‹ Les étoiles; essai d'astronomie sidérale (volume 2)Chapitre 10 sur 152 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La zone zodiacale partage le ciel en deux parties égales, l'hémisphère boréal et l'hémisphère austral.

Les constellations boréales principales sont les suivantes, désignées par les noms usités dans l'antiquité grecque; nous y avons ajouté ceux adoptés à la renaissance de l'astronomie au xvii° siècle : Pégase, Andromède, Gassiopée, la petite Ourse, Céphée, Persée, Triangle boréal, Cocher, la grande Ourse, le Dragon, la Chevelure de Bérénice, Mont-Ménale, le Bouvier, Couronne boréale. Hercule, le Serpentaire, le Serpent, la Lyre, l'Aigle, Antinous, le Cygne, la Flèche, le Dauphin, le petit Cheval; les modernes ont ajouté les suivants : le Benne, le Messier, la Girafe, la Harpe, le Lynx, Télescope d'Herschell, petit Lion, Lévriers, Quart de cercle mural. Taureau de Poniatowski, Écu de Sobieski, le petit Pœnard, l'Oie, la Mouche, Honneurs de Frédéric, Cerbère, Sextant.

Dans l'hémisphère austral, il y a, comme noms anciens : la Baleine, l'Eridan, le Lièvre, Orion, grand Chien, petit Chien, Navire ou Argo, Hydre, la Coupe, le Corbeau, ht

Centaure, le Loup, l'Autel, Couronne australe, Poisson austral.

Les modernes s nt : Boussole, Sextant, le Solitaire, Atelier du sculpteur. Phénix, Machine électrique. Machine pneumatique, Fourneau chimique, Atelier de typographie, Pendule, Sceptre de Brandebourg, Burin, Chevalet du peintre, Equerre, Compas, Télescope, Microscope, Aérostat, la Grue, Triangle austral, Toucan, petit Nuage, Hydre mâle, l'Horloge, le Réticule, grand Nuage, Montagne de la Table, Poisson volant, Caméléon, Chêne de Charles II, Croix du Sud, Colombe, Niveau, Oiseau de paradis. Octant, Paon, Indien, Chat, Dorade, etc.

Sans prétendre décrire en détail toutes ces capricieuses figures, nous nous bornerons à passer en revue les principales, pour servir de guide au lecteur, qui doit avoir sous les yeux les planches H et HI, et, mieux encore, le ciel lui-même.

Pégase est représenté comme un immense cheval ailé et se reconnaît facilement dans le ciel par un grand carré que font trois de ses étoiles avec la quatrième, prise à la tète d'Andromcde. Celle-ci est figurée par une jeune femme enchaînée à deux rochers, les bras ouverts ; de la tète, elle touche un sommet du carré de Pégase; avec les pieds elle rejoint Persée, qui l'a délivrée du monstre auquel elle était sacrifiée. A ses genoux, à droite, est la reine Cassiopée, assise sur le trône, et à gauche le Triangle. Persée, le héros libérateur, tient de la main gauchj la tête de Méduse, et, de la droite, l'épée dont la garde est enrichie d'un superbe groupe de très-petites étoiles. Au delà de Persée est le Cocher; celui-ci porte dans son sein une Clièvre remarquable par une très-belle étoile et aussi les Chevreaux, licence vraiment plus que poétique, ou, pour mieux dire, indice d'une auti'e division plus ancienne des groupes.

