‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 44 sur 63 · LES ÉTATS-UNIS ET LE CANADA · texte numérisé non relu

LES ÉTATS-UNIS ET LE CANADA

espèce cpii ne demandent qu'à être exploitées. Plus au nordy près de la frontière de l'Alaska, le Klondike est riche en or. Ces ressources ne font que commencer à se développer, et elles promettent un brillant avenir. Grâce à ces avantages naturels du pays, grftca aussi à une réclame énergique, le nombre des immigrants, qui en igoi ne dépassait pas cinquante mille, était en 1906 montée 3i5gi3, et, pour rendre le triomphe plus édatant, tandis qu'en igoi moins de vingt mille de ces émigrants, c'est-à-dire pas même un cinquième, venaient des États-Unis, en 1906 près de soixante-quatre mille d'entre eux étaient d'origine américaine.

Il n'est pas étonnant que cette récente prospérité ait exalté l'imagination des Canadiens. Leur développemisnt leurappso'aît illimité, et ils parlent du jour où l^ir pays nourrira des centaines de millions d'habitants. « Les États-Unis, disent-ils, ont été le pays du xix* siècle, le Canada sera celui du xx*. » Le climat lui-même, qui est plutôt redouté de ceux qui en entendent parler, passe pour l'un des charmes propres au Dominion.

Évidenuiu^t, il ne faut pas prendre trop au sérieux les paroles que dicte cet enthousiasme. Les Américains en particulier connaissent assez bien ce bd optimisme. Mais il n'est pas douteux que le Canada est très ttorissant aujourd'hui, et qu'il commence enfin à se développer rapidement; il a d'iQamisnsed ressources encoce inexploitées, et il peut nourrir une population bien supérieure à celle qui vit maii^nant dans ses frontières. On peut ne pas partager son enthousiasme en 66 qm concerne scm climat ; la chaleur du poêle, ar^t^n

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dity débilite autant que celle du soleil ; pourtant Thiver ! canadien est fortifiant et salutaire, et très supportable à la race blanche. De tous les pays, cVst à la Sibérie que le Canada ressemble le plus par son caractère général | et par ses ressources ; mais le climat y est moins rigoureux, les paysages plus beaux, et la proportion de bonnes terres est un peu plus considérable. |

Cependant si la zone de culture du blé s^y étend beaucoup plus au nord qu'on ne Pavait d'abord pensé, il a dans ses frontières, comme la Sibérie, une immense étendue de désert stérile qui ne pourra jamais valoir grand'cbose. D'autre part les terres à blé, si désirables qu'elles soient, n'ont pas besoin d'une très grande population pour les exploiter, surtout à notre époque de machines perfectionnées et de culture extensive. Le Canada ne possédera jamais la même diversité de matières premières que les États-Unis. Le coton, la soie, le tabac, la canne & sucre, le riz, beaucoup d'arbres fruitiers, et les autres produits des États du Sud sont interdits au Canada par la nature. Ses richesses minérales sont certainement immenses, mais on peut douter qu'elles égalent celles de l'Union. Actuellement, 1 extraction ne s'y monte pas à un quinzième de celle des États-Unis. Québec a été fondé avant New- York, et si les ressources du Canada étaient plus grandes que celles de la nation voisine qui s'étend au sud, le monde s'en serait déjà aperçu.

En outre, il n'y a rien dans ce commencement d'émigration vers le nord qui doivent effrayer ou même étonner les Américains, surtout quand ce n'est là en-

