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<lottblie par l'achat de la Louisiane, un des coups de ^tune les plus extraordinaires, — car ce ne fut pas le résultat d'un plan prémédité, ^- dont une nation ait jamais profité. Le gouvernement américain, tout en se Tendant compte des sérieuses conséquences que pourrait avcnr pour ses intérêts la cession, par l'Espagne, & une puissance comme la France de cette vaste province, s'était pourtant contenté de négocier à Paris l'achat de l'île de la Nouvelle-Orléans, avec un lambeau insignifiant de territoire à l'entour. C'est Napoléon luimême qui proposa de vendre le tout, à la grande surprise des États-Unis. Les commissaires qui signèrent les termes du contrat agirent sans instructions, et le président Jeffierson, qui le ratifia, jugea qu'il commettait un acte anti-constitutionnel, justifié seulement par l'immeyose avantage que le pays devait en tirer. La décision de Napoléon, à laquelle plusieurs de ses conseillers s'opposèrent, fut extrêmement soudaine. Mais lui aurait-il été possible de garder cette contrée, éloignée et sans défense, contre une attaque inévitable des Anglais? il ne l'aurait certainement pas pu si les Américains s'étaient alliés à la Grande-Bretagne. Il est possible que la France ait fait une erreur fatale non pas en i8o3, mais quarante ans auparavant, quand elle avait cédé la Loui^ siane à l'Espagne. Si à ce moment elle avait gardé sa colonie, et essayé de la peiq)ler, elle aurait pu, vers le début du XIX* siècle, avoir dans ce pays assez de nationaux pour y maintenir d'une façon pennanente le caractère français ; mais ceci même n'est pas du tout certain. Quoi qu'il en soit, comme les 76 000 habî-
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tants de la Louisiane, — Français, Espagnols etnègres, — ne représentaient pas un soixante-dixième de la population du pays qui les absorbait, il leur était impossible à la longue de maintenir leur indépendance*
Que Pacte de la France fût sage ou non, le gain (ut incalculable pour les États-Unis. D'un seul coup leur territoire était doublé, par l'addition d'une contrée qui, cent ans plus tard, devait posséder plus de seize millions d'habitants ; en même temps la route s'ouvrait à l'expansion vers l'ouest et vers le Pacifique. Sans la ' Louisiane, les Américains n'auraient pas pu atteindre rOrégon, qui avant longtemps serait tombé aux mains des Anglais ; pourtant, comme on l'a souvent Tait remarquer, cette expansion, la première dans leur histoire, qui les rendit maîtres de la vallée du Mississipi, se heurta aune violente opposition, du genre de ceHes que nous retrouverons plus tard, dans des cas moins aisément défendables.
L^achat de la Floride à l'Espagne en 1819 fut la conclusion natureHe d'une longue série de quereUes de frontières et d'autres conflits entre la jeune république, forte et ambitieuse, et un voisin décrépit. Les Américains naturellement avaient dès l'origine convoité la Floride à cause de sa situation, et ils l'avaient désirée bien davantage après l'achat de la Louisiane: cette péninsule étrangère brisait la continuité de leur ligne de côtes et menaçait une de leurs voies de communication les plus importantes. La faiblesse de l'occupation espagnole, et le fait que la Floride servait de refiige aux esclaves marrons, aux Iftdiens hostiles et à
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de^ aventuriers de toute sorte, appelaient constamment Fintervention américaine. Enfin, en 1819, pour les Américains, l'achat fut avantageux à tous les points de vue : les 180000 kilomètres carrés peuplés actuellement par plus d'un demi-million d'habitants, et par leur position, indispensables aux États-Unis.
Le recensement de 1830 montra que, si la superficie de l'Union était plus de deux fois égale à ce qu'elle était au début du siècle, la population totale (9 638 453} avait augmenté presque dans la même proportion. Le mouvement d'expansion, très populaire, fut activé par la rivalité des États du Nord et des États du Sud. Il réussit des deux côtés, mais pas au même degré, car il rencontra des adversaires de force très inégale. Les États du Nord, dans leur dispute sur la frontière de rOrégon, eurent affaire à une grande puissance, l'Angleterre ; en outre leur intérêt dans ces affaires n'était pas aussi vital que celui du Sud dans les affaires du Mexique. Un compromis termina l'occupation angloaméricaine de l'Orégon, qui avait duré de 18 18 à 1846, après beaucoup de contestations mêlées de menaces de guerre. Cet arrangement fut condamné avec énergie aux États-Unis à cette époque, et l'a encore été par quelques écrivains postérieurs, comme un lâche abandon non seulement de possessions américaines^ mais de la sainte doctrine de Monroe elle-même. Les écrivains canadiens, d'autre part, l'ont regardé comme un nouvel exemple où la Grande-Bretagne a sacrifié sa colonie pour maintenir la paix avec les États-Unis. Mais si nous nous rappelons que les prétentions des
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deux parties n'étaient après tout pas très fondées, et que la ligne acceptée comme compromis était cette qu'on pouvait attendre, — savoir la continuation de celle qui existait déjà sur une longue distance, — nous pouvons conclure que Tarrangement était équitable des deux côtés. Les Américains gagnaient une région d'environ 75o kilomètres carrés, qui en 1900 comptait à peu près un million deux cent mille habitants.
