‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 19 sur 373 · UN SOLEIL ROUGE DANS CÉPHÉE · texte numérisé non relu

UN SOLEIL ROUGE DANS CÉPHÉE

stances élémentaires, aux corps simples. Or, les oxydes ne peuvent subsister quand la température est très élevée, et Ton peut inférer que les étoiles qui présentent ces bandes ont moins de chaleur que celles qui donnent seulement les raies métalliques linéaires. Le carbone parait y être à l'état d'oxyde, comme dans les comètes et les aérolithes. Nous avons sans doute là sous les yeux la dernière période des soleils, et lorsque nous regardons cette étoile rouge qui brille doucement dans le voisinage de notre Étoile polaire, nous ne pouvons guère nous empêcher de songer aux morts qui sont là. Oui, ce soleil a rayonné comme le nôtre dans Tardeur et la flanune de la jeunesse; oui, ses rayons d'autrefois ont dû comme ici glisser sur des printemps parfumés et sur des matinées frémissantes ; oui, des êtres heiu'eux ont salué dans le passé, longtemps avant la naissance de la Terre, ces lumineux levers de soleil et ces grandioses illuminations du soir sur les mers et sur les montagnes ; oui, notre beau, notre bon soleil, perdra aussi ses forces dans l'avenir, se couvrira d'un voile de vapeurs, se refroidira comme un boulet rouge, et n'enverra plus à ses filles les planètes que la pâle lueur inféconde d'un soleil qui s'éteint. Qui donc pourrait regarder sans émotion ce lointain soleil de Céphée et ne pas reconnaître en lui le sombre prophète de la fin du monde, Tantechrist des derniers jours?... Cet œil éteint du passé ne semble-t-il pas un œil ouvert sur l'avenir, qui de là-bas nous regarde sans nous voir, comme un œil déjà mort, pauvre cristallin déjà terni par Tagonie !

Nous avons déjà parlé de l'étoile d de Céphée, qui varie de 3,7 à 4,9 dans la période rapide de 5 jours 6 heures 47 minutes ; elle emploie 1 jour 14 heures pour s'élever du minimum au maximum et 3 jours 19 heures pour descendre du maximum au minimum. Ainsi, par exemple, si nous choisissons la belle saison de cette année pour cette observation, soit le mois d'août, nous pouvons calculer les dates suivantes pour ces maxima et minima :

Jours Jonn

du moU do mois

Maximum, août 1880 1,2 Minimum, août 1880 10,4

Minimum, — ..... 5,0 Maximum, — .... 12,0

Maximum, — 6,6 Minimum, — .... 15,7

Et ainsi de suite. La date précise est donnée ici en dixièmes de jour parce qu'il est plus facile d'additionner ou de soustraire en dixièmes de jour qu*cn heures. On peut remarquer, du reste, que puisqu'il y a vingt-quati^e heures par jour, un dixième de jour égale 2 heures 4 dixièmes d'heure, ou 2 heures 24 minutes. Le jour astronomique conunençant à midi, le premier maximum inscrit sur la petite liste précédente correspond donc au 1"*' août à 2 dixièmes de jour,

I/ÉTOILE DOUBLE ET VARIABLE a DE CÉPHÉE

Fig. 19. — L'étoile doublo { de Céphée.

OU à 4 heures 48 minutes de Taprès-midi ; le second correspond au 5 août à midi, le troisième au 6 août à 6 dixièmes ou à 14 heures, c'est-à-dire au 7 aoûl h 2 heures du matin, et ainsi de suite. Au surplus, n'importe à quelle époque, il suffit de suivre avec attention cette étoile pendant cinq ou six soirées pour s'apercevoir do sa variabilité.

Or, cette curieuse étoile n'est pas seulement intéressante par sa ^ variabilité, mais elle est en-

