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CHAPITRE IV

description du ciel. — cartes et catalogues d'Étoiles

La description du ciel peut se faire à l'aide de dessins figurés sur des tableaux, cartes ou globes, ou par la détermination géométrique des coordonnées stellaires.

Le travail le plus célèbre de l'antiquité est celui que fît, en style poétique, Aratus, sur la sphère d'Eudoxe; cette œuvre eut le mérite d'avoir beaucoup de commentateurs, Hipparque principalement, auquel elle inspira une description exacte du ciel, description d'une précision presque astronomique, autant que le comportait son temps. Elle a servi aussi à populariser la science; non-seulement différents poètes, mais Gicéron lui-même, se sont ingéniés à la traduire en vers dans la langue du Latium. La description d'Hipparque nous a été heureusement conservée par Ptolémée sous le titre de Catalogue.

Quant aux tableaux, descriptions figurées, ou globes, nous n'avons des anciens que peu de chose, et encore les conserve-t-on plutôt à titre d'ornement dans les collections, sans en excepter le planisphère de Dendérah et le zodiaque

d'Esné, car ce sont des œuvres très-grossières. Les Arabes et les Chinois s'en sont occupés aussi, mais leurs travaux sont loin d'avoir une importance scientifique. Il est nécessaire pour trouver des travaux de ce genre, dignes d'être signalés, d'arriver aux premiers astronomes de la Renaissance.

Le premier qui fit des cartes célestes avec une précision suffisante, en désignant les étoiles, comme on l'a dit, par les lettres de l'alphabet, fut Bayer; ensuite, vinrent les travaux, de beaucoup supérieurs, de Hévelius, puis ceux de Flamsteed et de Cary. Ces derniers seuls, on peut le dire, servirent au public, bien qu'auparavant des globes monumentaux se trouvassent ensevehs dans quelques bibliothèques. Parmi les atlas célestes, la première place revient à celui de Bode ', beau et grandiose travail, imprimé sur papier de grand format et orné de figures d'un goût artistique exquis; mais, dans cet atlas, les étoiles de faible grandeur disparaissent trop au milieu des ombres des figures. Parmi les travaux moins luxueux et plus économiques sur l'hémisphère boréal et sur tout ce qui se voit dans l'Europe centrale, on estime beaucoup V Uranornetria d'Argelander et V Atlas de Heis. Dans ces derniers ouvrages, les étoiles visibles à l'œil nu sont soigneusement classées suivant leur grandeur et forment une véritable uranométrie, c'est-à-dire une mesure précise de leurs dimensions. Pour les limites des constellations, on a corrigé des erreurs et des confusions assez importantes qui régnaient dans les cartes antiques. Ce qu'il faut louer sans réserve, c'est l'idée d'Argelander et de Heis d'imprimer en rouge les contours des figures, et en noir les étoiles; ces

1. Johannis Bode Uranographia sive astrorum descriptio viginti tabulis œneis incixa ex recentissimis et absolutissimis astronomorum observationibus. — BeroUni, MDCCC, apud auctorem. Il y en a aussi une édition petit format intitulée Vorstellung der Gestime aufxxiy Kupfertafeln, etc., Berlin, 1782.

cartes sont ainsi très-lisibles, surtout la nuit. Citons encore, surtout pour ceux qui ont des recherches moins nombreuses à faire, la grande carte céleste de Dien, qui représente le ciel sur deux cercles qui sont les projections des deux hémisphères avec les pôles au centre et l'équateur sur les bords ; au-dessous est placée une zone séparée qui donne les constellations équatoriales jusqu'au 45" degré de déclinaison australe et boréale, développant ainsi, à une grande échelle, la partie du ciel qui est plus réduite et qui se trouve divisée dans les projections des hémisphères. Dans ces cartes, les figures anciennes sont supprimées, et à leur place on a mis des figures géométriques qui relient entre elles les plus belles étoiles, et quelquefois des constellations. Si cela peut être utile pour les commençants, ce n'est pourtant pas une innovation à recommander, parce qu'on ne peut nier que les différentes parties des anciennes figures n'aident beaucoup à retenir la distinction des étoiles et leurs positions relatives. 11 y a aussi un atlas de Dien qui s'étend à tout le ciel, mais les cartes qui le composent, publiées à différentes époques, ne sont pas toujours homogènes dans le dessin des étoiles.