Dans le Sud, la situation était très différente. Les États à esclaves sentaient que l'acquisition de nouveaux territoires, qui les aidait à garder leur rang en face du Nord toujours grandissant, était dans leur politique une (question de vie ou de mort. Us se rendaient compte que le compromis du Missouri leur interdisait tout espoir de pénétrer au delà de la ligne de Mason et Dixon : il ne leur était donc possible d'augmenter leurs domaines qu'aux dépens de l'Espagne et du Mexique. On ne peut guère trouver morale la conduite des Américains à cette époque à l'égard de la république du Mexique ; mais on peut très bien comprendre la forte tentation qu'une contrée immense, riche et presque inoccupée constituait pour un voisin énergique, vigoureux, et saisi d'une fièvre d'annexion.
L'insurrection du Texas en i836 fut un soulèvement décelons américains, aidés par des volontaires venus de l'autre côté de la frontière, contre un gouvernement étranger, éloigné, et affaibli par des révolutions continuelles. Un des principaux objets de la révolte était l'établissement de l'esclavage, qui fiit institué aussitôt que le mouvement eut réussi.
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Le territoire ainsi annexé, goo kilomètres carrés, cent cinquante mille habitants, — avait en 1900 une population d^environ trois millions d'habitants.
Le Mexique natarellement éprouva de la perte de l'une de ses plus riches provinces un vif ressentiment ; les relations furent rendues encore plus mauvaises par des disputes de frontières et par le désir évident qae les Américains avaient de la Californie. Leur sans-^êne sur la frontière du Texas amena une guerre dont l'issue dès le début ne fîit pas douteuse. Les hostilités se déployèrent dans un rayon limité, mais l'iûstoire de ces opérations militaires fit autant d*honneur au nom américain que les opérations diplomatiques préalables lui en avaient peu fait. Par le traité de Guadalupe-Hidalgpo, en 1848, les États-Unis, pour une somme de quinze millions de dollars payée en manière de dédommag'ement, acquéraient un territoire d'environ 1 3oo 000 kilomètres carrés ; cinq ans plus tard l'achat de Gadsden changeait de nouveau la limite au profit des États-Dnis. Le traité de paix fut suivi de très près par la découverte de l'or en Californie et l'afflux des immigrants dans ce pays, qui fit par suite des progrès rapides. Sur le territoire ainsi acquis, il y a de nos jours & peu près deux millions d'habitants, dont une assez faible proportion seulement est mexicaine.
Pendant le demi-siècle qui commence avec l'achat de la Louisiane et se termine à l'achat de Gadsden, les États-Unis triplèrent leur étendue et quadruplèrent leur population : en i85o elle dépassait vingt-trois millions de blancs, dont environ dix pour cent étaient
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nés à ^étranger, la plupart de race irlandaiBe, anglaise ou allemande.
Un prc^rès &i rapide ne peut pas se poursuivre d'niie manière indéfinie ; mais jusqu'ici le chaAgement le jixis remarquable qui soit survenu dans ce développement en a affecté la qualité plutôt que la quantité. Depuis i85o le nombre des habitants a qua- <implé de nouveau ; mais plus de huit millions d^entre eux (chifiEre supérieur à celui de la population totale il y a cent ans) sont des citoyens noirs, bruns et jaunes, introduits dans la communauté par la guerre d'Espagne, et seize millions des immigrants venus de dî- Terses parties de l'Europe. Ajoutons même qu'en gros cet accroissement, chifiré en millions, a été inférieur à celui de l'empire russe durant la même période, dû au simple excédent des naissances sur les décès. L'expansion territoriale des États-Unis en cet espace de temps a été plus grande que celle de la Eussie, mais moindre que celle de l'Angleterre, de la France ou de l'Allemagne. Elle a couvert une superficie supérieure à ceU« <les treize colonies primitives réunies, mais dont pas un kilomètre carré n'a été jusqu'à présent jugé digne par le peuple américain de recevoir la pleine autonomie dont jouissent les régions plus anciennes. Les annexions de la première moitié du xix'* siècle étaient des territoires capables de servir à former de nouveaux États de la même espèce que les autres. Contrairement à ce qtfon attendait, l'addition à l'Union de nouveaux membres û'cfi a pas afiaibH les liens. Beaucoup de patriotes d'une autre génération prédisaient que, si le payséten-
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dait ses frontières, il devrait bientôt se diviser en plusieurs communautés indépendantes, et que les Ëtats primitifs, en particulier, ne resteraient pas longtemps unis à leurs jeunes confrères. De telles craintes font maintenant sourire. A mesure que les pays vacants se sont peuplés de « settlers ii>, et que les chemins de fer et les télégraphes se sont multipliés, les diverses sections, au lieu de s'écarter les unes des autres, se sont senties rapprochées par une communauté toujours plus étroite d'intérêts aussi bien que d'idées et de traditions. Dans le cas de la Californie, on crut à vrai dire éprouver pour un temps que cette région nouvelle différait matériellement du reste du pays, et qu'elle pourrait par suite désirer son autonomie ; mais tout danger d'une semblable séparation s'évanouit quand fîit achevée la ligne ferrée de VUnion Pacific, New- York et San Franscisco sont plus près l'un de l'autre que Boston et Philadelphie au temps de la Révolution ; en kilomètres, la distance qui les sépare est courte, comparée à celle qui sépare Saint-Pétersbourg de Yladivostock.
