‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 107 sur 373 · LE TAUREAU DE PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

LE TAUREAU DE PONIATOWSKI

et pour ouvrir des chemins sans roches et sans épines. Il n'est pas donné à tout le monde d'avoir une lunette et un télescope, et c'est déjà beaucoup d'avoir l'un ou l'autre; car qui s*occupe de sciences, dans les classes sociales même les plus fortunées? Quel est le rentier* quel est le châtelain, quel est l'homme du monde, quelle est la femme du monde, qui ne préfère l'ignorance au savoir? C'est étrange, assurément, mais c'est ainsi. Sur cent personnes qui pourraient facilement s'instruire et s'éclairer dans la connaissance des grands et sublimes problèmes de la nature, quatre-vingWix-neuf préfèrent l'ignorance, l'erreur et les illusions. Les futilités seules les occupent sérieusement et prennent tout leur temps : il ne leur reste pas une minute pour meubler leur esprit. Aussi quels vides incommensurables ! Un siècle de sondages n'en trouverait pas le fond. . . . Mais, pour en revenir aux constellations zénithales, le meilleur moyen de tourner la difficulté, en Tabsoice du télescope, c'est de les observer à la lunette soit avant, soit après leur passage au-dessus de nos têtes.

Nous allons arriver à Ophîuchus, la dernière constellation qu'il nous reste à étudier avant d'atteindre le Zodiaque, et la plus compliquée de toutes. Mais il y a encore une petite figure qui nous arrête : c'est le Taureau de Poniatowski, dessiné entre TAigle et Hercule par Tabbé Poczobut, de Wilna, en 1777, en l'honneur dû roi Stanislas de Pologne, et représenté par Bode comme on l'a vu sur notre fig. 170. Quoique cet aimable ecclésiastique n'ait ajouté cette constellation à la sphère céleste qu'après en avou* demandé et obtenu Tautorisation de l'Académie des Sciences de Paris, je suis d'avis que c'est là une flatterie inutile, xme complication superflue, et que ce que nous avons de mieux à faire aujourd'hui, c'est de prendre une bonne éponge, et d'efiacer cet animal qui reste là depuis cent ans dans la plus singulière position, les pieds sur un serpent et le dos dans la Voie lactée. Supprimons-le donc, en rendant à l'Aigle, à Hercule et à Ophiuchus, les rares étoiles qu'on leur avait empruntées pour le composer. Il n'y a du reste là pas une seule étoile supérieure à la cinquième grandeur, pas une seule double accessible aux instruments de faible puissance, ni une seule nébuleuse en situation d'être présentée à l'illustration populaire.

Faisons maintenant connaissance avec la vaste constellation A'Ophiuchus ou du Serpentaire. La situation et le nom du personnage semblent montrer qu'il n'est là que pour tenir un énorme serpent. Son nom d'Op/iiuc/ius, comme celui de Serpentaire, n'a pas d'autre signification. C'était, du reste, un moyen ingénieux de réunir

i44 LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS

en une même figure toutes les étoiles éparses dans cette région du ciel.

Le meilleur moyen d'entrer en relation avec les étoiles de cette constellation est de mener par la pensée une ligne des trois caractéristiques de r Aigle à Arcturus, ou, dans le cas où il serait couché, à la Perle de la Ck)uronne boréale, étoiles que nous connaissons toutes intimement. Vers le milieu de cette ligne, on remarque deux étoiles assez brillantes : la première, de deuxième grandeur, esta Opbiuchus; la seconde, de troisième grandeur, est a Hercule, avec laquelle nous

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pAnbrès Pig. 173. — Alignement pour trourer a Ophluohiis.

avons déjà fait connaissance. Plus loin, sur le même alignement, on voit aussi l'étoile de deuxième grandeur p Hercule, au-dessous de laquelle, au sud-ouest, brille également y Hercule, de troisième grandeur.