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core qu'un vingtième du contingent qu*ik reçoivent eux-mêmes de l'extérieur. Il est vrai que cette émigra^ tion est faite de très bons éléments ; mais en soi le phénomène est parfaitement normal, et n'est que la suite de celui qui a duré pendant toute l'histoire des États-Unis. D'année en année, la frontière de la colonisation a été poussée de plus en plus loin à l'ouest, jusqu'à ce que, vers la fin du xix* siècle, il ne resta plus de nouveaux territoires à ouvrir. La frontière qui avait joué un rôle si important dans l'histoire de l'Ouest américain ayant ainsi disparu, on découvrit qu'il y avait au Canada des pays qui n'étaient pas encore ouverts. Alors le vieux mouvement reprit, cette fois vers le nord. Mais ces immigrants qui ont poussé en avant, après avoir fini leur œuvre de pionniers dans leur première demeure, n'ont pas laissé un vide derrière eux. Leur perte a été compensée par de nouveaux éléments qui se sont accrus à mesure qu'une existence plus stable se développait. Le fermier qui a vendu ses terres dans l'Iowa pour aller chercher un sol vierge dans l'Alberta peut être le fils d'un homme qui a vendu ses biens dans rOhio pour aller en lov^a, et le petit-fils d'un autre qui a quitté le New- York ou la Pennsylvanie pour l'Ohio. Malgré de pareils départs, il n'y a pas eu de vides produits, et le Nevr-York et la Pennsylvanie ont de nos jours chacun une plus grande population que le Dominion tout entier. Les Américains n'ont aucune raison de s'alarmer de la prospérité de leurs voisins, pas plus qu'ils n'en ont de la déprécier. Par malheur, il leur faut accepter le fait que cette prospérité a eu pour consé- GooLiDoi. 19

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quence Pexaltation de la conscience nationale et du sentiment de rivalité que depuis longtemps les Canadiens ont eu k leur égard.

Il est tout à feit naturel que les Canadiens aient plus d'hostilité pour les États-Unis que les Américains pour le Canada. On doit s'y attendre lorsque, deux peuples de force très inégale étant en présence, le plus faible a toute une série d'anciens griefs contre le plus fort et soupçonne ses desseins pour l'avenir. Par exemple, les Français pourraient être hais des Belges, tout en n'ayant pour eux que de l'indijfférence. Le Canada est aussi grand que les États-Unis, mais la disproportion de leur population et de leurs ressources dévelojqpées est plus forte qu'entre la France et la Belgique. Il ne faut donc pas être surpris que les journaux canadiens fourmillent d'attaques contre l'Amérique, tandis que les journaux américains n'ont cure des afTaires du Canada. C'est dans l'ordre des choses.

De tous les habitants du Dominion, les catholiques irlandais sont peut-être les mieux disposés envers les États-Unis. Ils n'ont pas hérité d'une grande fidélité envers l'Angleterre ni envers son roi, et ils savent que des millions de leurs compatriotes ont trouvé une terre promise au sud de la frontière du Canada. Us n'ont rien à perdre par l'annexion et ils n'ont aucune raison sentimentale contre elle : on peut donc voir en eux un facteur qui tendrait & rapprocher les deux pays. Les Canadiens français sont dans une position toute difie* rente. D'une part, quoiqu'ils puissent être encore dominés par une vieille antipathie nationale et religieuse

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contre les Américains, ce préjugé n^est guère plus fort que celui ^^^'Us éprouvent contre leurs concltoyeûfe de sang anglais. Le temps a quelque peu effacé le souvenir des vieilles querelles entre colonies, et les États-Unis comptent aujourd'hui parmi leurs habitants quelque quinze millions de catholiques prospères et satisfaits. Les Canadiens français eux-mêmes sont venus par milliers dans les États de la Nouvelle-Angleterre et y ont trouvé leur demeure et leur subsistance. Les raisons de Fanciénne hostilité ont donc disparu. Mais d'autre part nous trouvons chez les principaux de ces Français une opposition invincible à toute idée d'annexion, et ce n'est plus sur un préjugé qu'elle se fonde, mais sur un simple calcul. 11 est vrai que, surtout depuis l'émigration vers la Nouvelle-Angleterre, le rêve qu'ils caressaient autrefois, de voir l'élément français du Dominion éclipser peu à peu l'élément anglais, n'a plus aucune chance de se réaliser ; pourtant les Français semblent bieil devoir rester une fraction très importante de la population tant que le Canada sera indépendant. S'il était annexé à la république américaine, ils seraient aussitôt réduits à une position tout à fait insignifiante, tellement même que l'on peut se demander si à la longue ils pourraient maintenir leur nationalité. Le clergé de son côté redoute l'esprit libéral de l'Église catholique telle qu'efle existe dans l'Union. Il a déjà remarqué que ses ouailles dans la Nouvelle-Angleterre sont moins dociles qu'au Canada, où le payement de la dîme est Sanctionné par la loi. Ces considérations expliquent Fàdage bien connu, qui dit que « le dernier coup de feu

