‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 164 sur 373 · INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DU CIEL · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DU CIEL

les faits; c*est encore là le témoignage le plus sûr qui puisse nous être donné d'une date invérifiable.

Quoi qu'il en soit, l'étoile 61 Vierge est remarquable par ce déplacement rapide, qui eût confondu Aristote et toute son école; elle nous rappelle par cet intérêt et par son nom la 61* du Cygne qui vogue plus rapidement encore (uoy.p. 201); de plus, c'est jusqu'à présent le seul exemple que nous ayons (Vun mouvement propre constat table sur des observations faites à Vœil nu, et cet exemple, nous le devons aux obstacles, aux incohérences, aux difficultés qui arrêtent à chaque pas la rédaction de ce « Supplément de l'Astronomie populaire », que l'auteur aurait aimé voir se dérouler calme, facile, rapide, et qui, sans contredit, a déjà aussi plus d'une fois mis à l'épreuve la patience studieuse de ses nombreux lecteurs... Qu'il me soit permis à ce propos, de manifester mon étonnement de voir trente mille amis de la science me suivre dans cette étude technique et non amusante du grand et sublime univers; je l'avoue bien sincèrement : je ne pensais pas, et nul n'espérait, qu'il y eût en Europe trente mille intelligences vraiment prêtes à faire conaaissance avec le ciel, vraiment disposées à s'instruire sérieusement (*)

Cette belle constellation de la Vierge ofï're, comme on le voit, sur notre chemin des spectacles variés* Mais nous sommes encore loin d'avoir scruté toutes ses richesses. Déjà nous avons reconnu dans plusieurs de ses étoiles des variations d'éclat plus ou moins étendues. L'observation attentive du ciel a mis en évidence des variations périodiques régulières^ dont le nombre va en s'accroissant chaque année. Voici celles qui sont actuellement connues et suivies :

R, qui varie de 6 i/2 à 11 en 145 jours : on la distingue parfois à Voeil nu, à droite

ded'; le dernier maximum a eu lieu le 9 septembre 1880. 8, qui varie de51/2à 12 1/2 en 373 jours; au-dessous de l; son dernier maximum a

eu lieu le 8 octobre 1880. Scintillation remarquable : élancements rougeâtres. T, qui varie de 8s2 à 13«,5; mais elle n'est jamais visible à l'œil nu. U, qui varie de ';«,8 à 12«,6, en 212 jours; toujours télescopique aussi. V, de 8* à 13* en 252 jours; invisible à l'œil nu. W, de 8« i à 10«, en 17 jours.

X, de 7* h {{•; période indéterminée.

(') Depuis son apparition en décembre 1879, V Astronomie populaire d^ été imprimée à cinquante mille exemplaires, et ce Supplément, en cours de publication, compte déjà trente mille souscripteurs. Que l'on vienne prétendre maintenant que nous vivons à une époque de décadence ! Jamais, depuis le commencement du monde, on n'a apprécié, compris, désiré la science comme aiyourd'hui. On s*aperçoit enfin que nous n'existons intellectuellement que par elle, et que, hommes ou femmes, il n'y a que les êtres instruits qui existent réellement; les autres, fussent-ils millionnaires, marquis, ducs, princes ou rois, n'étant rien autre chose que des nullités, — Nous parlons ici de la valeur inlellectuelle : la valeur morale a, elle aussi, son importance dans l'humanité. Mais le temps des apparences et des titres extérieurs est passé.

L'alphabet sera bientôt épuisé, et il le serait si nous ajoutions à ces étoiles celles que nous avons remarquées tout à Theure, telles que P. XII, 142 (qui pourrait être Y), Lai. 25086 (qui pourrait être Z), 68 i, 86, etc.

C'est un champ bien fertile que cet espace qui s'étend dans le ciel à partir de TÉpi de la Vierge, au sud, et jusque dans la Chevelure de Bérénice, au nord, et il n'est pas étonnant que nous y surprenions des variations plus ou moins étranges, des mouvements et des métamor-

Fig. 266. - Champ de nébuleuses dans la Vierge.

phoses dont l'étude est loin d*être complète. C'est la région du ciel la plus riche en nébuleuses : il y en a là plus de cinq cents ! Semence des mondes futurs, germes des univers à venir, gelée féconde qui semble trembler suspendue dans l'océan éthéré ! Examinez un instant notre petite carte spéciale (fig. 266), sur laquelle ne sont encore dessinées que les nébuleuses principales existant dans un pentagone circonscrit par les étoiles e, î, c, ic, o et 6 Chevelure, et décidez vousmêmes de rimpression produite par cet aspect. Le nombre des