Sur une région très-pauvre en grandes étoiles s'étendent la Girafe, le Messier et le Lynx; vient ensuite la grande Ourse, dont le Chariot ne forme qu'une portion limitée du train de derrière de l'animal ; le timon serait la queue, et le reste la cuisse. Les anciens nommaient aussi ce groupe la Cuisse. Entre elles deux et plus voisines du pôle, se trouvent Céphée, qui se distingue par une croix d'étoiles médiocres, et la ^letite Ourse., à l'extrémité de la queue de laquelle est l'étoile polaire, qui semble immobile à l'œil nu. On trouve facilement cette dernière, comme on l'a dit, en traçant une ligne droite par les deux dernières étoiles du chariot et en la prolongeant dans cette direction de leur distance à la pointe du timon. La polaire est presque aus.si brillante que les étoiles de la grande Ourse, et c'est la seule étoile de cette grandeur qui se trouve dans cette région. A la place de la petite Ourse était autrefois représenté un chien, et la polaire, étant à l'extrémité de sa queue, s'appelait la Cynosure (queue du chien) : le chien une fois changé en Ourse, sa queue est restée longue et relevée en dépit de la nature du nouvel animal! Entre les Ourses, le Dragon déroule ses anneaux. A la grande Ourse fait suite le Bouvier, qui a au genou la belle étoile appelée Arcturus. Le Bouvier figure comme conducteur du Chariot, débris de la poésie antique, et repose sur le Mont Ménale. Hévelius lui a mis dans les mains les laisses de ses Lévriers, et au-dessous de ceux-ci se trouve la Chevelure de Bérénice, chantée par les poètes, groupe de petites étoiles mêlées à des masses nébuleuses. Devant le Bouvier est la Couronne, facilement reconnaissable par sa forme d'un cercle presque complet d'étoiles; pas loin de là^vers la Voie lactée, se trouve la jolie constellation de la Lyre avec sa superbe étoile, la plus belle de notre hémisphère, qu'on appelle Véga. Entre elle.'

se trouve le grand géant appelé maintenant Hercule, anciennement nommé VAgenouillé, qui, d'une main, tient un groupe de serpents appelé Cerhère, et un Rameau. Dans la lueur de la Yole lactée s'étend le Cygne en forme de croix, qui a devant lui la Flèche, à gauche le ^etit Renard, et derrière le Lézard. Non loin, un groupe naturel de belles étoiles forme le Dauphin, qui touche au grand Cheval., Pégase, séparé de lui par la première étoile du 'peiit Cheval. Sous la Flèche et le Dauphin s'étendent V Aigle et Antinoïis,ox]i mieux Gau\jmede,Ql tout près se voient les grands et beaux faisceaux de lumière appelés le Taureau de Poniatoicski et VEcu de Sohieski. Entre eux et le Bouvier est l'autre immense géant, le Serpentaire, qui, foulant aux pieds le monstre (le Scorpion), touche de sa tête la tête d'Hercule; il est entrelacé d'une manière superbe à la figure du Serpent; c'est la constellation la plus compliquée de tout le ciel.

C'est ainsi qu'on rejoint la zone des constellations zodiacales. Le Bélier se distingue par deux belles étoiles qui ouvrent la marche. Vient ensuite le Taureau, dont la tête est formée par les Hyades ; ce beau groupe est encore remarquable par la couleur rouge de l'œil du taureau Aldéharan. Autrefois le Taureau ouvrait la série des signes; c'est ce qui subsiste encore dans les traditions poétiques. Candidus auratis aperit cum cornihus annum, a dit Virgile^ et le nom des Hyades est une allusion aux pluies équinoxiales. Deux étoiles vives et brillantes, Castor et Pollux,. définissent les Gémeaux, qui, avec d'autres étoiles moindres, placées à leurs pieds, limitent un groupe très-bien isolé, symbolisant la fécondité des animaux. Une petite tache claire distingue la petite constellation de VÉcrevisse, tache qui s'appelle aussi Prœsepe ou la Crèche. Suit une immense

faucille en forme de G avec un long manche, qui forme le Lion et a, au cœur, la plus belle étoile, appelée Régulus. Très-vaste et étendue le long de l'écliptique est la Vierge, qui tient en main le bel Epi, symbole de la saison des moissons dans l'antiquité.

