FLOCONS DE NEIGE
Un ciel bleu sombre, sur lequel courent des nuages échevelés que la lune borde d'argent, nuages aux formes baroques de monstres mâles qui, d'énormes et lubriques désirs à nu, poursuivent les étoiles tremblotantes et scintillantes.
Celles qui s'échappent descendent
— ÉTOILES DU CIEL CHANGÉES, DÉGRIN- GOLÉES EN ÉTOILES DE THEATRE — SUr
une scène imaginaire; en jupe bouffante et transparente, en corselet bleu taillé dans un morceau d'azur,
elles sont poudrées à frimas par la neige qui tombe.
Comme à regret, les flocons lentement tournoient, s'entrecroisent, hésitant — eux, si blancs — à venir sur la terre triste et noire.
Et c'est :
des petons roses, — une gaieté de balabiles où flottent, ainsi que des écharpes, les bras nus qui, à chaque coude, niellent des fossettes, — une caresse de sourires fixes, les sourires ininterrompus de
celles qui, traversant à peine la vie, . n'ont le temps de savoir ni ennuis ni douleurs,
tandis que vibrent les notes poignantes d'une très douce' valse jouée en sourdine, faisant passer des éclairs* bleutés dans les yeux mi-clos, les yeux de femmes pâmées. ' .
Parmi les étoiles, Vénus;
les autres étoiles sont inconnues, arrivées dès firmaments fantasques, des harems du ciel, des paradis voluptueux, de lointains, de très lointains rêves;
elles errent, curieuses et ballerines — et leur beauté autour d'elles fait
FLOCOXS DE NETGE
de l'avril — en frôlant l'homme, et disparaissent.
L'hiver seul reste en sa désolation.