CIIAMP DE NÉBULEUSES 9T7

nébuleuses éclipse celui des étoiles ! Que de questions se lèvent en présence de cette richesse ! Chacune de ces taches laiteuses est-elle vraiment un système solaire en création? Sont-elles perdues au fond de rinfîniy à une distance incommensurable au delà des étoiles? Sont-elles mélangées avec les soleils qui trônent dans cette étendue? Seraient-elles plus proches de nous que les étoiles?... Comment songer à ces grandeurs — grandeurs dans Tespaceet grandeurs dans le temps — sans se sentir transporté, loin de notre boule errante, dans les mystères de Tinfini et de Téterm'té f

Dirigez une lunette à large champ vers cette mine céleste, et, au hasard, vous ne tarderez pas à rencontrer Tune de ces pâles nébuleuses et à voyager dans une contrée qui n*est pas moins intéressante que la Voie lactée elle-même, quoiqu'elle en forme un système pour ainsi dire contraire, à angle droit sur le premier, s*élevant, par la Chevelure, les Chiens de Chasse et la Grande Ourse, jusqu'au pôle et au delà. Pointez, par exemple, au nord de Tétoile p, de cinquième grandeur, vous trouverez là plusieurs nébuleuses , dont une belle double (M.60)(/îg. 267). Les deux noyaux sont sphériques et mesurent, celui de rouest95^ celui de Test 120* de diamètre; la distance entre les deux centres est de 9 secondes de temps. Ces deux noyaux tournent-Us Tun autour de l'autre? Probablement.

Mais les observations ne suffisent pas encore pour décider.

Sept minutes avant, presque sur le même parallèle (18' au sud) passe une nébuleuse elliptique double bien curieuse : elegantis- 8imum et permirum pheenome^ non, dit D'Arrest. C'est H. IV, -s-

8 et 9. Les deux se touchent et Flg.267.-NôlîttleuaeM.60.H.270etM.59, 1 J 0/4 ' OM dans 1» vierge.

occupent un espace de 2'| a 3 1

d'étendue. Groupe vraiment remarquable. Au nord on voit trembler dans l'éther une autre nébuleuse plus belle encore : M. 58, précédée par une étoile de 7* grandeur. La nébuleuse double paraît animée d'un mouvement propre vers l'est.

Il y a là dans le ciel un district véritablement merveilleux. Par une nuit de printemps, sans clair de lune et sans brunes, cherchez à reconnaître les richesses nébuleuses signalées sur notre ^gf. 266. Les

systèmes de premier ordre vous apparaîtront d'abord, ceux que Messier découvrait il y a plus d'un siècle : M. 84-86-87-88-89-90 et 91, sans compter les moins brillantes révélées ensuite par les télescopes des Herschel. La première est ronde et mesure 3' de diamètre ; la deuxième mesure près de 4' et brille comme une étoile de 9* grandeur; la troisième offre plus de 4' de diamètre et est couronnée, à 6' au nord, par une étoile de 8* grandeur; la nébuleuse M. 88 est elliptique, fort allongée, mesurant T (presque le quart du diamètre lunaire) de longueur, sur W de largeur; M. 87 est petite, ronde et brillante; M. 90 est elliptique, atteignant 7' de longueur sur S' de largeur et attachée à une étoile de 11* grandeur; la nébuleuse M. 91, que Messier rapporte avoir découverte en 1781, en même temps que M. 90, n'a été revue par aucun astronome. L'habile fureteur des curiosités célestes s'est-il trompé, ou bien la nébuleuse a-t-elle disparu ? L'événement ne serait pas sans gravité; mais le ciel nous en offre d'autres exemples. Il y a là, à cette môme place (1" plus loin), une étoile assez mystérieuse. W. Herschel l'appelle c a small v^ell defined body », un petit objet bien défini. Lalande l'a notée de 8* grandeur le !•' avril 1795 et de 7* le 4 avril 1796 (23620-21); Piazzi l'a notée de 7-8 (P. XII, 145); Argelander Ta inscrite de 6*J. On ne voit actuellement là aucune nébulosité, mais une petite étoile double au nord-ouest, ou nord précédent. Champ magnifique à explorer. Se servir de notre carte (jfig. 266).

