‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 108 sur 373 · OPIIIUCHUS. — L'ÉTOILE TEMPORAIRE DE · texte numérisé non relu

OPIIIUCHUS. — L'ÉTOILE TEMPORAIRE DE

L'étoile w de Bayer n'existe pas et n'a jamais existé. Cette lettre doit donc être effacée de la constellation. Cependant on la voit encore sur beaucoup de catalogues et de cartes modernes. L'étoile o de Bayer n'existe pàs davantage. On a donné cette lettre à l'étoile du n* 67 de Flamsteed, située dans le groupe que l'on voit à gauche de y; c'est encore là une équivoque nuisible. L'étoile appelée depuis 0 ne correspond pas à la position de celle qui porte cette lettre sur Tatlas de Bayer. Celui-ci a pris dans le catalogue de Tycho-Brahé plusieurs étoiles qui étaient marquées comme ayant une latitude boréale, tandis qu'elles en avaient une australe. L'étoile C a été appelée p par Flamsteed, 0 par Bode, et les astronomes suivants ont tout simplement supprimé la lettre pour couper court à tout embarras, sans paraître s'apercevoir que loin de le diminuer, ce procédé l'augmentait encore.

Au milieu d'une telle confusion, dont on pourrait trouver plusieurs exemples en d'autres points de cette constellation, il est difficile de décider sur la variabilité de ces étoiles. Ainsi, 6 paraît variable si l'on compare Hévélius (1660) à Bayer (1603) et à Tycho (1590); mais sur l'atlas d'Hévélius, il y a là la même incertitude que sur les autres. L'étoile (/. paraît varier de 4 à 5 1/2; elle est à peine plus brillante en ce moment (août 1880) que sa voisine p, xvii, 99, qui varie sans doute aussi elle-même. L'étoile l paraît diminuer d'éclat. L'étoile X a été vue de 4* par Tycho; de 5* par Sùfi, Ulugh Beigh, Piazzi ; de G* par Flamsteed, Argelander, Heis; elle est actuellement de 4,7. L'étoile 36 A varie de 4 à 6. L'étoile 45 d n'a été notée que de sixième par Flamsteed et surpasse aujourd'hui la cinquième. Enfin l'étoile 71 a diminué d'éclat jusqu'à devenir invisible à Fœil nu.

Deux étoiles temporaires ont brillé, en IGOi et 1848, dans cette constellation d'Ophiuchus. La première a été observée par Fabricius, et par Kepler qui écrivit un ouvrage entier sur elle : De stellâ nova in pede Serpentsirii. Comme la fameuse étoile de 1572 dont nous avons rapporté l'histoire en décrivant la constellation de Cassiopée, elle surpassait, le jour de son apparition (10 octobre 1604), les étoiles de première grandeur et Jupiter lui-même, atteignant presque l'éclat de Vénus. Sa scintillation était d une vivacité extraordinaire. En janvier 1605, elle était encore plus brillante que Antarès, mais un peu inférieure à Arcturus. Elle descendit à la deuxième grandeur en février, à la troisième en mars, puis l'observation devint impossible, cette région du ciel disparaissant alors au-dessous de l'horizon. Lorsqu'on la rechercha six mois plus tard, elle avait disparu pour l'œil nu; il était d'ailleurs impossible de la suivre au delà de la vision

0PHIUCHU8. — L*ËTOILE TEMPORAIRE DE 1604

naturelle, les lunettes n'ayant été inventées que quatre ans plus tard. Elle a dû tomber progressivement à la neuvième grandeur au moins, car on n'a jamais revu en ce point du ciel aucune étoile supérieure à ce faible éclat : notre fig. 176 représente la marche la plus probable de cette curieuse diminution de lumière. Sa position n'a pas été déterminée avec autant de précision que celle de l'étoile de 1572; le lieu le plus sûr est situé par 17"* 23" d'ascension droite et 21* 22' de déclinaison australe, entre les étoiles i et 58, et justement près du groupe perplexe dont nous parlions tout à l'heure (voy. notre fig. 174). On ne voit là en ce moment aucune étoile supérieure à la 9* grandeur (16872 du Catalogue d'Œltzen). Ceux d'entre nos lecteurs qui aiment

Fig. 176. - Variation d'éclat de l'étoile temporaire de 1604.

le ciel et qui ont une assez bonne lunette en leur possession seraient bien inspirés de la diriger de temps en temps vers ce point : ils pourraient assister à la résurrection de cet astre et attacher leur nom à une découverte intéressante.

