‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 163 sur 373 · AU · texte numérisé non relu

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Fig. 26'^ — Étoiles principales de la constellation de la Vierge.

colorées d'un rouge sang. Elle est plus curieuse encore que fi de CJéphée, qui appartient au troisième type, et c'est Tune des plus brillantes du quatrième type ; il me semble mâme que c'est la plus brillante du ciel entier, car nous n'en connaissons aucune dont l'éclat

surpasse la cinquième grandeur ; c'est l'une des rares que l'on puisse voir à l'œil nu. Ce spectre étrange paraît un mélange des aspects 6, 7 et 8 de notre planche générale des spectres, et montre des colonnades sur lesquelles la lumière est plus vive du côté du violet, tandis que dans le troisième type elle est plus vive du côté du rouge ; il semble que l'un des deur spectres soit le négatif de Tautre. On y reconnaît le caractère des composés du carbone, probablement des oxydes gazeux, ce qui indiquerait des soleils à température relativement basse.

L'étoile 82 m ou l'étoile 25396, toutes deux aujourd'hui de sixième grandeur, ont changé d'éclat Tune ou l'autre, car Ptolémée rapporte qu'une étoile placée là (n* 18 de Ptolémée, Sûfi et Ulugh Beigh) était de quatrième ordre. Sûfi, en la vérifiant, déclare qu'elle est beaucoup plus petite que dans VAlmageste, et des moindres de la cinquième.

n y a ici une difflculté inextricable dans les auteurs anciens. Ptolémée, Sûâ et Ulugh Beigh appellent les étoiles l et h [fig. 262) c la boréale et l'australe du côlé occidealal du quadrilatère w à l'est de VÉ^L Puis ils décrivent « la boréale et Taustralo du côté oriental de ce même quadrilatère >. La première étoile de ces deui-d est m ou 25396; la seconde paraît être 25086, Maia dans ce cas il n'y a pas de quadrilatère, car I, A et 25086 sont en ligne droite : c'est un triangle. Si les anciens ont su ce qu'ils disaient (et c'est probable), il faut ou que Tétoile 25086 âe soit déplacée de Test k Touest, et qu'en plus elle ait diminué d'éclat, ou que la quatrième étoile de ce quadrilatère ait disparu du ciel. Nous savons déjà, d'autre part, que Fétoile 25086 est variable : le 6 juin 1866, Schmidt Ta trouvée parfaitement visible à Tœil nu 15^4) et plus brUlante que sa voisine 68 *; puis sa lumière décrut lentement; en 1872, Gould Testima à 5,7 et, en 1873, à 6,3, — Intéressante à suivre, — Onoi qu'il en soit, un changemeni est arrivé depuis deux mille am dans celle région du deL

L'étoile 78 o a augmenté d'une grandeur. Il en ost de même de rétoile 89.

L'étoile 86 n'est pas n, comme Flamsteed et d'autres astronomes l'écrivent. Elle paraît varier de 5* à 6* |.

96, actuellement invisible à Toeil nu, est quelquefois visible.

97 (= P. XIV, 11) est descendue de la 6* à la 8* grandeur de 1796 o 1810, pendant les observations de Piazzi.

109 oscille au moins d'une grandeur entière.

P. XII, 142, au nord de y, varie de 4* J à 7*.

Enfin l'étoile Lai. 23228, actuellement de 6* grandeur, n'a pas été observée par Piazzi; mais elle a été notée de 5'| par Lalande en 1798, de 7* par le même en 1795, de 8* par Steinheil.

Le groupe d'étoiles situé au sud de TEpi a subi certaines modifications ciu*ieuses qui réclament une analyse détaillée.

rig.S63.— QoiutalUtloiis aodUumles. — Ia Vierge. — L.a Balanœ,

▲STUO^OMIK. — SUPPLÉMENT. 47

On a publié dans les traités d'astronomie et dans les recueils astronomiques des « listes d'étoiles disparues » qui ne sont pas fondées sur une discussion suffisante, et dont la plupart des étoiles n'ont jamais existé. Une erreur d*observation, de lecture ou de réduction suffit pour faire insérer dans un catalogue et par suite sur im atlas un astre dans une position erronée : toutes les fois que nous ne retrouvons plus au ciel une étoile, l'explication la plus simple est d'abord de supposer une erreur, et nous devons tout au moins remonter à deux observations originales avant d'être disposés à admettre une disparition. C'est un événement fort grave, en effet, que l'extinction d'un soleil, et nous ne devons l'admettre que lorsqu'elle est établie sur des témoignages suffisants. Cependant, malgré la sévérité si légitime que nous devons apporter dans ces discussions, malgré la peine que peut nous causer la mort d'un soleil et d*un système de mondes, il ne faudrait pas pousser les conséquences à leur dernière rigueur ni vouloir, de parti pris, n'admettre que des erreurs partout où des changements se manifestent entre l'état actuel du ciel et les aspects anciennement observés : ce serait là un autre excès, qui stériliserait toutes nos recherches.

