‹ Les étoiles; essai d'astronomie sidérale (volume 2)Chapitre 95 sur 152 · Mo7ith. Not. Astr. Soc. janv. 187-, pag · texte numérisé non relu

Mo7ith. Not. Astr. Soc. janv. 187-, pag

ÉTOILES DOUBLES 6t

mouvement de l'astre ; il en résultera un phénomène semblable à l'aberration de la lumière des planètes dans notre

Fig. 36, — Orbite du triple ? de l'EcrevIsse.

système. Il faut ajouter de plus la perturbation que peuvent exercer sur les étoiles satellites visibles d'autres satellites obscurs invisibles, et sur les étoiles triples et multiples des

astres visibles ; tel est, par exemple, le cas de l'étoile triple ^ de rÉcrevisse, dont nous donnons la figure d'après Struve, C. R., tome LXXIX, p. 1467, où semble réalisée, pour l'étoile la plus éloignée, une perturbation périodique, comme on le voit bien par la forme épicycloïdale de l'orbite.

Nous avons dit que quelques étoiles semblaient entourées d'astres obscurs, comme Algol. Le calcul des mouvements propres a montré que d'autres étoiles subissaient des perturbations dues à des astres invisibles. Les mouvements irréguliers qui se manifestaient dans Sirius et Procyon ont fait supposer que ces étoiles subissaient des perturbations de ce genre. Cette supposition a été pleinement confirmée. On a découvert en effet que Sirius a réellement un satellite difficile à voir, parce qu'il est immergé dans les rayons de l'étoile principale, mais on a pu le trouver et le mesurer avec les puissants télescopes modernes. Suivant les observations faites à Washington, Procyon aurait plus d'un satellite, mais on en conteste aujourd'hui l'existence. Nous avons pu voir celui de Sirius et le mesurer avec M. Struve, mais nous n'avons pu découvrir ceux de Procyon. Les oculaires et peut-être même les yeux des observateurs peuvent donner facilement sur ce point des illusions.

Si nous considérons pour un moment les conséquences physiques de la multiplicité de ces systèmes lumineux et des astres obscurs qui les accompagnent, nous sommes frappés de surprise. Dans un système où l'excentricité est aussi grande que celle de a du Centaure, les planètes doivent être échauffées tantôt par deux soleils très-voisins, tantôt par un soleil très-rapproché et un autre très-éloigné. Qui pourra calculer les transformations de la vie dans de pareilles conditions, si ce n'est la sagesse de Celui qui, avec un trèspetit nombre de moyens, sait obtenir une variété infinie dans

les résultats? Ajoutez à cela que les étoites doubles, trèssouvent, ont des couleurs différentes et complémentaires : l'imagination même d'un poète serait impuissante à nous exprimer les phases d'un jour éclairé par un soleil rouge, avec une nuit illuminée par un soleil vert, d'un jour où deux soleils de différentes couleurs rivaliseraient d'éclat, d'une nuit précédée d'un crépuscule doré, suivie d'une aurore bleue !

Peut-être un jour les colorations stellaires fourniront-elles un moyen de reconnaître les étoiles physiquement doubles ; jusqu'à présent, la question a été très-peu étudiée à ce point de vue.

Voici la liste des couleurs des étoiles doubles observées par Struve :

/ Très-blanches 78

Etoiles dans lesquelles la l ^, , ,.

^ \ Blanches 217

couleur est la même dans s ,,, , . .o

i D un beau jaune .... là

les deux astres. f tt . c

\ Vertes 5

! Blanches 30

Blanches bleues .... 53

Jaunes 13

Bleues o

Jaunes et bleues (belles). 52

Couleurs tout à fait diffé- , .,, a..,.,„„\ ko

I Jaunes et bleues (ternes). 52

^^^^^^^^' ( Vertes et bleues .... 16

D'après Struve, la coloration rouge est rare; elle abonde, d'après Herschel ; la raison de cette divergence d'opinions est bien simple : les lentilles donnent aux objets une teinte légèrement verte, les miroirs les colorent au contraire en rouge. Pourtant les couleurs de certaines étoiles rouges sont si belles qu'elles ne sont pas contestables ; les étoiles bleues

sont en nombre moindre, peut-être en raison du faible pouvoir éclairant des rayons de cette couleur. Il serait important de voir si les astres qui ont des couleurs nettement complémentaires sont tous binaires ; la couleur dans ce cas deviendrait un autre critérium pour reconnaître les étoiles doubles. Pour le moment, on ne peut dire qu'une chose : c'est que le petit nombre d'étoiles ainsi colorées qui figurent sur le catalogue de Struve appartiennent toutes à la catégorie des étoiles physiquement doubles. Ces couleurs sont parfois très-belles, même dans les étoiles très-éloignées, comme par exemple dans Oj et Oj du Cygne et d'autres.

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