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tiré pour la défense de la souveraineté anglaise sur le continent américain serait tiré par un Français ».

Les Anglais et les Écossais de la grande province ceatraie d^Ontario sont les vrais représentants du Canadien typique et du vieux sentiment anti-américain. Ce sentiment n^est pas aussi fort dans les provinces maritimes, et rOuest tout moderne, avec sa population mêlée, est travaillé par d^autres influences; mais dau» rOntario subsiste l'antagonisme hérité par les descendants des loyalistes qui s'enfuirent des colonies révoltées. Le souvenir de leurs griefs et de leurs souffrances, aussi bien que des gloires de la guerre de i8ia, où Ton repoussa Tenvahisseur, a été perpétué dans la légende et dans la littérature populaire. Le patriotume de ces Canadiens est encore demeuré très vivant parce que toute guerre nouvelle, — et que de fois elle a menacé d'éclater I — commencerait inévitablement sur leur territoire par une invasion qu'ils auraient toutes les peines du monde à r^oul^r. En fait, l'assurance tranquille que les Américains ont toujours eue, à tort oa à raison, de pouvoir occuper le Canada sans grande difficulté dès qu'ils le voudraient, a causé une irritation toute naturelle de l'autre côté de la frontière. U &ut avouer qu'un certain ton de nonchalante supériorité que l'on trouve chez les Américains, lorsqu'il est question de leurs frères du Dominion^ est assez agaçant, et Ton comprend l'aigreur du Canadien quand il entend parler de la a destinée manifeste » des États-Unis et de leur « situation suprême dans l'hémisphère oocidentil». Il a fallu endurer tout cela, mais enfin l'orgueil natio-

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naldes Canadiens a trouvé de quoi se justifier. Lacrois< sance et la prospérité actuelles du pays, ses belles perspectives pour Tavenir, leur ont ôté tout penchant & Tannexion et tout sentiment de dépendance; au contraire, ils sont en humeur de ne faire aucune concession aux Américains.

Par un juste retour des choses, maintenant que les Canadiens ne recherchent plus les faveurs de TAmériique, on commence aux États-Unis à regretter Tindifférence qu*on a montrée envers eux. Certes il y a toujours eu dans les États limitrophes, en particulier dans la Nouvelle-Angleterre, plus d'intérêt pour le Canada ; mais dans Pensemble, sauf à certains moments où Ton a été en querelle, les Américains se sont très peu préoccupés de leurs proches voisins. Pendant la plus grande partie du xix* siècle, ils ont vécu dans la paisible assurance qu^un jour, après une guerre avec rAngletèrre, ou plus probablement par Tefifet d'une « attraction pacifique 9, la moitié septentrionale du continent leur reviendrait, suivant une « destinée manifeste ». On a formulé cette opinion avec beaucoup de sans-gêne, mais on n^a rien fait pour aider la destinée : le traité de i854 n'a pas été renouvelé; on s'est borné à une protestation futile quand le Dominion fut formé, et les tarifs américains, toujours plus élevés, n'ont jamais tenu compte des vœux des Canadiens. Tout récemment on a fait la constatation fftcheuse que, dans leurs rapports avec ce voisin plus faible, les États-Unis n'avaient pas tiré le meilleur parti possible de la situation. Le Canada a souffert des tarifs américains ; mais, loin de plier, il

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y Q i:époQdu en protégeant s^s industries d*ua rempart artificiçli de droits élevfc. Des deux cotés il y a ajiyourd^hi^i de puissantes influences qui s^opposent à un rapprochement commercial.