L'emploi de bonnes cartes célestes est très-important pour beaucoup de recherches, mais surtout pour les étoiles filantes, et le professeur Dorna a fait un atlas qui, projeté sur l'horizon des latitudes boréales moyennes, est très-commode pour cet usage. Dans quelques cartes destinées à l'étude des étoiles météoriques, on a introduit le système de projection gnoinonique, dans laquelle tout grand cercle est représenté par une droite, et, par suite, toute trajectoire des météores est aussi une droite. Il faut espérer que ce système se répandra.

Pour les cartes plus scientifiques et détaillées qui comprennent les étoiles télescopiques, nous signalerons d'abord le

grand atlas d'Harding, in-folio, qui contient toutes les étoiles observées par Lalande ; les cartes dites de Berlin, qui s'étendent de -|- 15" à — 15" de déclinaison et comprennent toutes les étoiles fixes jusqu'à la 9° grandeur, œuvre de différants astronomes ; les cartes écliptiques faites par Hind, à l'Observatoire de M. Bishop; celles de Chacornac, et le grand atlas d'Argelander , qui contient toutes les étoiles jusqu'à la lO*' grandeur depuis le pôle jusqu'à 2° de déclinaison australe, travail immense, accompagné d'un catalogue en trois volumes qui est un très-intéressant répertoire de toutes les étoiles jusqu'à la même grandeur, et est intitulé Bonner Durchmusterung .

En réalité, toutes les cartes modernes sont construites d'après ce qu'on appelle les catalogues.

Un catalogue d'étoiles est une liste sur laquelle elles sont désignées par leur nom, leurs dimensions usuelles, ainsi que par leurs coordonnées précises, leurs variations annuelles et séculaires, et d'autres quantités nécessaires pour calculer exactement leur position. Ces coordonnées, les anciens les rapportaient à l'écliptique pour pouvoir plus facilement transporter leurs positions d'une époque à l'autre. Nos contemporains, au contraire, préfèrent les coordonnées équatoriales en ascension droite et déclinaison (V. le chapitre précédent, page 25), qui sont beaucoup plus commodes.

Les catalogues les plus célèbres sont les suivants :

Catalogue d'Hipparque, fait à Rhodes, l'an 128 avant J. -G. Il nous a été conservé par Ptolémée, réduit par lui à l'an 137 de l'ère vulgaire, avec une précession erronée ; il contient 1025 étoiles. Avec la correction de la précession erronée, il représente l'état du ciel au temps d'Hipparque.

Catalogue d'Ulugh Beigh, fait à Samarcande en 1437.

Catalogue de Tycho Brahé, fait en 1602 à Uranienbourg

et publié une seconde fois par Kepler; il contient 1005 étoiles.

Catalogue de Halley : 341 étoiles australes observées à Sainte-Hélène en 1677.

Catalogue d'Hévelius, fait à Dantzig en 1690; contient 1564 étoiles. C'est le dernier travail fait avec des instruments dépourvus de lunettes, c'est-à-dire seulement au moyen de pinnules, et à l'œil nu.

Ces catalogues ont été récemment publiés de nouveau par la Société astronomique, d'après les documents les plus sûrs.

Ensuite se succèdent des travaux très-nombreux ; nous ne parlerons ici que des principaux, renvoyant pour les autres à l'ouvrage de Chambers, Descriptive Astronomy^ pages 593 et suivantes.

Catalogue de Flamsteed : fait en 1725, réduit à l'année 1690, contient 3310 étoiles.

Catalogues de Lacaille : 1° catalogue pour 1750, contenant 398 étoiles; 2° catalogue de 515 étoiles zodiacales; 3» de 1924 étoiles australes, observées au cap de Bonne-Espérance.

Catalogue de Bradley, fait à Greenwich, réduit à l'année 1760 ; il est considéré comme surpassant en précision tous les précédents, grâce à l'excellence des mstruments et à l'exactitude de l'observateur. Il a été discuté à nouveau par Bessel en 1818, dans les Fundamenta astronomiie ; il contient 389 étoiles ; d'après les observations du même astronome, Bessel l'a porté au nombre de 3222 étoiles.