Ces réflexions nous sont inspirées ici par l'état actuel du ciel aux environs de l'Épi de la Vierge, comparé au même état observé il y deux et trois siècles, et par les différentes représentations que les Atlas célestes en donnent. Voici, par exemple (Afig. 264), *la carte du grand Atlas de Flamsteed sur cette région : avec la meilleure volonté du monde, il est absolument impossible de reconnaître le ciel dans le groupe des six étoiles qui dessinent une courbe irrégulière à l'ouest d'Alpha. 1* L'étoile 52, de 6* grandeur dans Flamsteed, n'existe pas et n'a jamais existé; 2* l'étoile 58 se trouve au-dessous et non pas au-dessus du prolongement d'une ligne menée de 50 ù 56 ; 3* la lettre g annexée au n* 49 n'appartient pas à cette étoile, mais à une autre située au-dessus du n* 50, dans la direction de 6, et qui n'existe pas sur l'Atlas de Flamsteed. Voilà plus de divergences qu*il n'en faut pour dérouter le chercheur, et l'on doit certainement attribuer à ces négligences quelques-unes des causes qui ont empêché jusqu'à ce jour l'astronomie de devenir vraiment populaire. De telles difficultés rebutent les commençants, et ils ne vont pas plus loin. Comparez à la carte de Flamsteed celle d'Argelander {B, fig. 264) et cherchez quel rapport elles ont entre elles : croirait-on qu'il s'agisse la du même point du ciel ? On voit, d'après cette dernière carte, qu'il n'y a pas d'étoile de sixième grandeur entre « et 49; que l'étoile g

est visible entre 49 et 0; qu*il y a une étoile visible au-dessous de 4», tandis qu'il n'y en a pas au-dessus ; que trois étoiles se montrent vers ft, et non pas cinq (l'étoile marquée au-dessous de h n'a jamais existé)!; que l'étoile 54 est invisible à l'œil nu ; etc.

Mais, comme nous le disions tout à l'heure, ces divergences sontelles entièrement dues à des erreurs, et devons-nous nous refuser à admettre des changements réels survenus dans le ciel? L'observation directe de la nature nous conduit à une conclusion contraire et nous prouve l'existence de tels changements. Comme il s'agit surtout ici d'étoiles situées à la limite de la perceptibilité, aidons-nous d'une

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Fig. 264. — Variations dans let cartes célestes*

jumelle et pointons sur une carte toutes les étoiles jusqu'à la septième grandeur inclusivement : nous obtenons la petite carte C de la même figure, qui met en évidence plusieurs faits assez curieux. La discussion complète de cette région conduit aux déductions suivantes :

!• L'étoile 52 de Flamstecd n'existe pas — comme le prouvent d'autre parties manuscrits mômes de Grcenwich.

2' L'étoile g de Bayer, absente de Tatlas de Flamsteed, existe réellement et est visible à Fœil nu, de 6* grandeur au moins. — Elle a été observée par l'astronome anglais en 1693 et en 1712 (c'est le n* 1805 de son catalogue); mais elle a été omise sur l'atlas ; les astronomes (Baily, Argelander, etc.), qui ont conclu que l'étoile de Bayer n'existait pas, se sont trompes.

3» L'étoile 50 est à la limite de la visibilité (=6,3). Comme Bayer Ta fort bien vue et la marquée de 5% tandis qu'en 1839 Argelander la distinguait à peine dans une jumelle, et que Lalandc, Harding, Bossel la font de 7* grandeur, elle QSi variable, probablement do 5* j à T. Sa couleur est rougeâtro.

4* Uétoile 49 est également variable. Dans les Mémoires de l'Académie, de 1709t Maraldi rapporte que f Tétoile de sixième grandeur, la plus méridionale des deux marquées par Bayer au-dessous de la main australe de la Vierge, ne s'apercevait plus, tandis que la septentrionale, marquée de cinquième grandeur, était restée dans le même état. • Elle est actuellement plus brillante que 50, et de S*?. Sa couleur est rougeâtre, comme celle de sa voisine. — Hévélius n'a observé qu'une étoile : il est difficile de dire laquelle des deux.

