SOLEIL INCENDIÉ DANS CAS8I0PÉE
on n'a vu ce double spectre que sur les rares étoiles qui ont brillé d'un éclat temporaire pour retomber aux dernières grandeurs. Voilà un soleil qui brûle avec ardeur; tout autour de lui flambe le gaz hydro* gène, et depuis deux mille ans que nous tenons les yeux attachés sur sa lumière, l'incendie ne paraît pas décroître, au contraire, car cette étoile est pleinement de seconde grandeur aujourd'hui tandis qu'elle n'était autrefois que de troisième. Peut-être cet incendie se précipitet-il et allons-nous assister un jour à une conflagration telle que cette lumineuse étoile atteindra le premier ordre pour le dépasser, et, comme sa voisine de l'an 1572, pour éclipser en splendeur l'étincelant Sirius lui-même
Une autre étoile de la même constellation mérite d'être signalée ici à cause du mouvement propre extrêmement rapide dont elle est animée : c'est l'étoile |t, de 5* grandeur et demie, que l'on voit non loin de «. Elle se meut dans l'espace avec une vitesse de 4*^ 43 par an, ou de 443^ soit T 23*^ par siècle, c'est-à-dire qu'en 420 ans environ elle se déplace sur la sphère céleste d'une quantité égale à la largeur apparente de la Lune. Ce lointain soleil est lancé dans l'immensité avec une telle vitesse qu'en 812 ans il parcourt un degré entier et que depuis l'époque des astronomes grecs, depuis 2400 ans, il a déjà parcouru trois degrés. Malheureusement, quoiqu'on inscrive parfois cette étoile comme ayant été observée du temps d'Hipparque et de Ptolémée, elle est entièrement absente de ce premier catalogue, et ce n'est point elle non plus que Sûfi a inscrite la huitième de son catalogue, comme on l'a supposé. La plus ancienne mention que j'en aie pu recueillir est celle de Tycho Brahé, il y a trois siècles. C'est d'autant plus regrettable, qu'il serait aujourd'hui extrêmement intéressant pour nous de constater un mouvement propre sur des observations faites à l'œil nu.
Le mouvement propre annuel de cette étoile est de l'56 en déclinaison vers le sud et de 0* 386 en ascension droite vers l'est. La
résultante, de V 43 d'arc de grand Flg. 38. - Mouvement nplde de l'ôtoUe
cercle, prouve qu'il y a mille ans i^CMeiopée.
l'étoile se trouvait à 4430^, ou 74', ou 1*14', en arrière de sa position actuelle, qu'il y a deux mille ans elle était à 2*28', il y a trois mille ans à 3*42^, et qu'il y a quatre mille ans elle était contiguë à
62 VITESSE inouïe D'UN SOLEIL, DANS CASSIOPEE
l'étoile «. Elle se dirige vers Tétoile y de Persée, dont elle sera voisine dans six mille ans si son mouvement se continue en ligne droite. A ce taux, elle décrirait sur la sphère céleste un arc de 123'' en cent mille ans et ferait le tour du ciel en trois cent mille ans; miais elle ne tourne certainement pas autour de nous. Quoi qu'il en soit, c'est là l'un des mouvements propres les plus rapides du ciel entier : c'est la plus rapide des étoiles que nous puissions facilement distinguer à l'œil nu, et pourtant elle n'offre aucune parallaxe sensible. Bessel déclare dans ses Fundamenta Astronomm (1818) qu'il a cherché par quatre* vingts observations de diâ*érences de positions entre cette étoile et sa voisine 0 si elle manifeste une parallaxe quelconque, et qu'il n'en a trouvé aucun vestige. Si nous lui supposions un dixième de seconde de parallaxe, à cette distance, un dixième de seconde représentant 37 millions de lieues, une seconde entière représenterait 370 millions de lieues, et le déplacement annuel de Tétoile, 4*^43, équivaudrait à 1639 ][nillions de lieues. Nous pouvons considérer ce chiffre comme un minimum pour le chemin annuellement parcouru par cette étoile, éloignée ainsi à 76 trillions de lieues d'ici. Il en résulte que ce soleil lointain et colossal court dans l'immensité avec une vitesse de 4 487000 lieues par jour au moins, ce qui donne 187000 lieues à l'heure, 3000 lieues par minute ou plus de deux cent mille mètres par seconde ! Et c'est là un minimum !