Catalogue de Lalande, dans son Histoire céleste, contenant 47,390 étoiles. Réduit à l'an 1800 par les soins de la Société britannique.

Catalogue de Piazzi, fait à Païenne, réduit à l'an 1801, contient 6,748 étoiles ; cet ouvrage immortalisa le célèbre astronome italien, c'était le catalogue le plus riche et le

3i ASPECT GÉNÉRAL DU CIEL

mieux adapté à son temps; eu 1814, il eu lit uue seconde édition, beaucoup plus correcte encore, contenant 7,64() étoiles.

Catalogue de la Société astronomique de Londres, publié par Baily en 1826, contient '2,881 étoiles.

Deuxième Catalogue de Pond, fait à Greenwich, contient 4,ll!2 étoiles.

Catalogue d'Argelander, fait à Abo, contient 560 étoiles, œuvre de beaucoup d'autorité, a servi à fixer avec précision les mouvements propres des étoiles.

Catalogue de Rûmker pour 1836, 11,978 étoiles observées à Hambourg.

Catalogue de l'Association britannique ; contient 8,377 étoiles, tiré de différentes sources, Baily en est un des principaux auteurs ; outre les positions, il donne encore les coefficients de réduction des étoiles. Cette œuvre est classique, elle a été réduite pour 1850, et mériterait d'être mise au courant de la science actuelle en profitant des travaux faits dans ce dernier quart de siècle; mais ce serait un travail gigantesque et très-coûteux.

Catalogue d'Airy pour 1849, formé par les observations de 1*2 ans faites à Greenwich, contient 2,156 étoiles; œuvre d'une grande précision, suivie d'autres catalogues pour les 7 et les 3 années suivantes. Travaux hors ligne.

Catalogue des petites étoiles, par Argelander, publié en trois fois, donne les étoiles depuis 2" de déclinaison australe jusqu'au pôle Nord ; contient 324,188 étoiles.

Catalogue de Weiss, fait sur les zones de Bessel de — 15» à -|- 45», publié en deux fois, contient 62,530 étoiles observées à Kœnigsberg.

Catalogue de Groombridge des étoiles circumpolaires, fait en Angleterre, 4,243 étoiles.

Catalogue de Johnson, fait à Oxford, contient 6,317 étoiles. Travail très-exact.

Catalogue de Carrington, fait à Redhill, contient 3,735 circumpolaires.

Catalogue des étoiles des zones de Santini, fait à Padoue, etc., etc.

Nous passons sous silence beaucoup d'autres recueils trèsestimables de nombreuses étoiles, mais ce qui précède suffit pour faire connaître la persévérance et la précision avec lasquelles on fait aujourd'hui de l'astronomie stellaire. Il suffira de dire que, dans les trois premiers quarts de ce siècle, de 1800 à 1875, on compte 52 catalogues qui en moyenne contiennent de 7 à 8 mille étoiles!... et beaucoup d'autres sont en cours de publication. Notre époque laissera certainement à la postérité un exemple admirable pour l'abondance et la précision des travaux qu'elle a produits.

Comme spécimen de ces catalogues, nous donnons d'après le Nautical Almanac de Londres la liste des étoiles fondamentales qui sont le mieux déterminées et qui servent à régler les horloges. Leur position est donnée pour le 0 janvier + 0',227, 1879, méridien de Greenwich. Le zéro janvier 1879 est, pour les astronomes, le midi du 31 décembre de l'année civile précédente 1878, et la fraction de jour est introduite pour réduire la date au commencement de l'année astronomique, correspondant au moment où la longitude moyenne du soleil est de 280".

La première colonne contient les noms vulgaires des constellations, les lettres de Bayer et le nom particulier de l'étoile, si elle en a un; la seconde, la grandeur usuelle; la troisième, l'ascension droite; la quatrième, la variation annuelle de celle-ci par l'effet de la précession , de l'aberration, de la nutation et du mouvement propre; la cin-

quième, la déclinaison, et la sixième, ses vai'iations pour les mêmes causes. Le signe + indique la déclinaison boréale, le signe — la déclinaison australe. Ces positions varient nécessairement de jour en jour de très-petites quantités; si l'on veut toute l'exactitude possible, il faut recourir aux éphémérides.

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