LA LICORNE
délimitations des provinces célestes, car il est tout simplement absurde d'avoir prolongé la lâcorne en
angle aigu dans THydre ^ ^o^^ »t g^r
pour lui faire prendre cette étoile, qui est justement la principale de cette constellation moderne; ou alors, si Ton tenait à ce diamant pour la parure du nouveau personnage céleste, on aurait dû lui laisser ses deux acolytes.
T^ j ji j ^^S* 330* — Position aotuello de rétoile 90 Licorne.
Regardez de temps à autre ce groupe à la jumelle : on le trouve sur le prolongement d'une ligne menée par Procyon, Ç Petit chien, ?8et 29 Licorne; comparez les trois étoiles comme grandeur et aussi comme position, car certains catalogues et atlas (Plamsteed, Harding, Dien), placent l'étoile du milieu au-dessus, ou au nord, de la ligne joignant ses deux acolytes, tandis qu'elle est au-dessous ou au sud. Oscillerait-elle avec une amplitude sensible à Tœil nu ? Ce serait le seul exemple de cette nature que nous aurions dans le ciel entier, et c'est tout à fait improbable ; mais nous ne devons rien nier a priori : l'inconnu n'est pas l'impossible. — Hier soir, 7 mai 1881 , je l'ai réobservée, et trouvée très sensiblement au-dessous de la ligne en question.
L'étoile 22 a été également connue des anciens, et signalée par Ptolémée et Sûfi comme brillant entre les deux Chiens.
— Je n'en trouve pas d'autres jusqu'à Tycho-Brahé.
Piazzi a noté l'étoile 1 1 de sixième grandeur seulement, composée d'une étoile de 6* | et d'une de T : c'est en effet une étoile double, ou pour mieux dire une étoile triple, fort jolie du reste, et même l'une des plus belles du ciel :
A = 5; B = 5J;C = 6. Distance de AB = 7", 2, à 130". Distance de BC = 2% 5, à 102*. Blanches
FIg. 337. — L'étoile triple 11 Liuorue.
toutes trois. Il est probable qu'il n'y a pas eu de variation d'éclat et que restimation de Piazzi est un peu faible. L'édition de Bradley faite par Bessel et les observations de l'amiral Smyth s'accordent, il est vrai, avec Piazzi, mais les grandeurs des étoiles de ces deux ouvrages ont été copiées dans Piazzi même et ne doivent jamais être citées comme originales, quoiqu'on le fasse trop souvent (parce qu'on n'a pas lu attentivement les préfaces des auteurs). — Ce beau système triple n'a présenté aucun mouvement des composantes entre elles depuis cent ans que nous l'observons.
L'étoile 29 offre des signes d'accroissement d'éclat, s'étant élevée de la 6* à 4 1. C'est aussi une étoile multiple^ comme la précédente, mais moins belle. A=5;B = 11;C = 9. Distance de AB = 30^, à 105\ Distance de AC = 67^ à 224*. La plus petite des trois (B) n'est pas toujours facile à apercevoir, et paraît varier entre la dixième et la douzième grandeur.
L'étoile 31 a été vue de 4* par Hévélius et Lalande, de 6* par les observateurs d'Armagh, de 7* par Piazzi. Elle est de cinquième.
P. VII, 228 a été notée de 7* par Piazzi, de 6* par Lalande, de 5 1 par Heis.
15 varie de 4 à 6, parfois rapidement, mais irrégulièrement. On avait cru trouver une période de 3 jours 10 heures 48 minutes; mais elle n'est pas certaine, et l'amplitude de la variation n'est pas non plus bien déterminée. Cette variable a reçu le nom de S Licorne. Elle est jaune. Intéressante à observer, d'autant plus, ce qui est de la dernière rareté, que cette variable est en même temps une étoile double : on voit à côté d'elle, à 3', un petit compagnon bleu de 10* grandeur. C'est sans doute là un système physique; toutefois le mouvement orbital n'est pas rapide, car depuis 1825 il n'y a encore que 7 degrés de parcourus. Une bonne lunette montre un second compagnon, de 13* grandeur, à 16*", ce qui en fait une étoile triple. On en aperçoit encore im troisième, plus petit et plus éloigné. Belle assemblée d'étoiles dans le voisinage. Piazzi l'avait déjà remarquée, car il avait annoté cette étoile des réflexions suivantes : « Duplex videtur : multae simul conspîcîuntur; quarum prsecipua 8« magn. sequitur 29', 3' circiter ad austrum x>. Le 1*' février 1864, D'Arrest a cru la voir entourée d'ime nébulosité. — A épier.
