LES ÉTOILES DE L'ÉRIDAN
autres, notamment 53, de quatrième grandeur, et ses voisines, ont servi à dessiner le Sceptre de Brandebourg ^ imaginé là, dans la courbure du fleuve, près du Lièvre, en 1688, par Godfried Kirch, astronome du roi de Prusse- Encore une constellation inutile : les petites étoiles qui la composaient peuvent sans inconvénient rester au territoire de rÉridan. Il en est de même de quelques petites étoiles distraites, en 1789, par le P. Hell, de TÉridan et du Taureau pour former la Harpe de Georges ^ en l'honneur du roi d* Angleterre, Georges IIL Ce roi mérite notre estime, car il a protégé, soutenu, honoré, admiré William Herschel, et en parlant un jour à Lalande de l'utilité des sciences et de la valeur sociale des savants, il lui a avoué qu'à ses yeux les livres sterling consacrées à la construction d'un grand télescope étaient mieux employées que celles qui disparaissent dans les fonderies de canons et de boulets. Les princes raisonnent rarement avec autant de sagesse. Mais cela n'empêche pas cette constellation royale de faire double emploi et d'encombrer inutilement la sphère céleste.
Il y a dans l'Éridan deux étoiles particulièrement remarquables : 32 et 40 0».
La première est entre Aldébaran et Rigel ; on la trouvera sur le prolongement d'une ligne menée d'Aldébaran à 10 du Taureau (fig. 197); c'est une brillante de la cinquième grandeur. Elle serait' au beau milieu de « la Harpe de Georges » si nous conservions cet astérisme. C'est une ravissante étoile double : 5* et 7% à 6^,7 ; jaune topaze et bleu marine; couleurs magnifiques; fixe depuis juste un siècle que nous avons les yeux sur elle. Nous avons déjà remarqué que les plus beaux systèmes d'étoiles doubles comme coloration sont composés d'étoiles relativement fixes, ne tournant pas, ou tournant très lentement, Tune autour de l'autre. Il y a peut-être là encore une loi de la nature, dont la cause nous reste inconnue.... Félix qui potuit rerum cognoscere causas.
La seconde ciu:iosité de l'Éridan est le système présenté par Tétoile 40 oV Cette étoile orangée, de quatrième grandeur, est accompagnée, à 81', d'une étoile de neuvième, qu'elle entraîne avec elle dans un mouvement propre très rapide à travers l'espace. Ce mouvement a pour valeur annuelle :
En Ascension droite — 2»,17; en Distance polaire -i- 3',45. Résultante = 4*,iO.
C'est Vun des plus rapides du ciel. Cette étoile o', accompagnée do sa voisine télescopique, s'envole vers le sud-ouest, se dirigeant du
Ml
SYSTÈME TERNAIRE DE o' ÉRIDAN
côté de y, près de laquelle elle passera dans neuf mille ans environ ; elle est passée il y a cinq mille ans dans le voisinage de {. Si ce mouvement se perpétue en ligne droite, elle arrivera dans soixante-deux mille ans vers Tétoile a du Phénix. Notre diagramme {fig. 331) représente sa marche calculée pour cinquante mille ans :
on voit combien elle surpasse celle des autres étoiles. Mais le fait le plus important est que c'est là une étoile double, ou pour mieux dire un système ternaire fort remarquable, comme on va s'en rendre compte.
PIg. 891. ^ Moatement propre séculaire de i'éCoUe e* Éridan.
En effet, Tétoile voisine, éloignée à 81', est emportée par la même vitesse et forme im système physique avec ce rapide soleiL Depuis près d'im siècle que nous Tobservons, il n*y a qu'un léger rapprochement en ligne droite, qui peut proTcnir d'un mouvement orbital s'effectuant dans le plan de notre rayon visuel; on a comme mesures principales :
W. Herschel
W. Struve