Derrière, à ses pieds, deux belles étoiles qui forment les plateaux de la Balance et qui, anciennement, formaient les mandibules ou branches du Scorpion. Celui-ci est un monstre immense qui se distingue par de brillantes étoiles en vaste éventail, et au centre duquel est une étoile rouge vif, le cœur, appelée Antarès, qui est suivie de la queue sinueuse. La région suivante, très-lumineuse, contient le Sagittaire, dont le grand arc est constellé de belles étoiles ; puis vient le Capricorne, petite constellation, remarquable par deux étoiles brillantes en avant et deux plus petites à la fin. Le Verseau est indiqué par une belle série d'étoiles en forme de M allongé ; il verse l'eau de son vase dans la gueule du monstre marin appelé Poisson austral. Enfin, entre le Verseau et le Bélier sont les Poissons, formés de petites étoiles; pour en relier les groupes principaux, on fait courir le Lien ou le ruban qui les réunit.

Parmi les constellations australes visibles pour nous, la plus belle est Orion, le grand chasseur, qui est formée d'un superbe trapèze de quatre étoiles, partagé au milieu par une magnifique ceinture qui est posée presque sur l'Equateur cJleste. De là pend l'épée, dont la garde est ornée de la sjperbe nébuleuse qui semble une comète vue à l'œil nu.

Au-dessous du chasseur se trouve le fidèle grand Chien, qui a dans la bouche la plus belle étoile de tout le ciel, Sirius et, un peu au-dessous, le Lièvre. En avant de celui-ci, VEridan poursuit son cours tortueux, dont les sinuosités comprennent de nombreuses petites étoiles; vient ensuite lo. Baleine, très-

vaste constellation dont la partie principale est renfermée dans un grand trapèze d'étoiles jaunes. En bas et après le chien, on a l'immense constellation du Navire Argo, qui, lancé sur la mer de Grèce, rappelait la fameuse entreprise dont les héros ont été placés parmi les étoiles. Sur la poupe sont la Licorne avec de pâles étoiles, et le petit Chien avec sa belle étoile Procyon. Du chien commence la ligne longue et sinueuse de YHydre, qui va jusqu'au Centaure; au-dessus, le Sextant, la Coupe, le Corbeau, qui remplissent l'espace entre la Vierge et l'Hydre. Sous la queue de l'Hydre est la tête du Centaure, possédant de belles étoiles invisibles dans nos latitudes moyennes, mais qui font le plus bel ornement du ciel austral. Confinant au navire Argo, il ferme la zone des constellations australes connues des anciens.

La calotte polaire australe regorge de petites divisions représentant les instruments de la science moderne , trèsdignes assurément d'occuper une place dans le ciel, mais qui se relient peu aux anciennes formes. Le groupe le plus beau du ciel austral est la Croix du Sud; mais elle est audessous de sa réputation, car ses étoiles sont à peine de même grandeur que celles de notre grande Ourse. L'étoile polaire de l'hémisphère australe est très-petite, et se trouve dans V Octant; les astronomes de ces régions nous envient beaucoup notre belle Cynosure.

Nous avons négligé de décrire ici quelques groupes plus petits, que le lecteur, armé d'une bonne carte, trouvera mieux lui-même.

Les limites de ces constellations sont si arbitraÙTs et compliquées, que les astronomes se sont demandé sérieusement s'il ne vaudrait pas mieux faire main basse sur tout cela et établir une nouvelle division du ciel ; le célèbre John Herschell en fit sérieusement la proposition ; mais on

considéra que cela ne pourrait qu'accroître la confusion, parce que tout le monde ne voudrait pas se plier à la nouvelle réforme, tandis que les figures actuelles appartiennent à la mythologie ou à la science, terrains parfaitement neutres. On crut donc qu'il valait mieux retourner à l'antique système, et enlever des constellations les bizarreries introduites par les modernes, surtout dans l'hémisphère nord. C'est ce qu'a fait avec beaucoup de soin M. Heis. Pour l'hémisphère sud, le mal est irréparable : les groupes portent les noms originaux qui leur ont été donnés par Lacaille et par les premiers navigateurs.

