LES VENTS
Cette inégale distribution du calorique dans l'atmosphère est la principale cause des vents. Nous vous avons dit , mesdames, que l'air est essentiellement élastique; on peut le comprimer et en enfermer une grande quantité dans un très-petit espace , c'est ainsi qu'on en use pour charger les fusils à vent : à l'aide d'une pompe on comprime fortement une certaine quantité d'air dans le fond de l'arme , où il est maintenu en cet état par une soupape ; qu'on mette ensuite une balle dans le canon , et qu'on fasse jouer la soupape au
moyeu d'une détente ; l'air comprimé s'échappe avec violence et chasse la balle avec plus de force que ne le ferait une charge de poudre. De même qu'il se comprime , l'air se dilate aussi très-facilement, et c'est une des propriétés de la chaleur d'augmenter le volume de l'air en le dilatant.
Le calorique étant inégalement répandu dans l'espace, il en résulte que l'air dilaté sur un point où le calorique est abondant se précipite vers un autre point où la chaleur est moindre.
Ainsi lorsque le soleil se lève, l'air s'échauffe à l'est et par conséquent il se dilate, tandis qu'il se refroidit et se condense à l'ouest ; il s'établit alors un courant d'air de l'est à l'ouest ; c'est le vent.
A cette cause principale et permanente du vent , se joignent des causes secondaires émanant du même principe , telles sont la pluie, la grêle , qui en refroidissant subitement la température, produisent une condensation soudaine de l'air, et produisent les vents de tempêtes, les ouragans.
On donne aux vents le nom du point cardinal d'où ils soufflent ; ainsi le vent du sud souffle vers le nord , le vent de l'ouest souffle vers l'est , etc. Mais les vents ne soufflent pas toujours d'un point cardinal précis , c'est pour cela et afin de préciser le point d'où ils soufflent , qu'on a divisé les
points cardinaux en trente-deux parties, c'est ce qu'on appelle la rose des vents.
Il y a trois sortes de vents : les vents constants , les vents périodiques réguliers, les vents variables.
Les principaux vents constants sont les vents alisés. Le vent alisé est formé de deux courants d'air, l'un partant du nord-est, l'autre du sud-est; ces deux courants se joignent en est et n'en font plus qu'un qui souffle constamment vers l'ouest.
Les vents périodiques sont les moussons et les brises de terre et de mer.
On donne le nom de moussons à deux vents qui soufflent alternativement chacun pendant six mois , dans deux directions contraires; le premier, du mois d'avril au mois d'octobre ; le second, du mois d'octobre au mois d'avril.
MÉTÉOROLOGIE DES DAMES. l||
Les brises sont des vents qui soufflent alternativement de terre et de mer. La terre se refroidissant plus vite que la mer pendant la nuit , l'air qui la couvre se condense : alors la brise s'élève de la mer et souffle vers la terre; mais lorsque la terre est suffisamment chauffée par le soleil , la brise diminue graduellement et finit par souffler en sens contraire, c'est-à-dire qu'elle s'élève de la terre , où l'air est plus dilaté et souffle vers la mer.
Parmi les vents variables, les plus remarquables sont quelques-uns de ceux qu'on appelle locaux et qui soufflent exclusivement dans une région quelconque; tels sont : le mistral , à Marseille ; le sirocco , vent humide et chaud , particulier aux côtes de l'Italie sur la Méditerranée, et qu'on regarde comme la cause principale de certaines fièvres pernicieuses ; le simoun , vent chargé de miasmes pestilentiels, qui souffle avec furie des déserts de l'Afrique, en roulant des colonnes de sable qu'il transporte à des distances prodigieuses.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, lorsque la dilatation de l'air s'opère brusquement, il en résulte une agitation violente qui constitue le vent de tempête, les ouragans, et parfois des tourbillons causés par la rencontre de deux vents soufflant en sens contraire. Ces tourbillons sont quelquefois si violents qu'ils renversent les maisons, arrachent les plus gros arbres et les lancent à des distances immenses.
C'est ainsi qu a Montville, près de Rouen, en 1845, plusieurs fabriques furent renversées, des arbres énormes arrachés, broyés, et qu'un berger de cette commune fut enlevé avec sa cabane à une hauteur prodigieuse , d'où il fut précipité ensuite sans éprouver d'autre mal que quelques contusions. On a vu également, dans les Antilles, des tuiles lancées par le vent avec tant de force , qu'elles pénétraient au travers de planches épaisses, et des pièces de canon de 48 déplacées ou renversées avec leurs affûts.
Le vent lorsqu'il souffle modérément ne parcourt pas plus d'une lieue et demie en une heure; un vent fort parcourt de dix à quinze lieues dans le même espace de temps. Le vent de tempête parcourt jusqu'à trente lieues en une heure , et il arrive quelquefois que le vent d'ouragan acquiert une vitesse de plus de trente-six lieues à l'heure; c'est alors qu'il renverse les arbres et les édifices.