Ea ce temps de régime représentatif et de tarifs protecteurs, il parait de plus en plus difi^cilç de conclure des t;r2^tés de commerce. Aucun intérêt particulier, n^est dispçsé à se laisser sacrifier pour le bien général, et il es% souvent en m^ure de forcer Içs autres à &ire cause commune avec lui, en les menaçant de les abandoAn^r à s.an tour.' Cette opposition égoïste d'une minorité doftt les avantages sont eiu jeu est en général plus obstinée et pl]as durable que le souci, du bien général chez la majorité. Le Canada et les États-Unis prélèyent maintei^ajat des droits élevés sur les marchandises qui vont d'u9,pays à Tautre, et aucun des deux n'est d'humeur à faire, des concessions. S'il fallait en venir à une gv^txt de tarifs, les Canadiens se croient en mesiure defjçapj^F les. coups les plus rudea, car le total de leur exportaliios^ aux, Etats-Unis n'est pas la moitié de cç qu'ils a^ohèteot aux États-Unis. Ceux-ci d'autre part ont toujours en. réserve, en cas de guerre financière, le droit de su^p^ndre le privilège de transit sur son territoire. Comme b Saint* Lajurent est gelé en hiver, et que Haji&x et Saint-JobA sont des. ports brumeux et (si le passage par l'État de M^ne était fermé) ass^ éloignés, ce droit constituerait une arme des plus efficaceS| mais il ne &udrait l'employer qu'ea dernier ressort.

Les rapports du Canada avec les autres possession», anglaises ont aussi une importance évidente dans 1a

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question. Déjà en 1890 le traité de commerce entre les Étata-Unis et Terre-Neuve fut désapprouvé par le gouvernement impérial anglais k l'instigation du Canada. Terre-Neuve doit sans doute entrer tôt ou tard dans le DoBEiinion ; mais les Américains n'ont aucune raison de le souhaiter, car cela ne rendrait guère la querelle des pêcheries- plus facile k résoudre. Un autre événement possible qui atteindrait sûrement les intérêts américains est Tunion qu'on a suggérée entre le Dominion et les Antilles anglaises. Cet arrangement doterait les Canadiens de territoires sous les tropiques et stimulerait la prosjpérité de ces îles en favorisant l'entrée au Canada de leup sucre et de leurs autres articles d'exportation. En revanche les États-Unis pourraient s'ils le voulaient ri* poster par quelque coup droit, comme par exemple une taxe sur l'importation des fruits de la Jamaïque, qui ruinerait l'île presque complètement. Maintenant que. la Grande-Bretagne a renoncé à son ancienne poétention de. prépondérance dans la mer des AntiUeS) et. a retiré de ces îles et de leurs eaux presque toutes ses forces, il ne plairait guère aux Américains de voir les Canadiens arriver sur la scène. On ne tarderait pas à entendre parler d'intérêts canadiens au canal de Panama^ Il est à remarquer enfin que, bien qu'il soit le pays le plus vaste de l'Amérique et qu'il doive ea être bientôt l'un des plus importants, le Dominion n'est encore en théorie qu'une colonie étrangère, non une libre république ; aussi n'a-t-il pas été invité à envoyer des représentants aux divers congrès pan*améri- Oaias;.

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Pour le moment la situation politique du Canada lui assure bien des avantages : il possède Tautonomie presque complète, en même temps quHl est protégé par l*empire britannique. Mais cet arrangement ne saurait durer toujours. Avec le temps, quand la population du Dominion sera devenue égale, puis supérieure en nombre i celle de la métropole, on ne peut se figurer qu'il consentira à rester une simple possession, gouvernée par un chef officiel nommé par TAngleterre, soumise en tous ses actes au veto du gouvernement de Londres, sans indépendance dans ses relations diplomatiques avec les puissances étrangères. C^est en ce dernier point qu'on peut s'attendre bientôt à des changements. Où et comment ils finiront, c'est ce que Ton ne peut pas encore prédire ; mais il y a évidemment trois solutions possibles et vraisemblables pour l'avenir de ce pays : la fédération impériale, l'indépendance complète, ou l'annexion aux États-Unis. Les Américains sont plus vivement intéressés que tout autre peuple, sauf les Canadiens eux-mêmes, à savoir laquelle de ces solutions l'emportera.

