‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 53 sur 63 · LES ÉTATS-UNIS ET LA CHINE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS-UNIS ET LA CHINE

Les Américains ont le droit d'être fiers de leurs rapports avec les Chinois en Extrême-Orient, mais les méthodes qu'ils ont adoptées à l'égard de ce même peuple sur le territoire des États-Unis ne sont pas à leur gloire; tout au plus peuvent-ils en parler comme de mesures de légitime défense, et de nécessités désagréables.

Les marchands américains qui parvinrent à Canton dans les dernières années du xvin* siècle et les premières du xix* rencontrèrent les mêmes règlements prohibitifs que les autres étrangers trafiquant dans ce port, mais ils semblent s'être assez bien arrangés avec les autorités locales. Le gouvernement américain prit dès l'abord une forte position morale : non seulement il interdit à ses nationaux de vendre de l'opium, mais il déclara que ceux d'entre eux qui contreviendraient à cette loi perdraient tous leurs titres à la protection des États-Unis et seraient laissés à la merd des tribunaux chinoise Les États-Unis, comme les autres puissances, ont profité des concessions au

I . Pltti récemment, on a étendu la même prohibition à la moi^ phine.

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commerce étranger que les Anglais et les Français ont arrachées au gouvernement de Pékin. Leur politique^ sans être brillante, a été prudente et féconde ; mais^ dans les années qui suivirent 1860, leur commerce tomba en décadence en Extréme*Orient : bientôt les diplomates et les consuls américains en Chine n'eurent plus à protéger que les missionnaires.

Les premiers missionnaires américains arrivèrent à Canton au mois de février i83o, et furent suivis par d^autres qui s^établirent dans tous les ports dont Taccès leur était ouvert. Leur activité y a été certainement considérable, mais on en a beaucoup discuté les résultats. Nous n'avons pas à entrer ici dans la question du rôle des missions chrétiennes dans les pays étrangers, et en particulier en Extrême-Orient. Il faut se rappeler que les jugements portés sur cette matière sont rarement dénués de prévention : l'antagonisme éternel du commerçant et du missionnaire rend les critiques de l'un aussi peu impartiales que les comptes rendus de l'autre. Quant au consul et au diplomate, lorsqu'ils n'ont pas une sympathie personnelle pour l'œuvre des missions, les missionnaires leur apparaissent comme des fauteurs de troubles constants.

D'autres critiques trouvent que les missionnaires manquent souvent de tact, que leur ingérence importune cause beaucoup de difficultés inutiles, et que le bien accompli par eux est loin d'être proportionné aux grandes sommes d'argent consacrées à leur œuvre. Il y a du vrai dans tout ceci, mais d'autre part des observateurs impartiaux témoignent que, malgré les

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remarques malveillantes des marchands sur le bien-être des missionnaireSy ces hommes donnent souv^t on Iras bel exemple de désintéressement, qu^ils remédient à beaucoup de maux, et qu^ils ont fiait le plus grand bien, sinon aux peuples, du moins aux individus. En outre ils ont été fréquemment de précieux auxiliaires pour leur gouvernement, et ils ont travaillé au progrès de la civilisation en fieiisant mieux connaître les pays qu'ils ont visités, au prix de bien des dangers et des souffrances, et parfois de leur vie. Enfin il faut remarquer qu'aujourd'hui ce vieux type du missionnaire qui n'avait d'autre but que de prêcher l'évangile, bim ou mal à prc^s, se fait rare. Il a été remplacé par un ministre pratique et bienfaisant de la religion chrétienne, qui souvent donne plus de t^xips au soin mat^el de ses ouailles, à leurs besoins, à leurs maladies, qu*à l'oeuvre directe de propagande.

Les représentants officiels des États-Unis en Extrême- Orient, quelles que fussent leurs opinions personnelles, eurent à garantir aux missionnaires, leurs compatriotes, les droits que les traités leur avaient accordés. A part cela, les ministres américains k Pékin n'eurent pendant bien des années pas grand'chose à faire. La politique générale des États-Unis évite les «r alliances gênantes d, et maintient une indépendance absolue vis^ à-vis des autres puissances ; en Extrême-Orient, cette règle n'a pas été observée. Les nécessités de la situation ont obligé les représentants américains k s'associer à leurs collègues européens pour adresser des réclamations au gouvernement impérial. On est allé

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jusqu^à procéder ensemble à des opérations militaires, lorsque par exemple en 1900 les troupes alliées marchèrent sur Pékin pour secourir les légations assiégées.

