‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 63 sur 63 · LB8 ÉTATS-UIOS BT UB JAPON 4 II · texte numérisé non relu

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contrei si la perte des Philippines et de HawaI pourrait être pénible aux États-Unis, elle ne nuirait qu'à une fraction de Texportation américaine en Extrême- Orient.

Les États-Unis et le Japon peuvent hinea être d'ardents rivaux aujourd'hui dans les eaux du Pacifique, et cet état de choses s'accompagne d'habitude de qudques froissements ; mais il est monstrueux de supposer qu'ils doivent en venir à une lutte acharnée simplement pour que l'un d'eux s'assure une hégémonie qui apràs tout dépend d'autre chose que de la force des armes.

Par malheur, les formules les plus vides peuvent être dangereuses. Les « dominations » et les « souverainetés », pour vagues et creuses qu'elles soient, n'en excitent pas moins les imaginations, et plus d'une fois on a vu les hommes se battre pour de pareilles abstractions. Nous pouvons penser qu'une guerre pour la « do* mination du Pacifique » serait criminelle et absurde ; mais si un grand nombre de gens, aux États-Unis et au Japon, sont convaincus que cette « dominatioa » est l'apanage propre de leur pays et non de l'autre, et qu'une guerre doit un jour éclater pour régler la chose, — opinion que beaucoup d'étrangers surtout en France professent hautement, — il en résulte une situation et un état d'esprit périlleux pour la paix. Les nations ont toujours un peu de cette humeur du coq qui est prêt i livrer bataiUe pour avoir le droit exclusif d'occupor le perchoir et de chanter tout à son aise. Ainsi l'expression répandue que les États-Unis et le Japon sont fatalement EÊvaux pour la souvwaineté des mers orientales rond

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plus difficiles leurs relations et les familiarise avec l'idée d'un conflit possible.

En résumé, quand on considère tous les ftctenrs, grands et petits, qui pendant les trois dernières années, ont contribué à produire un certain éloignement entre Japonais et Américains, révolution de leurs sentiments réciproques n'a rien de surprenant. Il est difficile de dire où ils en sont, et de juger si le sentiment populaire correspond aux diatribes de la presse ou aux déclarations toutes cordiales des hommes d'État; mais rappelonsnous qu'un homme en colère parle plus haut qu'un homme satisfait. Sans doute il y a dans les deux pays des gens qui s'attendent h la guerre. Il y a de la défiance du côté des Américains ; on se demande si le Japon, après avoir battu la Chine, puis la Russie, n'aurait pas ohoisi les États-Unis pour son troisième antagoniste, et, «i le moment venu, il ne frappera pas un coup aussi imprévu et aussi violent que dans sa dernière guerre. D'autre part il y a des Japonais pour qui les États-Unis sont le grand obstacle k la grandeur future de leur patrie. Mais dans les deux pays il se trouve aussi des hommes, souvent haut placés, qui n'oublient pas l'amitié traditionnelle des deux nations ; ils sont persuadés qu'elle n'a aucune raison de cesser, et certains qu'une guerre entre eux serait une folie et un crime.

Ceux qui aiment à prophétiser des conflits négligent d'ordinaire les nombreux acteurs qui travaillent & les «mpécher. Il arrive aux peuples, aussi bien qu'aux individus, de perdre la tête et d'en venir aux mains avant de savoir ce qu'ils font; mais les conséquences d'une

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grande guçrre moderne sont terribles, et les risque» qu^elle entraine sont si formidables que peu d^hommes d'État sont capables d'en faire une de propos délibéré. Pour que Ton se querelle, il n'y a pas toujours besoin de deux volontés, mais il en faut au moins une. Or il n'y a aucune raison pour que les États-Unis cherchent noise au Japon : ils ne ccmvoitent pas ses territoires, ils n'ont point de rancune contre lui, et ils n'ont pas de danger trè^ sérieux à en craindre dans l'avenir. La rivalité commerciale des deux peuples ne di£Eère pas des rivalité» analogues qu'on trouve dans le reste du monde. On peut affirmer sans hésitation qu'il est absolument improbable que les Américains aillent chercher un conflit avec le» Japonais. 11 est vrai que pour le Japon la tentation est peut-être plus forte. La chance de conquérir les Philippines et Hawai, d'ajouter une autre victoire aux triomphes du Japon, de donner i l'empire du Mikado une position plus brillante encore parmi les nations du monde, et de revendiquer les droits de la race japonaise à l'égalité, peut flatter les instincts d'un peuple ambitieux et guerrier, enivré par ses succès. Mais si le Japon a plus à gagner que les États-Unis à une guerre, il a de plus grands risques à courir. La marine américaine eât la plus forte, et il n'est plus probable qu'à l'ouverture des hostilités elle se trouverait dans l'Atlantique. Même en supposant qu'elle soit vaincue et que les Américain» perdent leurs possessions insulaires d'Extrême-Orient, la masse de leur territoire n'en resterait pas moins invulnérable, et ils ont donné assez souvent dans le passé des preuves de leur fierté et de leur résolution pour

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qu^on puisse prévoir qu'ils poursuivraient la lutte jusqu^à ce qu'ils eussent le dessus, ce que la grande supériorité de leurs ressources rendrait inévitable. Ils ne manqueraient pas alors de réclamer une forte compensation pour les humiliations qu'ils auraient pu suUr. La Russie, dans une situation beaucoup plus désavanta|;eu8e, eût été en mesure de poursuivre indéfiniment la lutte si elle n'avait été afiaiblie par des troubles înté* rieurs ; c'est là un danger que les États-Unis n'ont pas k redouter. On ne voit pas bien non plus où le Japon pourrait trouver des ressources financières pour une longue guerre; il n'aurait pas beaucoup de chances d'obtenir un appui pécuniaire ou autre, & l'étranger. Alliée ou non, l'Angleterre ne prendra jamais les armes pour le Japon contre les États-Unis. Aucun traité, aucune obligation n'y ferait rien : le public anglais ne permettrait pas ime pareille politique, et quelques cokMiies britanniques pourraient même se révolter. C'est de très mauvais gré que certains hommes d'État japonais consentirent à la guerre contre la Russie, bien qu'il leur parût que les intérêts vitaux de leur patrie étaient en péril ; on a de la peine à s'imaginer qu'ils se jetteraient d'un ocBur léger dans un conflit dangereux avec un pays dont ils n'ont aucune menace à crsdndre.

Le Japon, s'il était vainqueur, gagnerait certes de la puissance et de la gloire, mais aucun avantage durable ; s'il était vaincu, ce serait pour lui un désastre efiaroyaUe, la ruine de toutes ses espérances et la perte du rang qu'il s'est acquis par ses deux dernières victoires.

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La morale que le peuple américain peut tirer des diverses complications internationales où il se trouve engagé se résume dans cette vieille vérité, que toute grandeur entraine des responsabilités. Il est trop tard maintenant pour qu41 puisse revenir à la vie simple des premières années de son histoire. Il fera bien de méditer ces paroles de son président : « Nous autres citoyens des États-Unis, nous n'avons pas à nous demander si nous jouerons ou si nous ne jouerons pas un grand rôle dans le monde. Ce rôle nous a été fixé par le sort, la marche des événements. Il nous faut jouer ce rôle. Tout ce que nous pouvons décider, c^est si nous le jouerons bien ou mal. »

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