‹ Les étoiles; essai d'astronomie sidérale (volume 2)Chapitre 99 sur 152 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

De 10" à 0" De 45" à 10"

lo

De ce tableau il résulte que le rapport entre les étoiles optiquement et physiquement doubles reste le même pour les deux classes de mouvements, ce qui signifie que ce rapport est indépendant des distances. D'ordinaire, on suppose les mouvements propres en raison inverse de la distance.

Nous terminerons ce chapitre en rapportant quelquesunes des conclusions de Struve sur le nombre des étoiles physiquement doubles comparé au nombre des étoiles visibles en général sur la voûte céleste.

1» Sur 72500 étoiles de la première à la huitième grandeur, Struve en a trouvé 1973 doubles entre 0 et 16' de distance, soit une sur 367. Sur ces 1973 astres, 1702 sont physiquement et 271 optiquement doubles , soit 1 groupe optique sur 6 physiques. Et il s'agit ici de déterminations déjà anciennes ; les mesures récentes ont beaucoup accru le nombre des étoiles physiquement doubles ; seulement nous n'avons pas de statistique plus exacte.

2° Pour les étoiles de la première à la quatrième grandeur,

leur nombre étant de 353, il y en a 75 physiquement connexes, soit une pour 4,71.

3° L'existence d'une connexion physique ne se limite pas aux étoiles se trouvant entre elles à des distances minimes; iJ y a aussi des cas de distances considérables, comme on peut en inférer de mouvements propres identiques entre étoiles très-distinctes. Telles sont les petites étoiles compagnes de Castor, de 40 d'Eridan, d'Alcor qui est un satellite de l de la grande Ourse et, avec elle, tout le groupe de p. Y, S, Ç de cette constellation; d'où l'on déduit qu'au moins un tiers des étoiles visibles dans le ciel sont en connexion physique mutuelle, et il ne serait peut-être pas exagéré de dire la moitié K

Étoiles multiples. — Outre les étoiles doubles, il y a dans le ciel de nombreuses combinaisons de plusieurs étoiles qui, en raison de la faible distance qui les sépare, semblent physiquement liées. Nous en avons déjà signalé quelques-unes. Tel est le petit groupe de 0 d'Orion, composé de quatre belles étoiles disposées en trapèze et de deux autres très-petites ; tel est e de la Lyre, etc., etc. Il y a lieu de noter l'étoile triple ? de l'Écrevisse, où la plus éloignée est certainement connexe avec les deux voisines, parce qu'elle a décrit un arc non douteux depuis les premières observations de Struve. Ce système est même beaucoup plus compliqué qu'il ne le parait, parce que l'étoile éloignée présente, suivant Struve, un mouvement épicycloïde et très-curieux (voir fig. 36), qui indique un mouvement autour de quelque centre obscur qui va se transportant autour des deux plus voisines, à raison de 1/2 degré par an. Le groupe cité d'Orion, restant invariable de forme,

{. V. l'ouvrage de Struve, Stellarum duplkium, etc. Petropoli, 1852.

malgré son mouvement relatif, montre que toutes les étoiles qui le composent sont physiquement liées.

Beaucoup d'autres groupes importants seront décrits dans le catalogue des étoiles triples et multiples qui suit celui des étoiles doubles à la fin de ce volume.

Mais les systèmes stellaires ne s'arrêtent pas là. Nous avons déjà vu que certaines nébuleuses, résolubles en petites étoiles, sont de vrais systèmes stellaires qui doivent être régis par des lois spéciales. En effet, pour que de tels systèmes soient permanents, il faut qu'étant donnée la loi de la gravitation universelle, ils donnent dans leur ensemble une résultante notablement différente de la loi élémentaire. On sait que, dans l'intérieur d'une masse sphérique dont les points élémentaires s'attirent en raison directe de la masse et en raison inverse du carré des distances, il se forme une résultante qui varie en raison directe de la distance au centre, comme cela a lieu à l'intérieur de notre globe terrestre. Quoique le cas des étoiles dans les groupes globulaires soit un peu différent, attendu qu'on ne peut considérer ces corps comme rigoureusement soumis à la loi de continuité , il doit cependant s'y passer quelque chose d'analogue. Jusqu'à présent, la théorie n'a pas étudié ce cas d'une manière générale, et l'observation n'a pas donné encore de résultats dont on puisse déduire aucune loi pour leurs mouvements.