core une splendide étoile double, étant accompagnée d'une charmante étoile bleue de 7* grandeur, écartée à 4r, visible par conséquent dans Tinstrument le plus faible; comme l'étoile principale brille d'une belle nuance jaune d'or, ce couple offre un contraste ravissant. Si ces deux soleils forment un système physique (les observations ne sont pas suffisantes pour décider), quelle situation bizarre pour les mondes qui gravitent Ià,illuminés par deux soleils dont l'un change d'éclat tous les cinqjours ! Une autre étoile de Céphée, que l'on désigne sous la lettre R, a été vue de la 5% de la 6% de la 7% de la 8% de la 9* et de la 10* grandeur. Elle est située tout près de TEtoile polaire, et sa distance au pôle nord n'est que de 1* 14' : c'est pourquoi il est singulier de l'avoir attribuée à Céphée, quand elle est en plein dans la queue de la Petite Ourse. L'erreur vient d'Hévélius, qui l'a appelée 24 Céphée et qui l'a estimée de 5* grandeur en 1661 : elle était alors plus brillante queX, et lorsque Lalande observa X en 1789, sans voir la précédente, il crut que c'était 24 Céphée, et la confusion a été continuée par Piazzi et d'autres astronomes. C'est M. Pogson, en 1856, qui constata le premier lu variabilité de l'étoile d'Hévélius, nommée désormais R, d'après une convention en vertu de laquelle on attribue la lettre R à la première variable découverte dans une constellation, la lettre S à la seconde, et ainsi de suite. La chercher près de X Petite Ourse (entre « et *) à l'aide de notre fig. 20. Il serait curieux de la voir revenir plus brillante que cette voisine, comme elle l'a été. On croit que sa période est de 73 ans. Je l'ai observée le 18 mars 1880 et l'ai trouvée de 8*. Observer en même temps l'étoile double voisine de la polaire. U y a encore d'autres variables dans Céphée; mais on ne peut les

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étadier qa'à Taide d'instruments gradués. Revenons aux étoiles doubles.

Un jour, une jeune dame très passionnée pour le ciel était venue demander à un astronome de lui montrer quelques-unes de ces curiosités célestes ; c'était par une douce soirée de printemps, et l'astronome était rêveur. Comme il ne trouvait pas tout à coupTétoile désirée, il s'arrêta soudain dans la manœuvre de son télescope, et se mit à crayonner, au clair de lune, quelques lignes sur le mur de la terrasse. Enfin, il se remit au télescope et trouva létoile. Pendant ce temps-là, la dame curieuse avait lu, au lieu d'un calcul astronomique, le quatrain suivant :

Près de Yoos, madame, oubliant les deux, L'astronome étonné se trouble ;

CTest dans Téclat caressant de vos yeux

Qu*il avait cru trouver l'étoile double.

Je me hâte d'ajouter que la scène se passait sous Louis XV. Âu-

Fig.SO.^ ÉtoUeTirlabla prêt de X Petite OorM, et étoUe double prèe de l'MoUe polaire.

jourd'hui, les astronomes sont plus sérieux. N'imitons pas nos jeunes grands-pères ou nos trop coquettes grand'mères, et passons en revue les richesses célestes incorporées dans l'antique département du roi d'Ethiopie. Dirigeons tout de suite et sans distractions une lunette vers la belle étoile p Céphée, de troisième grandeur : nous découvrirons à côté d'elle ime petite étoile de huitième grandeur, écartée à 14'; la première est blanche, la seconde est bleue. C'est un petit couple charmant, qui paraît fixe dans le ciel. Notre fig. 21 montre son aspect télescopique. Qui pourrait croire que ce sont là deux soleils écartés

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à des millions et des millions de lieues Tun de lautre ! Sans doute les yeux humains ont leur charme; mais on les rencontre à chaque instant devant soi : les vraies étoiles doubles sont plus rares, elles habitent le ciel et elles nous invitent à en pénétrer les secrets les plus mystérieux.

L'étoile X est aussi une élégante étoile double, composée d'un astre de 4* grandeur 1/2 et d'un de 8* 1/2 : distance = 1\ 3.

Remarquons encore Fétoile l : b' et 8% à 6" 6; très jolie; système physique en mouvement. A côté, il y aune autre petite étoile double, de 7* grandeur, serrée à 2^4 et qui forme aussi un système physique dans lequel la petite étoile tourne lentement autour de la grande.

Ce sont là, avec o dont nous avons parlé plus haut, les principales

Fig. 21. — Etoiles doubles dans Céphée.

curiosités de la constellation de Céphée accessibles aux gens du monde. Les autres sont réservées aux observatoires. Je ne saurais trop engager nos lecteurs à diriger un instrument quelconque vers les objets célestes signalés dans le cours de notre description : qu'ils essaient, ils en seront tout de suite amplement récompensés, et peu à peu ils apprendront à connaître directement toutes les régions de Timmense univers, tout aussi facilement que s'ils voulaient étudier la botanique d'une contrée quelconque. La nouveauté, et j'oserai dire le grand charme, de l'essai que nous faisons aujourd'hui, c'est de substituer la pratique à la théorie : nous ne parlons plus de phénomènes abstraits, de nébuleuses inaccessibles, d'étoiles colorées, splendides mais invisibles pour le public; nous visitons personnellement chaque réalité; nous disons : elle est là, regardez ; nous étudions le ciel directQjtnent. Sans doute, l'attention a besoin d'être parfois soutenue, mais aussi

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