Pendant une trentaine d'années après la guerre de Séce^ion, il y a peu de chose à remarquer dans la politique des Américains en Asie. En iSgàj quand la guerre éclata entre la Chine et le Japon^ ils prirent en généial parti pour le Japon : les belligérants lui confièrent tous les deux la charge de leurs nationaux en territoire ennemi; il y a peu d'exemples d'un tel hommage à l'impartialité d'une puissance amie. C'est par l'intermédiaire du ministre des États- Unis à Pékin que les Chinois firent les premières ouvertures de paix, et un ancien secrétaire d'État américain, M. John W. Poster, fut un des commissaires chargés par eux de négocier le traité. Cependant les États-Unis dans cette partie du monde n'exerçaient qu'une faible influence sur le cours des événements : la situation changea du tout au tout quand, à la suite de la guerre contre l'Espagne, les flottes et les armées américaines parurent en Extrême-Orient.

Jusqu'alors, le grand public américain n'avait pas suivi de très près la marche des aflaires dans ces parages. Il s'y intéressa, à la suite de l'acquisition des Philippines et de l'accroissement de son commerce avec la Chine. Les États-Unis avaient toujours beaucoup acheté aux Chinois; en 1880, leurs importations tirées de ce pays s'élevaient i près de cent millions de francs, tandis que leurs exportations déjpassaient & peine cinq millions. Dix ans plus tard, l'importation était de quatre-vingtrun GoouDGB. a4

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millions et un quart, Fexportation de quinze millions ; en 1900, rimportation était montée & cent trente-cinq millions, mais Texportation avait plus que qiûntuplé, et atteignait soixante-seize millions et un quart. Enfin, en igoa, le chiffre d^exportation dépassa celui d'importa* tion. Ce développement rapide de leur commerce dans l'empire chinois obligea les Américains à prendre leur parti sur la conduite à suivre dans le cas d^un démembrement.

La situation n'était pas des plus simples. Il fallait agir, et vite, si Ton ne voulait pas voir périr en germe ce commerce américain que Timagination populaire se figurait illimité. Certaines des puissances européennes semblaient résolues au partage, et même la Grande-Bretagne et le Japon, qui y étaient hostiles, avaient pris soin de se tracer une sphère d'influence, afin de ne pas rester les mains vides si les choses venaient & mal tourner. Les États-Unis, ne pouvant pas empêcher un démembrement et ne voulant pas y participer^ se rabattirent sur le principe de la « porte ouverte ». Le coup fîit heureux : non seulement il réussit à affermir Tattitude un peu hésitante de la Grande- Bretagne, mais il entraîna Tapprobation au moins nominale des autres États & qui fut adressée la circulaire américaine de 1899 à ce sujet. La doctrine qu^elle énonçait pouvait bien déplaire & plusieurs, mais personne n^osa la contredire ouvertement; c'eût été proclamer à la face du monde Fintention égoïste de saisir des territoires chinois. Le secrétaire d'État Hay était trop avisé pour se faire des illusions sur les assurances

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qu'il reçut ; mais les États-Unis avaient maintenant une i)ase assurée, un principe formellement accepté par les «utres nations, et qu'ils pouvaient soutenir de tout le poids de leur influence. Un des mérites additionnels de cette déclaration, c'est que, quoique inspirée par des motifs intéressés, elle demandait Tégalité pour tous, et •était à l'avantage des Chinois.

La politique des États-Unis envers la Chine fat toujours amicale. Même pendant les troubles des Boxers et le siège des légations, ils maintinrent qu'on n'était pas en guerre contre l'empire chinois lui-même. Les troupes américaines, dans cette expédition de Pékin, ont pu piller autant que leurs voisins, mais elles traitèrent la population indigène avec plus d'humanité que ^^ertains autres. Le gouvernement de Washington désavoua toute idée de vengeance, et, quand l'ordre fut rétabli, il réclama une indemnité relativement modérée, «n comparaison de ce qu'exigèrent la plupart des autres pouvoirs. On propose aujourd'hui, après revision des expertises, de libérer la Chine de tout paiement excé- ^nt les pertes réelles subies à cette époque par les États-Unis et leurs nationaux, c'est-à-^re de plus de la •moitié de l'indemnité assignée ^

Il restait une difficulté, la protection du commerce timéricain en Mandchourie, où, en dépit de leurs promesses, les Russes faisaient mine de s'installer. Les États-Unis profitèrent du fait que cette province faisait

I. En i885, les États-Unis ont déjà remboursé à la Ghino une ■somme de a 267 000 francs, payée en excès pour des dommages.

