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Depuis que l'empire japonais s^est ouvert aux influences extérieures, grâce â l'initiative des États-Unis, les attaches entre ces deux pays ont été plus nombreuses et plus étroites qu'entre le Japon et n'importe quelle autre nation occidentale.
Le Japon s'ouvrit au reste du monde â la suite de la célèbre expédition du commodore Perry, en i85i. Cette expédition était forte, et son chef était un homme de résolution. De plus on sait aujourd'hui, — ce que Perry ignorait, — que l'archipel japonais h cette époque était mûr pour une révolution, qui se serait produite tôt ou tard, et que le vieux système de l'exclusion rigoureuse des étrangers était irrévocablement condamné. Mais ceci n'Ate rien & sa gloire. Il eut, d'ailleurs, le grand mérite d'accomplir sa délicate mission avec beaucoup de tact, et d'arriver à ses fins sans user de violence; les Américains et les Japonais ont tout lieu de lui en savoir gré. Loin de se sentir humiliés au souvenir de la contrainte qu'ils ont subie, les Japonais, en face des progrès qu'ils ont faits depuis lors, regardent l'arrivée des Américains comme le début de leur renais-
sance, et en font Tune des grandes dates de leur his» loire. Us Font montré lorsqu^en igoi ils érigèrent à Perry un mcmument, auquel l'empereur et beaucoup de personnages considérables avaiaat sousoit.
Les États-Unis furent en outre très heureux dans le choix de leur premier représentant régulier au Japon» To\^nsend Harris était non seulement habile et ferme dans sa conduite des affaires officielles, il sMntéressait aussi très sincèrement au bien du peuple étrange avec qui il avait à traiter. Tout en se faisant accorder par les Japonais des concessions qu'il croyait à leur bénéfice aussi bien qu^i celui de ses compatriotes, il n'abusa pas de leur ignorance des usages internationaux et de la situation embrouillée où ils se trouvaient. Cette attitude lui a valu depuis leur reconnaissance, et a contribué à les disposer favorablement envers le pays qu^il représentait. Leur premi^e mission à Tétranger fut envoyée aux États-Unis.
Dans les années troubles qui virent la chute de Tancien régime au Japon, les Américains souffrirent comnoe les autres de Tinsécurité générale et de la haine de l'étranger qui y dominait. Un secrétaire de légation américain fut assassiné, et en une autre occasion la légation de Tokio fut ^incendiée, mais les relations restèrent bonnes dans Tensemble, et les Américains ne firent pas débarquer des troupes, comme les Anglais et les Français, pour protéger leurs ministres. Pourtant les États-Unis en i863 prirent part avec la Grande-Bretagne, la France et la Hollande au bombardement de Simonosekii et ils reçurent un quart de
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l'indemnité perçue. Mais Targent ainsi gagné pesa sur la conscience nationale, et en i883 le Congrès fiait par «n voter la restitution au Japon. Ce geste fut vivement apprécié des Japonais, qui sont prompts à reconnaître toute action chevaleresque. Ils surent encore gré à rAmérique d'avoir été la premièreâ se montrer favorable à une révision des traités, ce qu'ils désiraient depuis longtemps, afin d'dter la marque d'infériorité que les arrangements antérieurs leur avaient imposée. En 1878 le gouvernement de Washington se déclara prêt à renoncer à son exterritorialité et à ses privilèges commerciaux dès que les autres puissances consentiraient à en faire autant; en i836 et en 1887 il négocia à Tokio un traité dans ce sens, et lorsqu'en i8g4 la Grande- Bretagne consentit enfin & accéder aux vœux des Japonais, l'Amérique reprit aussitôt l'affaire et la conclut.
