‹ Les étoiles; essai d'astronomie sidérale (volume 2)Chapitre 9 sur 152 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES CONSTELLATIONS

La science des étoiles a eu son berceau près du berceau même du genre humain, dans les belles plaines de Sennaar. Sous ce ciel limpide terminé par un horizon pur, les astres déroulaient, silencieux, leurs orbites sous les regards curieux d'une population encore exempte des soucis d'une vie artificielle, et qui contemplait d'un œil innocent l'admirable spectacle de la voûte constellée. Là, pour la première fois, les groupes de leurs étranges combinaisons reçurent les noms que quelques-uns ont conservés encore aujourd'hui. Ce qui frapi3€ le plus, c'est la constance absolue des formes, qui contraste avec leur bizarrerie. Cette constance cause encore plus de surprise quand on voit « l'étoile jeter tout à coup, par intermittence et par éclairs, des feux étincelants qui feraient croire qu'elle se meut, si la partie enflammée ne restait invariable sans rien perdre de sa céleste substance. »

(Dante, Paradis, XV.) Rien n'est plus surprenant qu'une si constante variété dans une si grande immobilité. Tandis que tout est règle et ordre dans la nature, la confusion semble régner dans le ciel, preuve évidente qu'un grand mystère plane sur la distribution de ces corps, et que nous ne faisons qu'admirer en eux un tout dont nous ne connaissons pas encore la structure.

Au milieu de cette multitude, quelques groupes dans lesquels les étoiles semblent spontanément unies apparaissent facilement aux yeux de tous. Telles sont les sept étoiles près

Fi g. 1.

du pôle, qui forment ce qu'on a appelé le Chariot, constellation fameuse et qui sert de point de départ pour reconnaître les autres constellations, grâce à sa forme simple et à sa situation favorable.

Ce groupe consiste en quatre belles étoiles, a, p, y, o, disposées en trapèze comme dans la figure 1 ; h l'un des angles en sont attachées trois autres, s, Ç, t;, disposées en ligne brisée. Si nous admettons que les premières représentent les roues d'un char, ces dernières pourraient en figurer le timon. Ce groupe est important, parce qu'il permet de trouver facilement Tétoile polaire. Si l'on tire une droite par les

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deux étoiles postérieures a p du trapèze et si on la prolonge dans la direction du pôle, on rencontre une étoile aussi belle que les sept premières : c'est l'étoile polaire. Elle semble immobile dans le ciel quand on la regarde sans instrument; mais, en réalité, elle est éloignée du pôle de 1" 20' et par conséquent décrit autour de lui un cercle de 2" 40' de diamètre. Au pôle proprement dit, il n'y a pas d'étoile, et en raison des mouvements généraux de la sphère céleste, connus sous le nom de précession \ s'il y en avait une, elle n'y resterait pas immobile. Du côté opposé au Chariot^ et à égale distance de l'axe céleste, se trouve un autre groupe, non moins beau, en forme de M allongé, qui s'appelle Cassiopée. Au milieu, une belle croix, tracée sur le fond lumineux de la voie lactée, appelle naturellement la dénomination de Cygne; ailleurs le groupe des Hyades représente aisément la tête d'un vigoureux animal, le Taureau; un petit groupe peu éloigné rappelle la Poussinière aux gracieux contours ; puis un énorme et splendide amas donne l'idée d'un géant immense, Orion. L'impulsion une fois donnée, il était facile de poursuivre; bientôt le ciel fut peuplé de tableaux fantastiques qui le remplirent de vie et de poésie. Les groupes, tant naturels qu'artificiels, inventés pour réunir les astres les uns aux autres, furent appelés Constellations. Les dénominations, encore en usage parmi nous, ne sont pas de beaucoup antérieures à l'époque de la mythologie grecque, et se rapportent à la période historico-fabuleuse de l'expédition des Argonautes. Il s'y trouve pourtant des traces sérieuses de nomenclatures antérieures dont il reste de notables fragments. Il y eut un temps où l'on prétendait qu'elles étaient d'une prodigieuse antiquité, en se fondant sur des planis-

1. Nous supposons le lecteur suffisamment familiarisé avec lu connaissance des propriétés de la sphère; il suffit ici de ces indications.

phères et des zodiaques trouvés dans les temples égyptiens d'Esné et de Denderah ; mais, maintenant, il est prouvé que ces monuments sont de l'époque romaine, ce qui en fait disparaître la prétendue ancienneté.