&» L'étoile 63 est quelquefois aussi brillante que l'étoile 61, c'est-à-dire de 5* grandeur (elle est même plus brillante dans Bayer); mais elle est plus souvent de sixième, et elle disparaît parfois à la vue, car Hévélius, en 1660, ne l'a pas observée, tandis que, dès le x* siècle, Sûfi la signale comme formant avec sa voisine 63 une étoile double de cinquième grandeur.

6* L'étoile 69 est quelquefois de 6* grandeur, presque aussi faible que l'étoile 75; quelquefois de 5* 7, quelquefois de 5% et même fort brillante.

7*" L'étoile 39, au-deesus de ^, de 6* dans Flamsteed, est de 7* dans Harding; Lalande l'a vue deux fois de ?• et une fois de 8« ; elle est actuellement de ?• {.

8* A l'est de <, une étoile ordinairement visible à l'œil nu (Lai. 25086), descend quelquefois à 7* et disparaît, et s'élève parfois à 5*|, sm*passant en éclat sa voisine.

9* Flamsteed a observé, le 24 avril 1712, une étoile de 8* grandeur (1829) située entre « et 0, qui n'est pas gravée sur son atlas; Lalande a observé cette étoile le 5 mai 1795 et Ta inscrite de T | (24661); Harding l'a marquée de 8«; sur le grand atlas austral de Gould, elle est dessinée de 6*, mais est absente du catalogue.

Cet exemple suffit pour nous édifier. Il y a dans cet ensemble plusieurs variations réelles absolument incontestables, et en vérité elles sont si nombreuses, nous en rencontrons si souvent d'analogues dans rétendue entière du ciel, que nous pouvons bien ne pas être sans crainte sur le sort réservé à notre propre soleil et, comme conséquence, sur les destinées de la vie terrestre et de notre propre humanité. Sans amener Textinction totale de la vie, de pareilles transformations solaires entraîneraient sans contredit des événements d'une certaine importance dans la santé générale de l'humanité, dans les conditions de son alimentation, dans les climats et dans l'histoire naturelle des différents peuples. Le moindre de ces changements suffirait pour arrêter net toutes les discussions politiques ( *) .

(') L'histoire du ciel nous garde encore bien des surprises pour l'avenir. Que de petites difficultés restent inexpliquées dans la discussion des meilleures observations! Ainsi, par exemple, 1*10* à l'est et 8' au nord de l'étoile 109, de 4* grand. \, il y a une étoile de 7* à 8* grandeur (Lai. 26936 = P. XIV, 180) qui a offert à Piazzi une bizarre oscillation en ascension droite. En 1798 et 1813 elle était plus à l'ouest qu'en id09, et elle a marché régulièrement vers Test de 1798 à 1809, pour revenir graduellement vers l'ouest de 1809 à 1813. La différence des extrêmes s'est élevée à 12'. Lalande a fait deux observations de cette étoile : le 24 mai 1797 et le 27 avril 1798 ; à la seconde date, l'observation donne pour la position de l'étoile près d'une seconde (0«,89) de moins qu'à la première, ce qui correspond à la date du minimum de Piazzi. N'y a-t-il là qu'un effet d'erreurs instrumentales?

GIIÂNGEMENTS ARRIVÉS DANS lA VIERGE 373

Voici maintenant un fait particulièrement curieux et jusqu a présent unique dans l'histoire de Tastronomie : c'est le cas d'une étoile que les anciens nommaient étoile double « diplos d, qui était réellement double autrefois, et qui ne Test plus aujourd'hui. Ceux qui comprennent le plaisir de l'étude de la nature sentiront leur cœur battre en contemplant ce mouvement séculaire, comme le mien vient de le faire en trouvant l'explication du mystère.

Ptolémée signale au-dessous de la Vierge'les trois étoiles suivantes :

!• L'occidentale des trois en ligne droite sous TÉpi. 6» 177»10' TW

i* Celle du milieu, qui est double 5« 178.10 8.20

3» L'orientale des trois 6» 185. 0 7.50

La description et la position de la première correspondent à Fétoile 53, et celles de la seconde à Tétoile 63. La description de la troisième correspond à rétoile 73, mais la position se rapporte plutôt à l'étoile 89. Il y a, du reste, pour cette troisième étoile , deux versions dans les éditions de VAlmageste, U est probable qu'anciennement on a observé 73 et 89, et qu'ensuite 73 étant devenue moins brillante, on n'a plus observé que 89.