Les hommes qui travaillèrent à cette œuvre merveilleuse, la formation du Japon moderne, ont senti la nécessité de copier les modèles étrangers et de faire venir des maîtres de l'Occident. Les Américains ont ici joué un grand rôle. On les trouve servant de conseillers dans les affaires étrangères jusqu'à une époque tout à fait récente ; ils ont aidé à la création du nouveau système japonais d'instruction publique, copié sur le leur ; ils ont organisé le Bureau de l'agriculture et contribué à la fondation de divers instituts scientifiques ; k la demande du Japon, des employés du Trésor furent envoyés de Washington pour organiser les finances de l'empire sur des bases modernes : bref, les ens^gnements et les exemples de l'Amérique ont exercé une
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profonde influence sur la transformation politique et sociale du pays. D'autres nations, comme r Allemagne, rAorgleterre, la France, ont aussi joué leur rôle dans cette oeuvre d^éducation, mais, d'après le témoignage des Japonais eux-mêmes, aucune n'a autant £adt que les États-Unis. Si Ton considère maintenant les relations commerciales des deux peuples, on remarque que pendant longtemps les avantages ne furent pas égaux de part et d'autre. Dès le début, les États-Unis furent un des meilleurs clients du Japon. En 187 1 déjà ils lui achetaient pour 35490765 francs de marchandises (presque douze fois ce qu'ils lui vendaient). En 1898, un an avant la guerre sino-japonaise, ce total était plus que quintuplé, et se montait à 187 270 100 francs. En 1906 il avait presque doublé et il s'élevait à 26a 757 600 francs. Jusqu'à une époque récente, l'exportation de l'Amérique au Japon était insignifiante : en 1898, elle ne se montait encore qu'à 15977470 francs, mais depuis cette date elle a avancé à pas de géant. Elle doubla de 1904 à 1905, en partie à cause de la guerre du Japon contre la Russie, et en igo6 elle maintint une bonne partie du terrain ainsi gagné, car elle s'éleva à 192 3^4 760 francs. Malgré les tarifs protecteurs des deux pays^ on a tout lieu d'espérer que leurs relations commerciales réciproques continueront à se développer, car chacun d'eux a besoin des produits que l'autre peut lui fournir. Déjà les États-Unis vendent presque autant au Japon qu'à leurs plus gros clients, et d'autre part ils constituent pour l'exportation japonaise un bien meilleur marché qu'aucun État d'Europe.
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Depuis que le Japon s'est ouvert à la cariosité du inoiide, il a eKercé une fascination eitraordii^aire sur des milliers de gens à l'étranger. Ceux qui l'ont visité en sont revenus charmés de se» beaux paysages, des monuments de sa civilisation, du caractère pittoresque de sa société, et de Tintdligenee, de ra£y>iMié et de Texquise politesse de ses habitants. Parmi les nations occidentales, aucune ne s'est plus intéressée à ce nouveau pays que les Américains. Ils ont été les premiers à étudier l'art japonais et la collection du musée des Beaux-Arts de Boston est aujourd'hui la plus belle de toutes celles qui existent en dehors du Japon. Étant les plus occidentaux des peuples modernes, ils ont subi plus que tous les autres la fascination de l'Eictreme- Orient ; ils ont orné leurs maisons de ses produits artistiques, et ils sont allés le visiter en foule. Une excursion au Japon est une moins grosse affaire pour un Américain que pour un Européen, et en effet, pour un citoyen de San Francisco, un tour à'Tokio prend à peine plus de temps et cause moins d'^nuis et de frais qu'un voyage â Londres ou à Paris. De leur côté beaucoup de Japonais sont venus étudier aux États-Unis.
Bien entendu, ces relations amicales n'oiit pas exclu qudque discorde de temps en temps. En Extiéme- Orient, les commerçants américains ont toujours eu une triste opinion de l'honnêteté des Japonais en sfffiiires, et assez peu d'affection pour eux. Ainsi, pendant la guerre entre la Chine et le Japon, les négocianjts américains ont été de cœur pour la Chine et même ont été convaincus qu'elle triompherait. Quand le Japon fut vain>
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queuTy tandis que le public des États-Unis applaudissait avec enthousiasme au succès de ses amis, le trafiquant en Extrême-Orient a secoué la tête et déclaré que dorénavant les Japonais seraient plus insupportables que jamais.
Ce mécontentement n'attira guère d^attention aux États-Unis ; mais Tenthousiasme des Américains ne leur fait pas sacrifier leurs intérêts. Par exemple, les Japonais avaient beau affluer & HawaI, ce n'était pas une raison pour qu'on leur abandonnât cet archipel. Au contraire, leur trop grand nombre, et le ton que prit le gouvernement de Tokio en soutenant leurs droits fut pour beaucoup dans la prompte annexion des îles aux États-Unis. Quand elle eut lieu, le gouvernement japonais remit à Washington une protestation formelle, acte assez surprenant de sa part, car, bien qu'il ne fit qu'exprimer avec modération le vif désappointement causé par ce coup désastreux aux ambitieux patriotes qui avaient rêvé d'un Hawaï japonais, le gouvernement de Tokio a d'habitude trop de sang-froid pour se permettre de futiles réclamations. La protestation fut retirée quelque temps après.
Quand les États-Unis s'emparèrent des Philippines, le Japon se garda de laisser paraître du dépit, si tant ^t qu'il en eût. Il n'était pas en mesure, même s'il le voulait, d'empêcher le transfert de ces territoires et d'ailleurs il désirait l'appui de l'Amérique dans des aCEaires qui le touchaient de plus près.
Dans les diverses questions qui ont troublé l'Extrême-' Orient entre les deux dernières guerres, les intérêts am^ OooLiDGi. a5