A 2* 1/2 à l'ouest dei, curieuse nébuleuse ovale (H. II, 75) surmontée d'un triangle de trois petites étoiles et précédée à 38 secondes

par une nébuleuse circulaire. Elle mesure 150^ de longueur sur 15' de largeur. On croirait rencontrer une queue de comète perdue dans l'espace. C'est comme un rayon de lumière électrique. Cette nébuleuse, avec sa compagne (74),est inscrite sur notre carte, et la petite figure cicontre qui en reproduit l'aspect est - s - orientée comme la carte, le sud en bas.

Fig. 268. -Nébuleuse H. II, 75 et 74. Pour plus de facilité, ces dessins de

dans la Vierge. xiébulcuses ue sout pas reuvcrsés.

A 2" et demie plus loin, vers la Vendangeuse, étoile double do V et 9% à 29' (P. XII, 221).

Non loin de Tétoile 6 Chevelure, au sud-est, sur le prolongement

LES NEBULEUSES

de p, ir, 0, se trouve la nébuleuse M. 99, à peu près circulaire, mesurant 3' de diamètre, et qui, dans le grand télescope de lord Rosse, a offert ces spires magnifiques dont l'aspect rappelle les soleils tournants des feux d'artifice. Création vraiment merveilleuse. La nébuleuse presque entière se résout en étoiles. Lointains univers! Splendeurs de l'infini! A qui et à quoi servez-vous? — A quoi servonsnous nous-mêmes?

Ce n'est pas tout. Mais il faut nous borner. Signalons^en deux encore, qu'il est difficile d'oublier.

A peu près sur le prolongement d'une ligne menée de y à X, près du Corbeau, une nébuleuse allongée (H. 1, 43) qui mesure 4' de longueur

Fig. 269. — La nébuleuse spirale de la Vierge.

et 5(K seulement de largeur, est particulièrement curieuse. C'est sans doute là un système elliptique posé dans le vide et que nous apercevons par la tranche.

Entre les étoiles i et fx, près de Tétoile 104, à l'est, formant un triangle avec elle et 106, on trouvera un petit amas d'étoiles bleues, suivi d'une étoile rougeâtre de 8* grandeur H. I, 70.

Au nord de c, à 1* environ, un peu à l'est, il y a encore une nébuleuse à noyau double (M. 61 , /îg. 270) bien curieuse pour l'esprit philosophique : fœtus d'un soleil jumeau dont l'éclosion complète est

LES GURI08ITES DE LA VIERGE

réservée à la maturité des siècles futurs. Au nord de cette nébuleuse

on remarquera ime étoile double, fine, mais facile : 6,6 et9, à 20', rose et rouge foncé :

c'est FL 17.

Mais de toutes les merveilles de cette constellation.

Tune des plus attachantes est sans contredit la splendide étoile double / de la Vierge.

Ses deux composantes, fort ... . . ^^ brillantes, sont de troisième

grandeur, et écartées actuellement à 5^ de distance angulaire. C'est Tundes plus beaux couples 8 à observer, c'est Vun des pre^

miera découverts au télescope^ et c*est l'un de ceux qui ont été le plus assidûment suivis par les astronomes. Dès l'année 1718, Bradle7,après avoir dédoublé cette belle étoile, I ^ constatait, en regardant d'un œil dans la lunette et de l'autre dans le ciel, que la ligne de jonctiondescomposantesétait parallèle à une ligne passant par oe et ^ de la Vierge, ce qui . correspond à un angle de 33 1 *.

pig. 271. - L'étoua double ^àêim vierg». Depuis Cette époque, le couple

a tourné de près d'une révolution totale , suivant une ellipse assez allongée dans laquelle le périhélie est arrivé en 1836 : les deux étoiles ont été tellement rapprochées qu'on a cessé de les distinguer séparément, et que l'astre paraissait parfaitement rond. Voici les positions principales :

DATE ANOLI DISTÀNCI OBCnTATIUBI

1718 331* 6*=k Bradley, Cassini.

1756 3Î4 6 ifc Tobie Mayer.

1781 311 6 William Herachel.

1803 300 4 i William Herachel.

1820 284 3,0 John Herachel, South.

1830 2C2 1,8 W. Stpuve, Dawes.

1836 140 0,4 Smyth, Dawes, Stnive.

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