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encore partie en théorie de Tempire chinois, pour persnader le gouvernement de Pékin, à la veille de la guerre russo-japonaise^ d^ouvrir deux ports de plus au commerce américain en Mandchourie. Lorsque les hostilités éclatèrent, le secrétaire d'État Hay, dans une nouvelle circulaire, fit ressortir la nécessité d'en limiter le champ, ce qui fut accepté par les deux belligérants. Pendant tout le conflit les Américains gardèrent une stricte neutralité, et le rôle joué par le président dans la conclusion de la paix de Portsmouth flatta Tamour-propre nationaL

En somme, sans attribuer aux Érats-Unis des motifs absolument altruistes, on peut dire que pendant bien des années ils ont plus que toute autre puissance accordé â Pempire chinois une réelle bienveillance et un appui désintéressé. Si leurs relations s'étaient bornées aux rives occidentales du Pacifique, il n'y aurait pas à tempérer cet éloge. Mais on ne saurait négliger un autre ordre de faits qui n'est pas autant à leur gloire: nous voulons dire la question de l'immigratien chinoise aux États-Unis.

Lorsque les premiers trafiquants américains s'étaient établis à Canton, puis dans d'autres ports de la Chine, on ne prévoyait pas que les Asiatiques pourraient à leur tour venir s'établir chez les autres. Sans doute, au cours de leur histoire, les Chinois avaient montré un empressement persistant à émigrer vers la Péninsule de Malacca, vers Java, les Philippines et d'autres régions ; mais ce n'était là qu'une migration d'Asie en Asie. En Europe et en Amérique, où les Chinois étaient moins connus qu^ils ne le sont aujourd'hui, ils passaient pour

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tin peuple particulièrement attaché à son sol natal. Quand ils étaient h l'étranger, ne renvoyaient-ils pat en Chine la dépouille d'un parent défunt, pour qu'elle reposât dans la terre sacrée?

Dans ces conditions, lorsqu'en 1868, le ministre américain à Pékin, Anson Burlingame, signa le traité connu sous son nom, on crut y voir un triomphe diplomatique pour son pays. Les deux contractants reconnaissaient cordialement a le droit inhérent et inaliénable de tout homme à changer de demeure et d'allégeance, ainsi que l'avantage mutuel d'une immigration et d'une émigration libres de leurs citoyens et sujets respectifs d'un pays dans l'autre, soit pour des motifs de curiosité, soit pour affaires, soit pour s'établir en résidence permanente ». C'était un bel énoncé des principes que les États-Unis avaient toujours soutenus : à une époque où plusieurs nations européennes se refusaient encore à en reconnaître la valeur, voilà qu'ils étaient formellement acceptés par le plus conservateur des empires orientaux, qui ouvrait ses portes toutes grandes aux entreprises américaines I On ne se disait pas que peut-être les sujets de cet empire mettraient à profit les chances qu'on leur offrait, et, l'eût-on prévu, on ne s'en serait alors pas alarmé. Les premiers Chinois qui arrivèrent sur les côtes américaines du Pacifique furent extrêmement précieux au développement de la Californie : ils aidèrent à creuser les minés, à construire les voies ferrées, et surtout ils firent d'excellents domestiques. On les accueillit fort bien ; mais à mesure que leur nombre augmentait, on ne tarda pas k changer de ton.

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Nous avons vu pour quelles raisons beaucoup de gen» aux États-Unis, sans avoir d^aversion spéciale pour le» Chinois, estiment quUl faut les exclure du pays. C^est non» pas seulement la clameur populaire en Californie oa rinfluence des syndicats ouvriers, qui a produit ce résultat, mais c^est la conviction générale qu^il est impossible d^américaniser Pélément mongol, et que cette population, malgré les services qu^elle rend, abaissera par sa concurrence le niveau du bien-être chez Touvrier am^ ricain et finira même par le supplanter. Ce sentimeni n'est pas particulier aux États-Unis; on le retrouve aussi intense au Canada et en Australie.

Il se passa quelque temps avant que Ton ne se rendit compte, dans TEst des États-Unis, de la gravité du problème. Les Chinois n'étant jamais venus en très grand nombre dans cette partie du pays, ils y ont fait apprécier leurs vertus sans soulever une grande opposition. Beaucoup de personnes dans TEst se prononcent encore contre la façon dont on les a traitées, mais sur la cAte du Pacifique on prenait la chose très au sérieux.

