interposaient entre les Turcs et leurs sujets, ils se trouveraient bientôt pris dans Tengrenage de cette question d^Orient ({ui jusqu'à présent comme les diverses questions d'équilibre européen, n^avait eu pour eux qu'un intérêt théorique. Jusqu'à ce jour ils se sont tenus loin de toutes les affaires purement européennes, et n'ont joué aucun rôle dans le partage de l'Afrique ; ils se sont boméd à sauvegarder les intérèfo de leur commerce par leur ]>«Ttîcipatkni aux Gonférences de Berlin, en i885, et d'Algésiras, en^ 1906, et ils dit eu quelques attaches sentimentales très vagues avec la république de Libéria. Les Améri* oains ont raison d^espérer que, s'ils ne peuvent pas toujours éviter de certaines complications qui leur étaient épargnées dans le passé, la république restera du moins autant que possible fid^e à la vieille politique qui lui a vendu tant de services.

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