Nous verrons bientôt que la position de ces groupes est telle qu'on peut soupçonner qu'ils tiennent lieu de quelque grande étoile simple isolée, de même que les astéroïdes entre Mars et Jupiter tiennent la place d'une planète plus grande.

Jusqu'à présent, nous n'avons aucune donnée pour savoir si les mouvements réels se vérifient dans l'intérieur de ces groupes, mais on peut espérer que l'observation n'en sera

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plus négligée. C'est pour cela qu'à partir de 1855 nous avons entrepris de mesurer quelques-uns d'entre eux. Nous voyons avec plaisir que notre exemple a été suivi; ces recherches seront fécondes en conséquences. Il n'existe pourtant pas nécessairement un corps central dans ces systèmes, car la résultante de plusieurs corps voisins peut en tenir lieu.

Même sans compter les groupes aussi denses que ceux-ci, on trouve dans le ciel des amas d'étoiles singuliers qu'involontairement on se prend à supposer rattachées par quelque lien, parce que les étoiles composantes sont comme disposées autour d'un centre, en forme de couronnes presque circulaires, bordées de franges ou de raies linéaires divergeant régulièrement, comme il en serait des positions de nos planètes projetées autour du soleil. Un corps central n'apparaît pas toujours, soit qu'il ne soit pas réellement nécessaire, "soit parce qu'avec une grande masse il peut arriver qu'il n'émette qu'une faible lumière. , . . -

On peut se faire une idée des systèmes de ce genre par les étoiles qui forment quelques nébulosités isolées comme celles déjà décrites ci-dessus; on en rencontre d'innombrables dans la Voie lactée; on les appelle communément groupes d'étoiles.

La structure spirale d'un grand nombre de nébuleuses, et les nébuleuses doubles, tendent aussi à prouver l'existence de forces centrales dans ces masses qui, apparemment, ne sont pas encore solidifiées. Les nébuleuses spirales où beaucoup de petites nébulosités font cortège à une grande à laquelle elles sont jointes par des arcs très-étendus, confirment l'idée de l'existence de nombreux systèmes dans lesquels sont groupés les corps principaux.

Tous ces faits commencent à nous faire entrevoir la solidarité réciproque des corps célestes et leur dépendance d'une loi des forces, identique à celle qui régit notre système

Nul ne peut nier l'importance de ces recherches. Heureusement, l'étude des étoiles doubles est aujourd'hui amplement cultivée, et aux travaux des Herschel et des Struve, de Maedler, Smyth, Dawes, et South, qui nous ont précédés, nous devons ajouter ceux très-remarquables de MM. Dembowski, Duncr, Burnham, Powell, Doberck, etc., dont les uns par l'observation, les autres par le calcul, étendent sans cesse nos connaissances dans ce vaste champ.

Nous regrettons que la nature de cet ouvrage ne nous permette pas d'insister davantage sur un sujet si important qui, à lui seul, suffit non-seulement à remplir les limites de la création, mais encore à prouver que, dans les profondeurs de l'espace, régnent des lois et des forces identiques à celles qui régissent les phénomènes les plus voisins de nous. En établissant cette identité de lois, ces groupes nous présentent une infinité de corps qui nous sont encore inconnus. Ils nous montrent que notre système solaire, avec le cortège de ses nombreuses planètes, comètes, astéroïdes, etc., n'est qu'un point de l'espace infini, associé à des myriades d'autres dont la vie repose partout sur le même principe physique, et qui tous sont régis par les mêmes lois, partout unes, comme le principe qui les a tirées du néant.

Le spectroscope nous a montré l'unité de la matière, et les étoiles doubles l'unité de la force; la géologie nous enseigne les séries immenses des siècles qui ont dû s'écouler pour parvenir à constituer l'état de choses actuel : l'astronomie stellaire nous fait voir l'immensité de l'espace occupé par la création; c'est ce dont nous serons d'autant plus convaincus par l'étude que nous allons faire de la masse stellaire.

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