CHAPITRE PREMIER
Les étoiles passent pour être innombrables, et sont jusqu'ici le symbole le plus expressif des objets n'ayant pas de nombre qui les définisse. Et cela est vrai. A l'œil nu, on n'en peut compter distinctement qu'un petit nombre; les anciens considéraient déjà comme miraculeux qu'Hipparque ait pu dresser un catalogue comprenant plus de mille d'entre elles. Cette entreprise, digne d'un dieu, comme la qualifie Pline, n'était pas un simple dénombrement, mais une détermination précise de la position des astres, chose bien autrement difficile.
Mais en réalité il n'est pas facile même de compter les étoiles. La vue se trouble, et, quand on veut arriver à des chiffres précis, on se trouve toujours beaucoup au-dessous de la vérité; on reste convaincu qu'on en a oublié un grand nombre. Et il en est de même quand, dans les lunettes, on veut compter les étoiles des groupes.
M. Heis, astronome très-minutieux, affirme qu'on ne peut
compter plus de 4 ou 5 mille étoiles dans le ciel visible de l'Europe centrale. Doué d'une vue très-perçante, usant d'artifices spéciaux, comme d'éloigner toute lumière artificielle, de limiter par un grand tube noir la région vue du ciel, de faire les cartes noires et les étoiles blanches, etc., il put, de Munster, en voir 5421, et comme, de cette station, on peut voir les 8/10 du ciel, il en conclut que, en supposant les étoiles également distantes dans l'hémisphère austral, leur nombre total, pour tout le ciel, n'excède pas 6800 i.
Mais ce ne sont certainement pas là toutes les étoiles du ciel. L'œil nu en voit réellement plus qu'il n'en peut compter, parce que, dès qu'une étoile se fixe sur le centre de la rétine, les autres dont les images arrivent sur la périphérie ou, comme on dit, dans le coin de l'œil, semblent s'évanouir. Les instruments nous détrompent d'une façon bien remarquable sur ce point. Le premier qui annonça que les étoiles étaient innombrables, fut Galilée, quand il déclara que la voie lactée était un amas stellaire, tranchant ainsi les nombreuses questions agitées jusque-là sur ce point. Bien souvent, pour nous distraire, nous avons fait cette expérience : on dirige vers le ciel l'équateur de Merz en quelque bel endroit de la voie lactée; on regarde dans le chercheur, et il est fréquent d'y voir autant d'étoiles qu'on en peut embrasser à l'œil nu, d'un seul regard dans le ciel. Or ce chercheur a seulement 60 millimètres d'ouverture et 1/2 degré de champ ^
Si du chercheur on passe à la lunette de 250 millimètres, avec un faible grossissement et un champ de 15' pour plus grande étendue, il est facile d'en voir autant qu'on