On peut résumer en quelques mots Thistoire desmesures prises aux États-Unis contre Timmigration chinoise. En 1878, dix ans seulement après la signature du traité Burlingame, le Congrès vota un premier projet d'exclusion auquel le président Hayes opposa son veto conune contraire & ce traité. Mais le gouvernement réussit à conclure, avec Pékin, un peu plus tard, un nouvel accord suivant lequel les États-Unis étaient autorisés à « limiter ou suspendre », mais non pas â interdire, l'immigration chinoise. Fort de ce droit, le Congr&s

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vota en i88a un bill qui la suspendait pour vingt ans. Le président opposa de nouveau son veto ; mais il consentit à signer une autre loi qui fixait & dix ans la période d^interdiction. En 1888, on négocia encore un traité ; puis, avant qu'il eût été ratifié par le gouvernement chinois, le Congrès et le président, â l'approche des élections, firent un nouveau bill d'exclusion, en dépit des traités existants. Pour tranquilliser sa conscience, le gouvernement de Washington conclut avec la Chine un dernier traité qui prohibait pour dix ans l'immigration chinoise aux États-Unis. Ce traité a expiré en igoi, mais la loi d'exclusion reste en vigueur, ce que les Chinois trouvent contraire au droit.

Les États-Unis, non contents de se protéger contre la main-d'œuvre i bon marché chez eux, ont étendu leur politique à leurs possessions tropicales, où les conditions sont toutes difiérentes. Dès avant l'annexion, on avait arrêté le flot envahissant des Chinois à Hav^aï, malgré leur utilité pour les plantations, et aux Philippines on leur a aussi fermé les portes.

Pendant bien des années, le gouvernement et l'opinion publique en Chine avaient semblé très indifiérents i tout cela. Pour un empire asiatique qui compte plusieurs centaines de millionsd'habitants, le sort de quelques coolies du Kouang-toung ne méritait guère d'attention. C'était d'ailleurs une idée reçue dans le reste du monde que les Chinois n'avaient aucun sentiment national, aucun patriotisme. Aux États-Unis on ne redoutait pas TOe revanche de leur part et on croyait tranquillement 9^'il était possible d'avoir deux poUtiques difiérentes à

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leur égard, une politique égofste chez soi' et une poUttipie généreuse pour Textérieur.

Le boycottage de igoS porta un rude coup à cette illusion. On a beau dire que ce mouvement, dont l'histoire véritable ne nous est pas encore connue, fut le résultat d'influences diverses et peut-^tre étrangères. On a maintenu qu'il était Tosuvre de certaines sociétés secrètes qui, pour essayer leur force, commeneèrént par les Américains et qui auraient pu s'en prendre aussi bien i toute autre nation. Enfin, la manifestation n'était peutêtre qu'accidentelle. Quoi qu'il en soit, le boycottage anti-américain montra qu'il existait dans toute la Chine un certain ressentiment pour les traitements infligés aux Chinois dans les Ëtats-Unis.

Il manifesta aussi, de la part des Chinois, un talent d'organisation dont jusqu'alors on ne s'était pas douté, et il força les Américains k se rendre compte que, si la Chine est faible comme puissance militaire, son peuple est pourtant capable de r^ddre coup pour coup, et de frapper juste, lorsque l'on méconnaît ses sentiments et ses droits.

Le problème qui se pose aux homiàes d'État américains est des plus ardus. On peut aisément remédier aux griefs secondaires, tels que les mauvais traitem^its infligés aux Chinois de qualité ; mais le mal à des racines plus profondes. D'une part il n'y a en ce moment aucune chance que les États-Unis ouvrent leàti portes à une immigration chinoise illimitée : sur ce point, les États américains du Pacifique sont inexoraU^, et leur opinion est partagée non seulement par tous lel^ syndi-