Il y a deux ordres d'arguments en faveur d'une fédération impériale, d'une plus Grande-Bretagne, dont le Canada formerait une partie ess^itielle : les uns sont sentimentaux, les autres pratiques. Le dévouement des colons anglais du nouveau monde envers l'empire s'est manifesté en plusieurs occasions, et en particulier h l'époque de la guerre sud-africaine. Sans doute le contingent canadien envoyé à cette guerre n'a pas été tràs considérable, quoiqu'on en ait beaucoup parlé ; mais il

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est certain que si la mère-patrie se trouvait engagée dans quelque lutte désespérée, les colonies donneraient un secours plus important que cdui qui fiit nécessaire contre une poignée de Boers. Le Canada a fourni récem* ment une autre preuve de son attachement à la métropole — sous un premier ministre qui était Français — ^^i accordant un tarif préférentiel qui va jusqu'à 33 pour i^o sur certaines marchandises, à ^Angleterre et à un certain nombre de colonies anglaises. Il n'est pas douteux que ridée de faire partie intégrale de Pempire le plus vaste et le plus peuplé de Tunivers flatte Timagination des Canadiens ; c'est un rêve magnifique qui peut exciter le plus vif enthousiasme dans le cœur de ceux qui se font gloire de la grandeur du nom anglais. Pour le cultivateur canadien, ce rêve a aussi des attraits. It semble certain en eiOTet qu'un tel empire serait relié par des droits préférentiels, sinon par le libre-échange entre ses diverses parties et des tarifs protecteurs contre les étrangers : sous un tel système, le blé canadien aurait sur le marché de Londres un avantage sur les importations rivales de la Russie ou de la République Argentine. Il n'y a aucune raison de considérer ce rêve comme chimérique, quoique les idées qui le constituent aient subi un échec aux dernières élections en Angleterre. Sous une forme ou sous une autre, la fédération de la plus Grande-Bretagne est fort possible ; sans doute elle ne se conclura pas en un jour, mais il semble bien que dans un avenir prochain, cette question doive passer au premier rang.

Les États-Unis n'auraient pas à se féliciter de cette

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iSdéimlîoi^ car l'exportatba américaÎBe, mati&reB premièroa dt prodiûta manufacturés, aurait à eu souffrir. Les marché qui seraieal inclus dans le doBMÔne de la plus Grande-Bselagne sont si vastes que si elle adoptait une polilique d'exclusion à Fégard des autres naticMis, elle pourrait bien provoquer la formation d^une li^e pour s'y o^)Oser. Ces hypothèses sur un avenir loinl«in sont peut-être fantainstes; mais c^est un fait que le rapprochenient de la Grande-Bretagne et du Canada n^est pas au hénéfice des Etats-Unis. Juscpj'ict oq^endaat Topinion publique au Canada semble déûrer non pas Tabsorption, mais Tind^pendance du pays, qui resterait un ami et peut-être deviendrait un allié de la plus Grande-Bretagne. Les Canadiens aujourd'hui sont si pleins d'ardeur et de confiance, si fiers de leurs reseources, si transportés par leurs rêves d'avenir, qu'ils sont persuadés que rien ne saurait être aussi beau que le Canada lui-même. L'idée de le voir absorbé dans un plus vaste empire ne leur sourit pas ; elle a surtout peu d'attrait pour les Ganadiensfrançais, qui dan» la plus Grande-Bretagne seraient une minorité encore plus infime que dans rUni<m américaine. Et puis, si dans l'Ontario et les Provinces Maritimes la fidélité tiadijtionndle à la mère-patrie et à la couronne a de fortes racines (sauf chez les.IdsAdais), dans le Far-West ce sentiment est déjè heauc(M|» plus exotique. Dans ces régions nouvelles, avec leur population mélangée, et imbue du matérialisine de la vie de frontière, le toçk général est amérieain plotêt <|a'angkis. Ce n'est pas un sol où une plante aiussi dé-

