SYSTÈMES ORBITAUX DANS CASSIOPÉE
rayon de l'orbite terrestre, 56 fois 37 millions de lieues, ou environ deux milliards de lieues. On voit qu'il y a entre ces deux soleils toute la place nécessaire pour permettre autour de chacun d'eux l'existence et la gravitation d'un riche système planétaire. De ces éléments résulterait pour la masse de cette étoile et de sa compagne environ quatre fois et demie celle de notre soleil; c'est-à-dire que un million quatre cent cinquante mille terres comme la nôtre représenteraient k peine le poids de ce charmant petit couple en apparence si minuscule et si modeste. Sa distance à notre globe errant n'est pas inférieure à cinquante trillions de lieues, et pour venir de là jusqu'à nous la limiière vole pendant près de 21 ans !
Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu'il y a une prodigieuse différence d'impression entre celle de l'œil vulgaire qui pendant la nuit obscure regarde cette étoile sans la connaître et celle de l'œil instruit qui voit là un double soleil circulant majestueusement autour de son centre de gravité et distribuant à des mondes inconnus les rayons d'une double lumière et dune double fécondité. Le premier regarde sans voir; le second contemple et admire. Toute la poésie et toutes les fables de l'antique mythologie s'évanouissent devant la vision nouvelle, et, comme la goutte de rosée qui réfléchit l'univers, ce petit point perdu dans l'immensité des cieux semble résumer en lui l'enseignement de l'infini.
Non loin de là, près de l'étoile j3, se trouve un autre système fort curieux, mais dont l'observation n'est accessible qu'aux instruments d'assez grande puissance : c*est celui de l'étoile anonyme 3062 du catalogue de Struve, étoile de 7* grandeur, dédoublée pour la première fois en 1782 et régulièrement suivie depuis 1823, couple très serré, dont les composantes sont respectivement de 6* et de 7* grandeur et demie, et écartées seulement à r4. C'est l'un des couples les plus rapides du cîelî car le satellite va revenir prochainement au point OÙ Herschel l'a ^^^^ Moovemeni observé œ. vu en 1782 : la révolution doit être de 104 ans p«t»«n tiècie mp rétoue doubla
3062 Catslopée.
environ. Notre petite fig. 36 représente ce système ^ à l'pnbn!]*^ de î centimètre pour 1 seconde.
Observer l'étoile I, qui a perdu sa lettre dans les catalogues astronomiques, je ne sais trop pourquoi, car elle est très visiblement gravée sur la carte de Bayer, et juste à la place de cette étoile, nommée généralement P. II, 72, parce qu'elle est la 72* de la II* heure du
60 LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉB
catalogue de Pîazzî. Mais ce n'est pas la 35* d'Hévélius, comme on rimprime généralement : c'est la 8*. Exemple des erreurs d'identification trop fréquentes, faites par les astronomes qui préfèrent parfois la quantité des observations à la qualité, et ne se donnent pas toujours la peine de savoir au juste quelles étoiles ils observent. (Dans ma jeunesse, le Directeur de l'Observatoire de Paris, croyant stimuler le zèle de ses employés, donnait une gratification de 15 centimes par étoile observée à son passage au méridien : l'un de mes collègues se faisait jusqu'à trois cents étoiles de bénéfice par nuit.) Mais chut! ne soyons pas trop indiscrets!...
Nous disions donc que l'étoile iota de Cassiopée a tout près d'elle un petit compagnon de 7* grandeur, à 2^ et un de 8* 1/2 à 7*^6 : un instrument assez puissant est nécessaire pour dédoubler nettement le premier, mais le second est visible dans une lunette de 75 millimètres. Nous avons là non-seulement une belle étoile triple, jaune d'or, lilas et pourpre, mais encore un important système ternaire dont les trois composantes sont emportées dans l'espace par un mouvement propre commun et tournent très lentement autour de leur centre de gravité»
L'étoile 101 , de 5* grandeur, près de t, est la 101* de la XXIIPheure du catalogue de Piazzi; la plus faible lunette montre auprès d'elle, à 74%une étoile de7* grandeur 1/2. Celle-ci est double elle-même, mais très serrée (^5) et accessible seulement aux puissants instruments.
Remarquons encore l'étoile <y, qui a un charmant petit compagnon de 8* grandeur, à 3"^ et nous aurons épuisé la liste des belles étoiles doubles de cette constellation. Mais ne quittons pas cette région du ciel sans regarder avec une curiosité toute particulière la belle étoile y, de seconde grandeur. En apparence, elle n'a rien qui la distingue de ses compagnes de même éclat ; mais l'analyse spectrale révèle en elle une constitution chimique et physique fort étrange et à peu près unique parmi toutes les étoiles que nous voyons briller au firmament. Son spectre est double, comme celui de l'étoile nouvelle apparue dans
Fig. 37. — spectre de l'étoUe y Castiopée.
la constellation de la Couronne en 1866 : il présente des raies noires d'absorption, comme nous en voyons dans le Soleil et dans les autres étoiles, mais à ce réseau s'ajoute un second réseau de raies lumineuses parmi lesquelles on reconnaît celles de Vhydrogène incandescent ^ car