‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 194 sur 373 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La ooniteUation géante de réqnatenr. — Oriom et ses splendeurs.

La grande nébuleuse d*Orion et son éteile sextuple.

Le Grand Ghibn. — Sirius et son système.

Si le spectacle du ciel étoile charme nos regards^ captive nos âmes, sollicite mystérieusement nos pensées et nos rôves; si, à toute époque de Tannée et à toute heure de la nuit, la contemplation des tableaux célestes nous invite à Tétude des sublimes réalités de l'univers, com^ bien les splendeurs sidérales devant lesquelles notre voyage uranographique nous amène en ce moment ne vont-elles pas davantage nous séduire, nous émerveiller, nous plonger dans une admiration plus profonde encore ! Nous sommes en face du plus beau paysage céleste qui se puisse voir de notre planète- Nous sommes devant la constellation géante chantée par Job, par Homère, par Hésiode, par toute Tantique poésie et par toute la science de nos pères. Nous sommes devant ce grandiose spectacle qui fascina nos aïeux et qui, dans l'avenir le plus reculé, charmera encore nos derniers descendants. L'humanité terrestre tout entière, de son berceau jusqu'à àa tombe, aura contemplé cette opulente contrée du ciel, et en fixant aujourd'hui nos regards sur ces brillantes étoiles, nous nous associons par la pensée à ceux qui ne sont pas encore nés sur notre planète, comme à ceux qui sont venus autrefois en ce monde et qui en sont partis 1

Vers minuit en novembre, dans le ciel du sud-est ; vers onze heures en décembre et janvier, en plein sud ; vers dix heures en février et neuf heures en mars, dans le ciel du sud-ouest; vers huit heures en avril, à l'occident, cette géante constellation d'Orion frappe tous les regards et s'impose à Tattention môme des plus indifférents. Les trois étoiles obliquement alignées, qui marquent sa ceinture ou son baudrier, signalent au premier coup d'oeil sa position dans le ciel : on les a nommées, dès une haute antiquité, « les Trois Rois », et les habitants des campagnes voient là im râteau. Ces trois étoiles, de seconde grandeur, sont d, e et Ç; la première se trouve précisément sur la ligne de l'équateur. Cette position place Orion dans les conditions d'observation les plus favorables pour nous, n'étant ni trop haut ni trop bas

pour être examiné facilement , soit à Toeil nu, soit à Taide d'instruments.

La figure du géant Orion se dessine dans le ciel par neuf étoiles principales. Au-dessus des Trois Rois ou du baudrier, on en remarque deux : celle de gauche, de première grandeur, mais légèrement variable, est a ou Bételgeuae : sa nuance est jaune topaze ; celle de droite, de seconde grandeur, est y ou Bellatrix. Entre ces deux étoiles, et un peu plus haut, on en distingue une troisième, qui parait nébuleuse aux vues moyennes : c'est X, de troisième grandeur, sous laquelle deux de cinquième ajoutent une certaine nébulosité. Au-dessous des Trois Rois, vers la droite, on en admire une fort brillante, de première grandeur, bien blanche : c'est |3 ou Rigel ; elle est presque toujours plus lumineuse que a. Enfin, le quatrième angle du quadrilatère, Tangle inférieur de gauche, est marqué par l'étoile x, de quatrième grandeur, et au-dessous de la ceinture on remarque encore une étoile allongée, qui indique la place d'une épée suspendue à la ceinture, ou qui, pour les habitants des campagnes, représente le manche du râteau. Ces étoiles seront très facilement reconnues en regardant le ciel un soir quelconque d'hiver et en le comparant à notre petite carte ci-dessous.

Il ne faut pas avoir une imagination superlativement vive pour découvrir dans cet arrangement d'étoiles un géant à la brillante ceinture, dont a et y marquent les larges épaules, X la tête, |3 et x les jambes; regardez directement au ciel par une belle nuit, et vous le reconnaîtrez. Llmpression est surtout frappante au lever d'Orion : c'est vraiment un géant qui apparaît au-dessus de l'horizon et monte avec majesté dans les cieux.