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cats ouvriers, mais par beaucoup de gens qui veuleni que rAmérique demeure « un pays de race blanche ». Le droit d^étaUir à quels étrai^ers on accordera ou l'on refusera Tentrée du pays appartient d'une manière essentielle & tout» État assez puissant pour Taffirmer. Ce n'est qu'aux faibles qu'on a pu dénier le droit de fermer leurs portes. Rien ne saurait forcer les Américain» k admettre chez eux les Chinois s'ils sont résolus â les exclure, mais cette résolution pourra leur coûter cher. Gn peut très Inen concevoir en effet que le boycottage, ou même une prohibition officielle, prive les Américains dé ce beau marché d'Extrême-Orient sur lequel ils ont toujours si bien compté. Ce serait un assez rude coup. La tâche qui incombe aux hommes d'État amél'icains, c'est d^empêcher une pareille crise de se produire et de faire comprendre aux Chinois que les règlements spéciaux faits contre eux aux États-Unis ne sont pas des actes d'hostilité personnelle, qu'ils n'impUqiient aucune condamnation de leur caractère, et qu'ils ne procèdent opie d'une incompatibilité reconnue de l'homme blanc et du jaune, qui rendrait désastreuse la rencontre de grandes masses des deux pays.

Il y a heureusement lieu d'espérer que la tâche ne sera pas impossible. La Chine, pas plus que les autres nations^ n'a aucun motif de souhaiter que ses en£Eints aillent en foule vers des régions où l'on ne veut pas d'eux. Pourvu qu'elle se voie traitée avec équité et courtoisie, ce qui ne lui est pas toujours arrivé dans le passé, eile pouri^a ti^ouver qu'il vaut mieux se soumettre de bonne grâce à des restrictions qui ne lui font vraiment.

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pas d'injure. En agissant autrement, en essayant d'ou> Yiir par force toutes les portés à son émigration, elle s'attirerait bientôt des ennuis sérieux non seulement avec les États-Unis, mais avec Tempire anglais, la Russie, le Japon, et sans doute d'autres encore. Sa situation ne lui permet pas d'adopter une pareille poli* tique: malgré ses réformes récentes, sa force militaire n'est pas encore considérable, et elle ne le sera peutêtre pas d'assez longtemps, au moins pour l'offensive. Parmi les grands empires du monde moderne, elle est un de ceux qui ont le besoin le plus pressant de réformes mtérieures, et qui ont les plus fortes raisons d'éviter toute complication avec les pouvoirs étrangers. Au contraire, elle a besoin de se faire des amis parmi eux.

Or, on peut toujours se trouver des amis, moyennant finance, mais ils risquent d'être dangereux pour un État faible et troublé. La Russie et le Japon sont peutêtre le mieux placés en ce moment pour aider la Chine, mais il y aurait quelque péril à s'appuyer sur eux, tandis que du côté des États-Unis il n'y a rien à craindre. Seuls de tous les grands pouvoirs qui ont eu affaire au Céleste-Empire, ils n'ont jamais essayé de lui prendre un pouce de territoire. Sans négliger leurs intérêts, ils ont montré plus de bienveillance à son égard qu'aucun autre pays, et on ne saurait les soupçonner de tramer des desseins contre elle. Les Chinois s'en rendent compte et certains indices prouvent qu'ils désirent l'appui au moins moral des Américains lorsqu'ils ont affaire à d'autres voisins. Malgré tontes les assurances qu'on lui a données, la Chine n'a pas encore

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irraiment recouvré la Mandchourie, ni la partie russe ni la partie japonaise, et il pourrait arriver que les deux anciens adversaires s'entendissent pour ne rendre à la Chine que la souveraineté toute nominale sur cette province. La Chine ne se résignera pas avec docilité, si elle peut faire autrement ; et elle est encore moins disposée à laisser le Japon la prendre par la main et guider tous ses pas, comme certains Japonais Tout rêvé. Le parti des réformes dans le pays est prêt k suivre l'exemple et les leçons du Japon, mais non point à accepter sa domination, et, pour contre-balancer sa trop forte influence, il se tourne vers les États-Unis.

En résumé, les relations actuelles de TAmérique avec la Chine, quoique difficiles, ne sont pas trop décourageantes. L'avenir de l'empire est d'ailleurs si plein d'incertitudes que tous les pays intéressés à son destin, — c'est-à-dire aujourd'hui le monde entier, — doivent s'attendre à tout. Les Américains, tout en refusant à la population ouvrière chinoise l'entrée de leurs territoires, peuvent néanmoins vouloir du bien à la Chine, et faire des vœux pour son intégrité. Du reste, l'exclusion de la main-d'œuvre asiatique n'est plus une mesure d'exception dirigée contre la Chine depuis que la question s'est élargie, et que les mêmes difficultés sont survenues entre l'Amérique et son ancien ami le Japon.

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