Il y avait déjà, dans la même constellation, la variable R, qui oscille de la neuvième à la treizième grandeur; mais son observation est réservée aux vigies des régions télescopiques. Moins difficile à trouver est la variable T qui précède de 7 minutes de temps Tétoile
13, à peu près sur le chemin d'Aldébaran à cette étoile, et qui forme l'angle occidental d'un petit quadrilatère dessiné par elle et ses voisines 8, 12 et 13 : j'ai marqué sa place sur notre carte (p. 521), quoiqu'elle reste presque toujours au-dessous de l'invisibilité, son maximum étant 6,2 et son minimum 7,6. Cette variabilité est régulière et s*effectue en 27 jours ; mais le minimum ne précède le maximum que de 7 jours.
Une quatrième variable, qui a reçu la lettre U, se trouve à l'ouest de l'étbile 26, à 10 minutes environ, au sommet d'un petit quadrilatère dessiné sous une étoile de sixième grandeur : elle varie de 6, 2 à 7,6 également, en 46 jours.
U y en a une cinquième à étudievy juste au-dessous de 8. C'est P. VI , 82, de sixième grandeur, annotée ainsi par Piazzi : « Hujus stellae magnitude in diem imminui videtur », ce qui veut dire, me semble -t-il, que la grandeur de cette étoile diminue pendant le jour, c'est-à-dire, sans doute, qu'elle s'éteint à l'aurore beaucoup plus vite que ses sœurs. C'est une remarque que j'ai faite assez souvent sur les satellites de Jupiter : l'ordre relatif de leur éclat n*est pas le même, à deux heures de distance déterminé au crépuscule ou pendant la nuit. Cette étoile doit être relativementgrosse et peu brillante, d'une lumière intrinsèque moins vive, moins intense, moins perçante. Il n'est pas rare, du reste, de remarquer à l'œil nu dans certaines étoiles que la lumière n'est pas en proportion du disque. (Ainsi, ces derniers soirs entre autres (mai 1881), dans une atmosphère calme et limpide, vaguement éclairée par la dernière clarté du crépuscule et par la Lune en son premier quartier, on ne pouvait s'empêcher d'observer que Castor était, à côté de PoUux, très petit et très blanc, tandis que son frère céleste était très gros et coloré d'une nuance orangée). Pour en revenir à notre étoile, Piazzi Ta inscrite de sixième, Lalande ne l'a pas observée du tout, quoiqu'il ait observé deux fois sa voisine supérieure (8), le 1*' janvier 1794 et le 19 février 1797; Argelander ne Ta pas insérée dans son Uranométrie des étoiles visibles à l'œil nu; Heis la voyait fort bien, l'estimant de 6, 0; Gould l'a estimée de 6, 4. —Est-elle variable?
Pendant que nous sommes ici arrêtés devant 8 Licorne, examinons cette étoile : c'est ime double fort belle : 4, 7 et 7, 5; jaime et bleuâtre, à 14'^. Système physique : les deux composantes sont animées d'un mouvement propre commun, mais elles restent fixes l'une par rapport à l'autre depuis cent ans que nous les examinons. L'éclat de Tune ou de l'autre des composantes ne paraît pas constant. Le 1*' janvier 1794,
Lalande les a estimées respectivement de 6* Jet 7% et, le 19 février 1797, de 4* et 8* J ; la divergence est énorme. Piazzi les a estimées 5 î et 8 ; William Struve, en 1822 : 4, 5 et 7, 2 ; en 1831 : 4, 0 et 6,7. Signalons aussi dans cette constellation une étoile de sixième grandeur, à peine perceptible à Toeil nu, même pour les meilleures vues, située sur le prolongement d*une ligne menée de** à *' du Petit Chien, à la rencontre de la ligne qui serait tracée de 22 à 27 de la Licorne : cette étoile a été notée de 4* à 5* grandeur par Rumker, de 6* par Gk)uld, de 6 Jpar Heis, de 7* par Santini, de 8* à 9* par Fellocker; elle est jaime et précédée à 4 secondes d'une étoile de 9'' |, à environ 1' au nord. — Elle porte le n* 669 (VIP heure) du catalogue de Bessel. — A chercher.
