L*HYDRE
encore la queue reste-t-elle en dehors du cadre. L'idée la plus originale des artistes antérieurs à notre ère a peut-être encore été de mettre sur cette hydre un corbeau qui a Tair de la picoter et une coupe qui n'est guère en équilibre ; il faut croire que ces deux superfétations un peu anormales sont d'une origine différente, mais dès le temps d'Eudoxe et d'Aratus, personne ne se souvenait déjà plus de cette origine ni de la cause ou du prétexte de leur situation. La mythologie grecque racontait qu'Apollon voulant faire un sacrifice à Jupiter avait envoyé le corbeau avec ime coupe pour apporter de Teau (c'est encore plus fort que de lui mettre un fromage dans le bec et de faire désirer ce fromage par un renard). Le corbeau se serait arrêté sur un figuier pour attendre que les figues devinssent mûres ; mais comme Apollon avait pu perdre patience — et Jupiter aussi, sans doute — le corbeau eut peur de quelque réprimande et il accusa un serpent de sa désobéissance (Eve l'avait déjà fait aux beaux jours de la mythologie juive). Apollon, pour punir le corbeau de sa noirceur, aurait noirci son plumage, qui jusqu'alors était resté blanc, et aurait installé pour l'éternité ce maudit oiseau vis-à-vis de la coupe, sur les flancs du serpent. Ce n'est pas moi qui invente l'histoire (voir V Astronomie de Lalande, t. I, g 662.) Les vieilles figures astronomiques rappellent assez naïvement cet épisode, comme on peut en juger par celle que je choisis entre cent pour être reproduite ici fidèlement d'après un Hyginus du quinzième siècle {voir la fig. 341). Est-elle assez naïve?
Mais il vaut mieux chercher à reconnaître dans le ciel les étoiles de l'Hydre que de creuser l'origine des dénominations et des métamorphoses. Ck)mme nous l'avons dit, c'est la disposition même des étoiles qui a donné naissance à ce serpent, à la Coupe (qui est extrêmement facile à reconnaître par sa forme même (t^oir la fig. 344) et même au Corbeau. Pour trouver dans le ciel la principale des étoiles de l'Hydre, alpha, on peut se servir du Lion, qui est sur Thorizon à la même époque, et aussi de Castor et PoUux : les alignements de notre fig. 342 serviront mieux que toute autre explication. Cette étoile, alpha, a été nommée alphard, non pas en souvenir de la première lettre de l'alphabet grec, mais en dérivation de Tarabe al-/ard « la solitaire », sans doute à cause de sa situation isolée.
A droite d'Alphard, en allant vers les Gémeaux, quelques étoiles esquissent le corps et la tête triangulaire aplatie de l'Hydre. Alphard marque la place du cœur. A gauche, des étoiles éparses dessinent le corps du Serpent, la Coupe, le Corbeau et la queue de l'Hydre»
Fig. 340. — Constellations australes. — I«*Hydre. — I«a Ck>ap6. * Le Gorboam. X«a Maohino pnonmatlquo. — X^ Gentanre.
ASTAOMOMIB. — SUPPLÈM5K7» 67
LHYDRB
La constellation entière se juge à première vue sur la zone équatoriale inférieure du Planisphère céleste de V Astronomie populaire (p. 700).
Cette étoile Alphard est d'un jaune rougeâtre. Au dixième siècle de notre ère, Sûfi faisait déjà remarquer cette coloration rouge. Les Chinois l'appelaient a Toiseau rouge ». Peut-être était-elle plus rouge aux siècles passés que de nos jours; cependant Ptolémée ne la qualifie pas. Elle paraît varier de la première à la seconde grandeur. Son spectre appartient au troisième type. Sont colorées delà môme nuance les étoiles y, >, (x, v, 5, w, a> de la même constellation. D'après l'antique encyclopédie chinoise, le Chou-King, l'étoile a de
l'Hydre a été observée sous le règne de l'empereur Yao, qui monta sur le trône l'an 2356 avant notre ère , comme passant au méridien au coucherdusoleillejour de l'équinoxe de printemps, cet équinoxe étant alors marqué par les Pléiades. C'estl'une des plus anciennes
FIg. 341. - L'Hydre, d^àprèt une grarure rar boU du zr siècle. obscrvatioUS astrO-
nomiques qui nous aient été conservées. Elle date, comme on le voit, de plus de 4200 ans. Cherchez donc un peuple actuellement existant dont l'histoire remonte aussi hauti
L'étoile p, de troisième grandeur autrefois, est descendue à la quatrième et demie.
Les suivantes marchent assez bien autour d'un éclat moyen permanent; mais en arrivant à x, nous sommes arrêtés court.
n y a là, entre a et [x, quatre étoiles: x, u', u* otX, qui sont actuellement de 5,3; 4,1 ; 4,5 et 3,4. Les anciens n'en ont vu que trois; quelles sont-elles?
Il est naturel de supposer d'abord que c'est la moins brillante qui est absente des observations anciennes, c'est-à-dire x. Cette hypothèse s'accorde-t-elle avec les positions ? Non.
J'ai représenté sur le diagramme I de la fig. 343 les positions données par Pto-
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lémée : elles concordent avec x, u' et u* ; mais X est absente. Le diagramme II est celui des positions du catalogue de Sûfl, qui sont les mêmes que celles de Ptolémée, avec les longitudes augmentées de 12^42'. Mais, remarque intéressante à plus d'un point de vue, si Ton compare ces positions du catalogue de l'astronome persan avec le texte de sa description faite directement par lui d'après Taspect du ciel, on trouve qu*elles ne concordent pas. Voici, en effet, ce qu'il dit : « La 13* est la précédente des trois situées au sud d'Alphard, vers l'orient; entre elle et Alphard il y a Vdnq coudées. La 14* est la mitoyenne des trois, à l'est de la li\ à plus de deux coudées; elle est de la quatrième grandeur. La 15* suit immédiatement la 14% s'indinant un peu vers le nord; elle est des grandes de la quatrième grandeur, quoique Ptolémée la dise juste de cet éclat : il y a entre elle et
^égaba /
Fig. 542, — Alignemeato pour trouTer a de l'Hydre.
la 14* deux tiers de coudée ; la latitude que donne Ptolémée est erronée, car dans ce cas la distance serait d'une coudée et demie. La 16* est à plus de trois coudées àTorient delà 15*, s^indinant un peu vers le sud : elle est des petites de la troisième grandeur. » Telle est la description de Sûfi : elle ne s'accorde pas avec les positions données dans son catalogue et reproduites au diagramme II, car l'étoile 14 devrait précéder immédiatement la 15*, et entre ces deux étoiles il ne devrait y avoir que le tiers environ de la distance entre 13 et 14, puisqu'il dit qu'il y a deux coudées entre 13 et 14 et seulement les deux tiers d'une entre 14 et 15. La description de Sûfi s'accorde avec notre diagramme III, qui reproduit les positions données par Ulugh-Beigh; d'où il suit que Sûfi n'a pas mesuré ces positions, mais que Ulugh-Beigh les a réellement mesurées. C'est utile à savoir pour le jugement que nous devons porter sur les catalogues des deux astronomes. Ainsi, Sûfi et Ulugh-Beigh ont vu^ non pas les étoiles x, u^ et u* observées par Hipparque et Ptolémée, mais u\ u* et X. L'étoile X, absente dans l'antiquité, est devenue brillante^ tandis que l'étoile x a diminué d'éclat et reste absente de la