‹ les etatsunis pendant la guerreChapitre 17 sur 38 · L’INVASION DU MISSOLRI. — SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

L’INVASION DU MISSOLRI. — SAINT-LOUIS

mais ils redoutaient que la mesure émancipatrice ne restât une lettre morte, si leurs ennemis parvenaient à reprendre l’influence. Partout les unionistes étaient exposés aux plus grands dangers; l’inertie du commandant militaire de la province avait pour la seconde fois livré l’État à des bandes de pillards et d’assassins. Des deux cotés' on seuplaignait de la conscription. Le Missouri avait déjà donné trente mille soldats. à l’armée du Nord, près de quarantecinq mille avaient suivi le drapeau du Sud, .et l’on demandait encore à l’État un contingent fixé , d’après le chiffre de la population en 1860.., . . .

Ma visite la plus intéressante à Saint-Louis fut celle du camp Jefferson, situé à petite distance de la ville. Je m’y rendis par le chemin de fer américain,, et apei> çus en passant l’un.des onze forts, aujourd’hui, abandonnés, que le. général. Frémont/ fît élever quand il commandait à Saintr-Louis, plutôt pour tenir la ville en respect que pour laiprotéger.. Les.maisons de bois du camp s’allongentautour de grandes places d’armes, à .côté .d’un parc- autrefois' affecté >à'des expositions agricoles. Parmi les Ijeaux chônesnoirs au tronc droit, aux branches anguleuses^ s’élèvent quelques bâtiments légers qui ont tous été convertis en hôpitaux p on a construit en outre beaucoup de maisons de bois pour logertles soldats malades, les famillos.noires et les réfugiésidu Sud. L’hôpital de ces derniers,, où j'entrai d’abord, offrait un spectacle lamentable: partout des femmes, des enfants émaciés par les longues marches.

UN ÉTAT FKONTIKRF.

la fatigue, la faim et la maladie. On me fit voir une pauvre vieille femme qui était venue seule sur un petit cheval depuis le Texas jusqu’à Saint-Louis. Pendant que je passais tristement entre les rangées de lits, un vieillard s’agitait dans les lentes convulsions de l’agonie en soulevant des bras amaigris qui déjà ressemblaient à des ossements. Une odeur fétide de cuisine et de pharmacie alourdissait l’atmosphère échauffée par les poêles de fer. On voyait encore étendus sur les couvertures de laine grise des couchettes les vêtements en lambeaux que les fugitifs avaient apportés. Quelques femmes à l’œil hardi riaient tranquillement entre elles, et leur gaieté auprès de ces lits de mort avait quelque chose de cynique et de lugubre. Ont-ils vu souvent de tels tableaux, ceux qui ont donné le signal de la guerre civile ? et s’ils les ont contemplés, ont-ils pu se défendre d’un remords?

L’hôpital militaire avait un tout autre aspect : les couchettes blanches et propres étaient presque toutes vides; des guirlandes en papier de couleur pendaient en festons entre les colonnes de bois et sur les plafonds. Au-dessus des portes et des lits en fer étaient accrochés de grands cartons où l’on avait écrit en gros caractères des versets de la Bible, des devises, des sentences patriotiques. La plupart des malades étaient des hommes de couleur. L’un d’entre eux avait eu les pieds gelés pendant les opérations du siège de Wicksburg. Lesconvalescentsétaientassis en groupes; quelques-uns portaient leurs cheveux tressés en pe-

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tites queues qui se dressaient sur la tête ; leurs habits bleus reluisaient de propreté.

Après les hôpitaux, je parcourus les cases bâties à la hâte pour les réfugiés, gens de couleur ou petits blancs. Dans le quartier des premiers,- les négrillons semblaient sortir de tous les coins. Les femmes faisaient la cuisine. Une vieille femme à mine réjouie passait en portant des patates. « Pourquoi, lui dit mon guide, n’achetez-vous pas des pommes de terre ? Elles coûtent bien moins cher. — Bah! fit-elle avec un air de tête et un sourire indescriptibles, est-ce que je mange des patates irlandaises?» Un vieillard à la barbe et aux cheveux blancs se chauffait au soleil sur un escabeau; il avait au moins quatre-vingts ans, mais il ignorait son âge véritable. «Pourquoi, lui demandat-on, avez-vous fui le Sud ? — Pour me reposer : l’oncle Sam ne me fera plus travailler. » Les maisons affectées aux familles blanches réfugiées n’étaient guère remplies que de femmes et d’enfants ; on n’y voyait que peu d’hommes, tous trop vieux ou trop faibles pour trouver un emploi. Les membres de la même famille restaient réunis. Ces malheureux nous regardaient avec une curiosité étrange; les femmes surtout entraient volontiers en conversation : elles ne semblaient connaître ni le sentiment de l’embarras ni celui de la pudeur; quelques-unes, occupées à se peigner, ne prirent point la peine de renouer leurs cheveux. Mon guide, par les soins duquel avait été récemment ouverte dans le camp une école pour les

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