Une autre étoile intéressante à observer est Tétoile 12, qui marque remplacement d'un petit amas fort curieux. Déjà Piazzi avait écrit en note « Exiguus stellarum acervus nebulositate mixtus » petit amas d'étoiles mélangé de nébulosité ; et Herschel l'avait examiné pendant rété de l'année 1784 (H, VII, 2). On la devine à l'œil nu. L'étoile 12 estrougeâtre. Toute cette province céleste est particulièrement intéressante^ car c'est là aussi, au bord de la Voie lactée, que l'on rencontre, outre cet amas nébuleux, les variables S et T, ainsi que P. VI, 82; R
est également là (entre 13 et S), accompagnée d'une nébuleuse triangulaire en forme de queue de comète (H. IV, 2), c'est un objet étrange. A Touest de 12494, il y a un autre amas perceptible à l'œil nu. Comme déjà nous l'avons remarqué maintes fois, des causes locales ont favorisé en certaines contrées de l'univers des créations spéciales. La Licorne est re« marquablement riche en amas; ne manquez pas d'y promener une lunette, armée d'un faible oculaire, principalement dans la région qui s'étend entre Aldébaran et Procyon, à travers l'inépuisable et inénarrable Voie lactée. — Octobre à mai.
Signalons encore l'amas d'étoiles M 50, sur la ligne qui joint Sirius à Procyon, au tiers de la distance, ou au double de la distance de
Fig. 338. — La nébuleuse oométairo de la Licorne.
Sirius à 0 du Grand Chien et un peu à gauche. Nous sommes encore ici en pleine Voie lactée ; on y remarque notamment ime petite étoile double et une étoile rouge.
Entre 29 et 30, au sud de la ligne qui lesjoint, formant avec ces deux étoiles un triangle à peu près équilatéral, amas assez curieux (H. VI, 22), petit canton d'une quinzaine de villages presque égaux — je veux dire d'étoiles de neuvième grandeur. On le devine à Tœil nu, à condition qtfil n'y ait pas de clair de lune, que l'atmosphère soit pure, et que cette région soit assez élevée audessus de l'horizon. Découvert par Miss Herschel en 1783. Cette contrée remarquable, illustrée, sur la frontière de la Voie lactée, par la triple écartée 30 Licorne, la double (et même triple) 29, et l'amas dont nous parlons, est reproduite au diagramme ci-dessus {fig. 339). Bayer a dessiné près de l'étoile 5, au sud-ouest, une étoile nébuleuse. Il y a là une collection de nébuleuses télescopiques. L'une d'elles aurait-elle été visible à Toeil nu?
On voit que cette constellation de la Licorne ne manque pas de curiosités sidérales de toute nature. Mais voici VHydre qui nous arrête.
L'Hydre , ou Serpent aquatique (c'est peut-être le type original de ce fameux « grand serpent de mer » dont les journaux parlent de temps en temps), est l'une des 48 anciennes constellations de la sphère grecque; elle doit sans doute son existence à la disposition des longues files d'étoiles qui la composent, comme nous l'avons vu pour le serpent d'Ophiuchus, le courant d'eau du Verseau, le fleuve Éridan, etc. Elle est mince, longue, sinueuse, ayant la tête près du Petit Chien, sous le Cancer, et s'étendant de l'ouest à Test, sous le Lion, la Vierge et jusqu'à la Balance. La tête est dessinée sur notre fig. 334 ; mais pour avoir sous les yeux l'Hydre tout entière, il faut prendre en mains notre fig. 340, entièrement traversée par le fabuleux animal^
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Fig. 339. — Région remarquable dans la Licorne.