Un antagonisme local exista les premiers jours de la république et grandit jusqu'à amener une guerre civile : ce ne fut pas entre les anciens et les nouveaux États, ou la côte et l'intérieur, mais entre le Nord et le Sud. La racine du mal était l'institution de l'esclavage dans le Sud, où, favorisé par des conditions naturelles spéciales, il produisit un développement économique et social tout particulier, dont on chercha la défense dans le credo des droits individuels des États. La guerre mit fin à l'esclavage pour toujours. Les
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blessures laissées par ce conflit sont encore loin d^ètre guéries, mais il n'y pas de danger quHl se reproduise, car la cause première en a été détruite, et la question constitutionnelle en litige a été tranchée par la force des armes. Quand la génération qui se souvient de la lutte aura passé, les Sudistes eux-mêmes n'y verront plus qu'un événement historique dont ils resteront fiers i cause de l'héroïsme qu'ils y ont déployé, mais qui n'a aucune portée sur leurs intérêts dans l'avenir.
Dans les premières années qui suivirent la guerre, ropinion publique s'occupa assez peu d'affaires étrangères, car la nation était en train de se remettre après la lutte. En un tel moment, les hommes d'État ni le peuple ne songeaient plus guère à l'expansion territoriale ; le sentiment général en cette matière avait beaucoup changé depuis 1860. Cependant la guerre était à peine finie que les États-Unis achetèrent plus d'un nûllion de kilomètres carrés de plus, mesure qui provoqua quelques critiques mais pas d'opposition réelle. Non pas que l'Amérique russe, vaste étendue mise en vente à un prix insignifiant, fiit considérée comme très précieuse en soi. Les Américains achetèrent l'Alaska d'abord pour obéir à un principe général, qu'il fallait débarrasser leur continent des dominations européennes; puis pour empêcher la Grande-Bretagne d'acquérir cette région par conquête ou par achat (si la Russie voulait vendre, elle s'adresserait naturellement à TAngleterre en second lieu). Quelques personnes crurent aussi que la valeur des pêcheries et des mines suffisait ^ justifier la dépense de la somme très modique de
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sept millions deux cent mille dollars. L'achat de TAlâska s'est trouvé être une très bonne afiaire, car la valeur annuelle de ses produits dépasse aujourd'hui ' le prix payé pour le territoire. Il est vrai qu'en faisant ime acquisition impossible à atteindre ou à défendre par voie àe terre, les États-Unis semblaient inaugurer ime politique nouvelle ; mais on répondit que le territoire acquis était du moins sur le même continent, et que l'annexion du Canada, considérée alors par la plupart des Américains comme un événement fatal tôt ou tard,, et par beaucoup comme très proche, unirait l'Alaska au reste de la république.
Malgré la facilité de ce règlement, l'Amérique resta pendant toute une génération, et davantage, hostile à l'idée de pousser plus loin son expansion. Les traités visant l'achat des Antilles danoises et l'acquisition de Saint-Domingue échouèrent au Sénat, et celui de l'annexion d'Hawaï en 1898 fut retiré par le président Gleveland dès qu'il entra en fonctions. Pendant trente ans les États-Unis ne firent guère signe de vouloir sortir de leurs limites. La population, à vrai dire, monta, à scHxante-quinze millions d'âmes environ, et un grand développement industriel se produisit ; il est vrai aussi que, malgré le nombre de territoires encore vacants dans le pays, il n'y avait plus à l'intàieur de « frontière » de colonisation, au delà de laquelle des terres libres n'attendaient que le « settler ». Ces faits préparaient une ère nouvelle d'expansion, mais peu de gens à cette époque se rendirent compte d'un tel courant. 11 existait bien une croyance générale que les
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États-Unis étaient destinés à dominer le monde occidental et à annexer le Canada, sinon le Mexique ; mais personne ne rêvait à une politique aggressive. Pour employer un terme récent, on peut dire que Topinion publique était anti-impérialiate.
Tout à coup, la situation tout entière changea ; le pays se trouva d^abord jeté dans une guerre étrangère, puis, sans préparatife et sans dessein, lancé dans une carrière d^expansion et de conquêtes. Avant d'approfondir les causes et les e£kts de ce développement nouveau et surprenant, considérons la composition du peuple américain lui-même et la nature des idées politi({ttes qui ont guidé sa conduite jusqu'au temps présent.