En effet, Sûfl écrit au dixième siècle : « La première de ces trois étoiles est la précédente des deux situées au sud de TÉpi, à quatre coudées de distance; la deuxième suit à une coudée vers le sud-est : elle est double; la troisième suit, mais de très loin, à cinq coudées. Ptolémée dit que ces trois étoiles sont en ligne droite ; il n'en est pas ainsi, car la double se trouve au sud des deux autres. Il 7 a au-dessus de l'éloile double une étoile à une coudée de distance, et audessous aussi une étoile à une coudée. » La description comme les positions de Sûfi correspondent exactement aux étoiles 53, 63, 89 , ainsi qu'aux étoiles 69 et 55-57 vues comme étoiles simples. — Comparer à l'aide de notre fig. 262.

Ulugh Beigh signale de môme ces étoiles :

GrandMT. Uafilnd*. UUludt.

^ La précédente des trois SOUS Slmak 6* 196» V 8» 0'

%^ CeDe du milieu, qui est double 5* 197.19 8.36

3» La suivante des trois 6» 204.10 7.42

Ces trois étoiles sont certainement 53, 63 et 89.

Ulugh Beigh est le dernier astronome qui parle de l'étoile 63 conune étoile double. Tycho-Brahé, qui fait la môme description cent soixante ans après, a supprimé cette désignation ancienne, et désormais cette étoile est considérée comme simple et comme ne répondant pas à la qualification de nos aïeux.

Eh bien 1 et c'est là Tévénement intéressant pour Thistorien du ciel, Tétoile 61 était anciennement voisine deTétoileôS, et elle formait avec elle une étoile double visible à lœil nu^ comme Mizar et Alcor, comme v* et v' du Sagittaire, comme a* et «' du Capricorne. Mais elle a depuis abandonné sa compagne, et elle s'enfuit d*un vol rapide vers le sud-ouest, s'éloignant chaque siècle de Tastre auquel elle était

anciennement associée. Actuellement (1880), son éloignement est de 1* 14'; il y a deux mille ans, la distance des deux étoiles n'était que de 40'.

En effet, tandis que l'étoile 63 demeure relativement fixe dans l'espace, Tétoile 61 est animée d'un mouvement propre très rapide, qui s'élève à — 0*, 075 en ascension droite et à + 1', 04 en distance polaire, ce qui donne pour mille ans 75 secondes de temps, d'une part, et 1040 secondes d'arc, d'autre part : soit pour deux mille ans, 150 secondes (2"* 30*) et 2080^ (34' 40^0 . La direction de ce mouvement tend précisément à éloigner presque en ligne droite la seconde étoile de la première, dans un vol rapide pointant au sud de l'étoile 54 et, plus loin, vers l'étoile p de l'Hydre.

Notre petit diagramme {fig. 265) représente ce mouvement rapide, tracé pour une période de dix mille ans. En supposant les autres

étoiles relativement fixes pour cette période (qui n'est pas longue dans l'histoire sidérale), on voit que notre étoile passera dans trois mille ans au sud-est de l'étoile 54, et, dans cinq njille, à l'ouest des étoiles 57 et 55, composant avec elles une sorte d'étoile triple. Il y a 2500 ans, elle a constitué avec Tétoile 63 Vétoile double observée par les astronomes égyptiens et grecs; il y a cinq mille ans, elle est passée vers l'étoile 24861 Lalande, et il y a 7400 ans, si l'étoile 69 ne s'est pas déplacée elle-même, les deux étoiles se sont trouvées l'une devant l'autre. Si le ciel avait été suffisamment observé par nos aïeux, nous aurions dans ces constatations de rencontres célestes les meilleures vérifications des dates historiques : le ciel est le juge le plus sur que nous puissions invoquer même pour les choses de la terre. Les antiquités fabuleuses dont certains peuples se sont prévalus dans tous les âges ne comportent pas ces vérifications authentiques : toutes les fois qu'on nous vante pour l'histoire d'une littérature, d'un art ou d'une science antique, un âge extraordinaire, réclamons, s'il se peut, quelque trace d'événement astronomique qui puisse contrôler

Fig. ^. ^ Mouvement propre de Tétoile 61 Vierge.

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