La ligne oblique des Trois Rois, prolongée vers sa gauche, c'està-dire vers le sud-est, rencontre Sirius, la plus brillante étoile du ciel tout entier. Cette même ligne, prolongée vers sa droite, c'est-à-dire au nord-ouest, rencontre Aldébaran et les Pléiades, que nous connaissons*

Il y a encore un autre moyen bien facile de trouver Sirius, c'est de regarder les gémeaux. Castor et Pollux, que nous connaissons aussi, et de descendre tout simplement vers l'horizon : nous serons obligés de rencontrer Procyon, de première grandexir, et en continuant tout naturellement notre chemin visuel, nous arrivons encore à Sirius. Toutes ces étoiles éclatantes, la richesse de nos nuits d'hiver (Sirius, Rigel, Procyon, Bételgeuse, Aldébaran, Castor et Pollux, Bellatrix, if ietK d* Orion], sont inscrites, telles qu'on les voit au ciel, sur la

carte de cette fertile contrée {fig. 302). C'est, sans comparaison, la plus belle page du grand livre du ciel.

L'idée d*un géant est naturellement inspirée par cette magnifique constellation ; et, dès la plus haute anticpiité, nous voyons, en effet, cette figure personnifiée par un Géant poursuivant les Pléiades^ ce qui nous montre, d'autre part, que cette constellation a été remarquée et nommée, dès Torigine, à la même époque que les Pléiades et antérieurement à la représentation du Taureau. Hésiode conseille d*observer les levers et les couchers de ces étoiles ; c'est, en effet, cette

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Flg. WL — Orkm et Km ooHèga.

indication qui constituait alors tout le calendrier des cultivateurs et des navigateurs. La tôte du Taureau a été dessinée quelque temps après, et depuis cette époque, Orion, qui de la main gauche tient une peau de bête ou une toison, et de Tautre lève une lourde massue, a Pair de se préparer à assommer le Taureau, qui se précipite sur lui, les cornes menaçantes. Retournez les feuillets de cet ouvrage même jusqu'à la page 281, et vous reverrez en détail toute cette scène {fig. 196).

Dans cette seule constellation, on ne compte pas moins de deux étoiles de première grandeur, quatre de deuxième, sept de troisième et douze de quatrième.

ASTROlfOMIE. — SUPPLÉMENT. 57

Pindare chante en lui le géant du ciel ; Plante semble le traiter d*assassin ou d'égorgeur (Jugula) : ce titre convient d'ailleurs à tout chasseur comme à tout militaire; Manilius Tappelle le dominateur du ciel; les anciens Hébreux saluaient en lui Nemrod, le premier chasseur; Job, Ézéchiel et Âmos le qualifiaient Késil, ce qui veut dire inconstant, à cause du mauvais temps d'automne et des périls de la navigation à Téquinoxe (c'est même de là que Rabelais a plaisamment appelé le concile de Trente c le concile de Késil ]>, à cause des tempêtes qu'il souleva dans son sein). Le titre de nimbosus^ de pluviosns y à^àquoms lui est donné par tous les auteurs latins. Polype attribue la perte de la flotte romaine dans la première guerre punique

Fig. 303. * Un Orion du xiii* siècle (Alphonse X). Fig. 904. — Un Orion du xv- siècle (Hyginus).

à l'obstination des consuls qui^ malgré l'almanach séculaire des pilotes, persistèrent à naviguer t à l'époque du lever d'Orion et de Sirius». Les Arabes nommaient Orion al-djabbar et al-Jauza, n le Géant » : « On reconnaît, disent-ils, les deux larges épaules, la tête indiquée par un nuage, la ceinture et le sabre. » Au xvu* siècle, Schiller essaya de métamorphoser la vieille figure païenne en celle de saint Joseph, qui ne devait guère s'y attendre, car il n'a jamais brillé dans l'histoire par son ardeur belliqueuse, au contraire... ;enfin, en 1807, l'Université de Leipzig proposa de substituer le nom de Napoléon « le grand conquérant du monde » à celui de l'antique chasseur. Il serait interminable de suivre toutes ces métamorphoses. Les deux dessins reproduits ci-dessus, comparés à notre fig. 196, suffiront pour en donner une idée. L'un nous montre un chasseur assez pacifique, lautre un guerrier en fureur, prêt à tout déconfire.

ETOILES PRINCIPALBS DE LA CONSTELLATION D'OUION DEUX MILLE ANS D^OBSEAYATION.

Étoiles — 127 aiBHelgeusB) i PiRigét) T {BelUUrvi)

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