A diverses époques, on a cherché à réunir entre elles les figures des constellations, et à en former une sorte d'épopée céleste. Gomme nous l'avons vu, les Grecs remplirent le ciel tout entier de leurs fables, et y perpétuèrent le souvenir des héros de la Toison d'or ou Argonautes, ce qui prouve encore l'époque récente de ces dénominations. Ovide, avec sa vive imagination, réussit à faciliter le souvenir de beaucoup de groupes ; les gnostiques (à ce qu'assure le faux-Origène) voulurent, dans les constellations de l'été, reconnaître un drame surnaturel, peut-être dérivé des Egyptiens. Pour eux, la constellation d'Hercule, que les anciens représentaient (voir page 12) comme une personne agenouillée, était une figure de l'humanité qui, fléchissant le genou devant l'emblème du grand esprit (le Dragon), implorait l'immortalité symbolisée par la Couronne. Si elle n'arrivait pas à posséder celle-ci, enlevée par l'odieux Serpent, celui-ci, à son tour, était étranglé et foulé aux pieds par le rédempteur (le Serpentaire) dans la personne du Scorpion, dont le serpent était une continuation. Mais tout cela est pour le moins aussi oiseux que les fables des Grecs. On vit échouer de même toutes les tentatives faites pour introduire les personnages

du christianisme ; la mythologie est restée maîtresse du champ de bataille, et, pour le moment, on n'est pas disposé aux changements.

Du reste, une telle distribution du ciel, en provinces, pour ainsi dire, n'a aucun intérêt sérieux pour les astronomes, car la position de chaque étoile dont on a besoin , est toujours indiquée avec précision par ses coordonnées, l'ascension droite et la déclinaison, avec lesquelles disparait toute ambiguïté. Les noms des constellations servent seulement à abréger les indications et à soulager la mémoire. Beaucoup d'étoiles ont des noms propres fort anciens : Sirius, Régulus, la Chèvre, etc. D'autres ont des noms d'origine arabe, comme Betelgeuse, Rigel, etc. ; la grande majorité de ces noms indique la partie du corps de l'animal figuré par la constellation; ainsi Rigel signifie le genou d'Orion, Aldébaran Vœil du Taureau, et ainsi de suite. Dans leurs catalogues, les anciens indiquaient les différentes étoiles par la partie du corps de l'animal sur laquelle elles tombaient. Sirius s'appelait l'étoile qui est dans la bouche du Chien. On allongeait ainsi la dénomination de l'astre, mais ce n'était pas sans utilité; seulement on n'avait pas de noms pour les étoiles placées en dehors du corps principal ; on les désignait sous le nom générique d'informes, et c'est précisément avec celles-ci que les modernes ont construit les constellations secondaires nouvelles.

Un astronome allemand, Bayer, en 1603, commença à désigner les étoiles principales par les lettres de l'alphabet grec, et, celui-ci ne suffisant pas, il y ajouta l'alphabet latin. En pratique, son intention semblait être de représenter avec ces lettres l'ordre même de grandeur; mais, soit inadvertance de sa part, soit que la grandeur des étoiles ait réellement varié avec le temps, cet ordre n'est pas observé pour

DISTRIBUTION CONVENTIONNELLE DES CONSTELLATIONS il

toutes. Néanmoins les modernes ont scrupuleusement conservé ces lettres, parce qu'elles se prêtent admirablement à la brièveté et à la prompte expédition de la nomenclature ; jusqu'à un certain point, elles donnent encore une indication de leur importance, et elles sont plus faciles à retenir que les coordonnées numériques. Nous en ferons souvent usage. Quant aux notions élémentaires qui vont être fournies dans le chapitre III, bien qu'elles soient inutiles pour beaucoup de lecteurs, nous les donnons afm que les autres n'aient pas 11 peine d'aller les chercher ailleurs.

BECGUr. T. —

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