Non loin de là, entre u et C, ou, plus exactement, entre u et 20 voy. notre fig. 174), une étoile de quatrième grandeur et demie fut observée par l'astronome anglais Hind le 28 avril 1848. On la. vit à l'œil nu jusqu'au 1 1 mai; puis elle tomba au-dessous de la sixième grandeur; au mois de juillet elle atteignait la septième; au mois de juin 1 849 on l'observa de dixième, et depuis 1 850 on la voit de onzième. Elle se trouve 4 16^ 52" et 12* 42'. Intéressante à rechercher, comme la précédente.

Cette constellation renferme trois autres étoiles variables, R, S et T; mais elles ne sont jamais visibles à l'œil nu et ne peuvent être trouvées qu'à l'aide d'instruments montés en équatoriaux.

Il importe maintenant de signaler ici plusieurs systèmes multiples

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t50 CURIEUX BYSTËMB STELLAIRB DANS OPUIUCUUS

extrêmement curieux et dignesdefixerrattention dupldlosophe comme celle de l'astronome. Regardez Tétoile A, l'occidentale de ce même groupe dont nous parlions ; pointez une lunette sur elle, vous la verrez double, accompagnée d'une étoile de 6* grandeur, écartée à 4^ 3. (L*étoile A varie de la quatrième à la sixième grandeur, ce qui fait que parfois les deux étoiles sont égales : ainsi les ai-je observées en 1877.) C'est là un couple fort curieux ; il est emporté dans l'espace par un mouvement propre rapide de r,27 par an, ou de 127^ par siècle, dirigé vers le sud-sud-ouest; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'une étoile voisine, de septième grandeur, située à 14' de distance (presque la moitié du diamètre apparent de la lune), est emportée dans l'espace par le même mouvement, de sorte que nous avons là un système êtellaire formé d'un soleil double et d'un soleil simple, qui sont en réalité extrêmement éloignés l'un de l'autre, sûrement à des milliards de lieues.

Par une bizarrerie assez malheureuse, la limite des deux constellations d'Ophiuchus et du Scorpion passe juste entre ces deux étoiles, pourtant si voisines dans le ciel, et, tandis que la première, la double^ porte la lettre À d'Ophiuchus, la seconde, celle de septième grandeur, porte le n* 30 de la constellation du Scorpion.

Il y a, près du couple A Ophiuchus, une étoile double très écartée ; je l'ai observée avec soin pour savoir si elle ferait aussi partie du système ; elle ne partage pas le mouvement propre rapide dont nous avons parlé, et par conséquent c'est là une étrangère que les hasards seuls de la perspective ont placée là.

On distingue aussi, entre A Ophiuchus et 30 Scorpion, une minuscule étoile de douzième grandeur, que j'ai examinée dans le même but. La comparaison des observations que j'ai faites en 1877 avec celles de l'amiral Smyth en 1835 semble montrer que cette petite étoile n'est pas perdue dans le fond de l'infini, comme l'apparence l'indiquerait, mais qu'elle est emportée dans l'espace par le môme mouvement propre , de sorte que nous aurions là un système stellaire composé de quatre étoiles.

Notre fig. 177 montre l'aspect de ce groupe d'étoiles et la direction certaine des deux principales, A Ophiuchus et 30 Scorpion.

Depuis la première mesure précise, qui date de 1822, le compagnon de A a tourné de 125 degrés, en se rapprochant de A et en décrivant une ligne droite. Il n'est pas certain qu'il accomplisse une révolution complète, et nous pourrions avoir là un cas analogue à celui de la 61* du Cygne. S'il y avait là une orbite régulière, la période

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