Les groupements d'étoiles chez les peuples plus éloignés de l'Orient, de l'Inde et de la Chine, sont très -différents des nôtres, et révèlent ainsi une astronomie originale indépendante de la nôtre. Certains caractères, par lesquels se marquent les constellations des Chinois, sont tellement peu compris des lettrés eux-mêmes, qu'ils ne savent en indiquer ni l'origine ni l'étymologie.

Ainsi, de tout temps, les étoiles ont été distribuées en groupes naturels ou arbitraires, qui furent religieusement transmis de génération en génération, par la nécessité de s'entendre pour distinguer la multitude immense des astres; ils furent conservés dans le même but que, sur notre globe terrestre, la division en royaumes et en provinces.

Les anciens observateurs, bien qu'absolument dépourvus d'instruments de précision, établirent, d'une façon suffisamment concluante, la grande loi de la position invariable des astres, par le seul moyen très-simple d'ahgnements pris soit à l'œil nu, soit en regardant le long d'un fil; ils reconnurent aussi que quelques astres seulement, parmi les plus brillants, n'étaient pas fixes et ils les appelèrent planètes, ce qui voulait dire astres errants. Elles furent étudiées à part, et on détermina les lois les plus élémentaires de leurs mouvements.

Les planches II et III (page 8) indiquent à une petite échelle les groupes principaux les plus fameux , établis d'après d'anciennes conventions ; pour une étude plus approfondie, il faudrait de plus grandes cartes ' .

1. Dans ce cas, le lecteur pourra consulter les atlas de Bode, VUranomc' tiie d'Argelander, l'atlas de Heis,les cartes de Dorna, de Dieu et autres

LES CONSTELLATIONS

Les groupes à travers lesquels circulent les grands luminaires, le soleil, la lune et les principales planètes, attirent l'attention plus que les autres ; ils constituent la zone du Zodiaque, au milieu de laquelle se trouve l'orbite apparente du soleil, VécUjAique. Ces constellations sont très-connues sous les noms suivants : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, l'Écrevisse, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons. Elles occupent des espaces très-inégaux, et leur forme n'a aucune analogie avec les objets dont elles tirent leurs noms. L'origine de ceux-ci se perd dans la nuit des temps, et ils semblent tout au plus se rapporter aux travaux de l'agriculture qui correspondaient autrefois aux époques auxquelles le soleil parcourait ces constellations. Mais cette coïncidence même est en grande partie disparue aujourd'hui; par suite des mouvements de la sphère céleste, les phases de l'année tropique dans lesquelles se font les travaux de la campagne, ne coïncident plus avec l'entrée du soleil dans ces constellations. C'est ainsi que l'équinoxe du printemps qui, au temps d'Hipparque, tombait dans la constellation du Bélier, est aujourd'hui dans celle des Poissons; avant de tomber dans le Bélier, il tombait dans le Taureau, et de même successivement dans tous les autres signes. Ce fait que l'équinoxe de printemps correspondait au signe du Bélier et que l'équinoxe d'automne tombait dans la Balance, symbole de l'égalité des jours et des nuits, montre que la nomenclature actuelle est très-récente; enfm il est prouvé par la théorie, et confirmé par les monuments astronomiques les plus anciens, qu'à des époques historiques, ce point équinoxial était près des Pléiades.

Les traditions des nations les plus éloignées ne nous ont rien conservé de ces origines, mais certains monuments

indiquent assez clairement ces modifications. Ainsi, par exemple, la grande pyramide de Gizeh', construite au temps de Chéops, environ 2170 ans avant l'ère vulgaire, renferme deux canaux ou tuyaux qui vont de la chambre centrale à la paroi externe du côté sud et du côté nord. Le premier vise un point du ciel par lequel ne passe plus aucun astre important; mais, à l'époque de sa construction, les Pléiades pouvaient y passer; l'autre n'a de relation aujourd'hui avec aucune étoile, mais l'étoile polaire devait y passer quand elle était a du Dragon. Aujourd'hui, ces tuyaux sont bouchés, mais ils étaient encore ouverts au xiii° siècle, à ce que nous assure Abdallatif, savant médecin arabe qui visita la pyramide à cette époque. La direction de ces deux tuyaux recèle certainement un secret astronomique, et ce ne peut être que la susdite position de l'équinoxe près des Pléiades '. La division du zodiaque en douze parties se trouve aussi chez les Chinois; et c'est une chose très-naturelle en raison de la relation étroite qui existe entre les révolutions du Soleil et de la Lune. Quant aux noms donnés aux constellations, ils sont tout à fait différents dans l'ancienne astronomie chinoise qui existait avant l'arrivée des missionnaires. Les noms chinois modernes sont une simple traduction des noms européens, traduction faite précisément par les missionnaires^.

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