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licate que U^ fidélité à u^ tf^na lointain puisse aisément fleurir. Les gens y sont trop pratiques, trop préocç^,q)és par la im^rche de kurs affaires pour se donner le luxe d'un sentimeuitaliame qui leur semble ne correspondre à riep de réet.

Les Ëtat^Unis n'auraient pas grand'chose à craind^ d^ua Csmad^i indép<»ndanfc. Un tel État pourmit être fort et prospère) mais non pas dangereux. Les Canadiens qui jugent que leurs intérêts ont été sacrifiés à plusieurs reprises par la métropole aiment à dire qu'ils sauraient mieux arranger ces affairea eux-mêmes. Une fois in4épf»ndants.i ils auraient une plein/e liberté dans ce sens ; mais las Américains ne se plaindront pa^y si de nouvelles querelles éclatent entre eux et leurs voi* sins du nord, de ne plus avoir & redouter leblocua 4« New-York ou de San Francisco par des flottes anglaises.

Une troisième alternative pour le Dominion serait Taonexion directe, ou une union de quelque espèce avec les Ëipits-Unis, ayeç ou sans période préalable 4® complète indép^anœ. Cette possibilité, que pendapt plus d'uA siècle beaucoup de gens aux États-Unis et uHi certain nombre au Canada ont cru près de se réaliae^r, n'a jamaifii pairu ausM lointaine qu'à l'époque actuelle. L^' quesitioA de l'annexion est pour le mpment: ccinda^mnée. Les, ÉtatsrUnis n'y pensent pas, et les Canaôifffis sont presque unanimes à se prononcer contre. qU^» Ils ne se squcient même plus de la récipisoQité qu'île désiraiant jadis ayec tant d'ardeur. Dans les deux pay« l'en^embl^ dn public est satisfait du. présent et

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confiant dans Favenir. Il ne weai pas le besoin d^une union qui exigerait quelques concessions, pour ne pas dire des sacrifices. En outre il y a dans les deux pays des tarifs protecteurs^ et leurs partisans ne veulent pas renoncer spontanément i la moindre parcelle de leurs avantages individuels pour faire avancer une idée générale d*ordre politique. ^J^ourquoi le Dominion et la République s^uniraient-ils, quand l'un et l'autre vont si bien tout seuls?

On peut répondre : Aujourd'hui n'est pas éternel; les hommes, les partis, les tarifs protecteurs, les ambitions nationales changent , et changent soudainement. Lès forces de la nature demeurent. Rien ne peut modifier ce fait, que chaque section du Canada est en communication naturdle avec les pays qui s'étencknt au sud, plutftt qu'avec ceux de l'est et de l'ouest. Les vchcs ferrées et les tarifs peuvent détourner le oommerce, mais c'est une tâche difficile, comme le montre le àéveloppement de l'importation américaine dans le Demi* nion, bien plus rapide dans ces dernières années que celui de l'importation anglaise, en dépit d'un tarif lu»tile aux États-Unis et &vorable à la Grande-Bretagne. Même si des raisons politiques peuvent empêcher des hommes de trafiquer librrasent avec leur clientèle la plus naturelle, ces entraves ûe peuvent durer qu'un temps. Si l'on se rappelle aussi la grande ressemblance des deux populations qui vivent de chaque côté d^une frontière tout artificielle, on ne peut guère se figurer qu'elles resteront séparées pour toujours. Chaque chemin de fer nouveau, chaque route de charroi nouvelle

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