On peut vérifier cet alignement par un autre : « Opbiuchus forme Fangle occidental d'un triangle équilatéral avec Véga et Altalr. D'autre part, elle se trouve à peu près au milieu du chemin, entre Véga et Antarès du Scorpion au sud. Enfin, s'il restait quelque équivoque dans Tesprit du lecteur, le dessin ci-dessus la ferait disparaître facilement. Ajoutons que cette constellation plane au-dessus de nos

OPHIUOHUS OU LE BERPENTAIRB

tètes de juin à octobre, se montrant à l'est en juin, au sud en août et à Touest en octobre.

Une fois qu'on aura trouvé dans le ciel Tétoile a Ophiuchus, on reconnaîtra les autres étoiles de cette constellation à l'aide de notre fig. 174.

Fig. 174. — Principolci élûllcs d OpUiuchuii et du Serpent

Le tableau ci-après présente les principales étoiles qui la composent, avec la comparaison des observations faites depuis deux mille ans. Plusieurs m'ont donné, je Tavouc, un assez grand embarras pour leur identification, et cette comparaison m'a montré que Bayer n'a pas observé lui-môme cette région du ciel, car il est impossible d'admettre qu'elle ait subi depuis son époque tous les changements qui en résulteraient. Il y a surtout un groupe d'étoiles qui pourrait nous remplir de perplexité : c'est celui des étoiles 6, Ç, o, ir. A, 6 et c de la carte de Baver. La diflFérencA ost tp.llft mi'nn n'imflcrînArm'f nns mi'il

LA CONSTELLATION DOPHIUCHUS

8*agîsse là du môme canton de la sphère céleste. Du reste, déjà, à Paris, il nous est assez difficile de bien observer cette région, car elle ne s*élève qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon du sud, et pendant la courte durée de son apparition (août), le crépuscule, le clair de lune, les brumes ou les nuages, réduisent de beaucoup les heures d'observation. Bayer a eu les mêmes difficultés à Augsbourg. (Mais tout en concluant qu'il n'a pas vérifié personnellement ce groupe, cela ne prouve en rien qu'il n'ait pas observé toutes les autres constellations faciles à vérifier pour la latitude qu'il habitait.)

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D*OPHIUCHUS DEUX lULLB ANS D*0B8ERVATI0N

OILBS

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Si

P. ivii, 99

Je reproduis ici, comme document instructif, quatre dessins de ce groupe, qui montrent quelles incohérences existent encore aujourd'hui dans les cartes astronomiques et quelles difficultés s'opposent parfois à la sûreté des identifications (c'est ce qui amène souvent des longueurs inattendues et des retards désespérants dans des travaux de la nature de celui-ci). Le premier de ces dessins est celui de Bayer

Flf. t75. — VariatioDa (Uni iM cartM oélattot.

(1603), le second, celui de l'atlas de Flamsteed (1753), le troisième, celui de l'atlas de Bode (1800); le quatrième représente l'état réel actuel du ciel. Cette comparaison montre que le groupe de Bayer n'existe pas. Et il n'a jamais existé, car dès le dixième siècle de notre ère, l'astronome persanÂld-al-Rahman al-Sûfi décrivant le ciel d'après ses propres observations, signale ces étoiles dans Tordre suivant :

« La 12* (i|) se trouve sur le genou droit; c'est une brillante étoile de la 3* grandeur, située au bord occidental de la petite branche de la Voie lactée. La 13* {l) se trouve au-dessous, vers le sud : elle est des moindres de la 4* grandeur. La 14* (A) est la précédente des quatre étoiles gui se trouvent dans la jambe droite, c'est aussi une petite de la 4* grandeur. La 15* (6) suit immédiatement; c'est une brillante de la 4*. La 16* (6) incline un peu vers le nord ; elle est des moindres de la 5*. La 17* (c) la suit de très près et est des moindres de la 5*. Ces quatre étoiles sont dans la jambe droite. La 18* (58) suit ces quatre étoiles immédiatement, inclinant un peu vers le nord; elle est aussi des moindres de la cinquième. »

Cette description correspond encore à peu près à l'état actuel du ciel. Une légère différence provient du mouvement propre de A qui emporte rapidement cette étoile vers le sud-sud-ouest en l'éloignant de 0; mais depuis le temps de Sùfi, depuis 920 ans, le déplacement n'a été que de 19'28'' ou de moins d'un tiers de degré.

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