Ah ! quelle transfiguration! Ce ciel, image de la nuit et de la mort ! cette immobilité apparente des étoiles du firmament ! ce silence séculaire et cette antique solitude des profondeurs étoilées! Erreurs! illusions! rêves de l'ignorance!... C'est la vie, c'est le mouvement, c'est la puissance, c'est l'énergie, c'est la lumière, c'est le soleil! Que disje? C'est un tourbillon de soleils sans nombre se précipitant à travers les abîmes de l'infini, c'est une épouvantable conflagration de mondes énormes ballottés par les vents du ciel; nos orages, nos ouragans et nos foudres sont de doux sourires en comparaison de ce prodigieux et fantastique déploiement des colossales énergies de l'univers.
Lointain soleil : où court-il?... Pauvre étoile : qui l'attire?... Planètes d'un tel tourbillon : qui les emporte?... Où est le but? où est la fin? où est le commencement?... Eh! où allons-nous nous-mêmes? Avec son petit train de 650000 lieues par joiu*, de 29 kilomètres par seconde ( déjà onze cent fois plus rapide qu'une locomotive lancée à toute vapeur), où va la Terre elle-même? Vers quelle plage notre propre soleil nousemporte-t-il? Où donc tout ce qui existe dans la création entière, astres, soleils, planètes, satellites, comètes, prin-
temps, hivers, fleurs, parfums, bosquets, oiseaux, enfants, vieillards, rêves ou souvenirs, espoirs ou désespérances, plaisirs ou douleurs , tyrans et victimes, sages et fous, âmes et étoiles : où donc tout cela tombe-t-il?... 0 nuit! ô vaste nuit!... abîme! profondeur!...
Ciel immense! plus nous avançons, plus tu es noir!
Et ce soleil incendié, ce prodigieux flamboiement céleste, qui en 1572 terrifia l'Europe savante et sans doute aussi les humanités contemplatives qui habitent les autres mondes de notre système! c'est précisément dans cette même constellation de Cassiopée qu'éclata soudain cette étoile enflammée dont la lumière surpassait celle de Sirius au point d'être visible en plein jour. Pendant cinq mois, cette étoile temporaire domina tous les astres de première grandeur; puis elle descendit au rang des étoiles de deuxième ordre, atteignit la troisième grandeur, la quatrième, la cinquième, la sixième, et, dix-sept mois après son apparition, disparut à l'œil nu. Le télescope n'était pas encore inventé pour la suivre plus loin. Qu'est-elle devenue? Déjà en 1264 une apparition analogue s'était montrée dans cette même région du ciel, et les chroniques placent aussi une étoile nouvelle en l'an 945 dans la même région, de sorte qu'on pourrait croire que c'est la même étoile qui a repris ses feux à des intervalles de 319 et 308 ans. L'identification n'est pas absolument certaine, parce que les deux premières apparitions n'ont pas été observées avec une précision rigoureuse et que Ton ne sait pas si elles ont eu lieu juste au même point du ciel ; mais cependant ces phénomènes sont si rares, si extraordinaires, que pour qu'ils se soient produits trois fois dans la même région il faut évidemment qu'ils aient été favorisés par une cause locale; selon toute probabilité, c'est la même étoile qui les a manifestés. S'ils doivent se reproduire une quatrième fois, après un cycle analogue aux deux premiers, c'est précisément à notre époque actuelle, vers 1880, que nous devrions assister à une nouvelle conflagration de ce lointain soleil. L'intérêt capital pour nous est donc de connaître exactement la position de cette étoile et de diriger de temps en temps ime lunette interrogative vers ce point de l'immensité. Déjà nous avons pu remarquer cette étoile sur notre fig. 32 qui est un fac-similé de celle de Bayer, dessinée en 1603, d'après les observations de Tycho, et sur des souvenirs encore frais : on voit qu'elle brillait sur le dossier du trône de Cassiopée, près de l'étoile x; l'atlas d'Hévélius (fig. 31) indique la même position. Exprimée dans les coordonnées habituelles, cette position est, pour l'état actuel du ciel :
Ascension droite = 0*» 18*; Déclinaison boréale = 63» 27'.
On voit aujourd'hui là une petite étoile de onzième grandeur, rougeàtre et un peu vaporeuse, qui pourrait bien être la fameuse étoile dont nous venons de rappeler Thistoire. Chercher au point indiqué sur notre fig. 33. Si ce phénix céleste doit ressusciter prochainement de ses cendres, c'est peut-être un observateur inconnu qui en signalera le premier la réapparition (comme on Ta vu en 1572, et comme on vient de le voir encore tout récemment au Brésil pour la comète australe de février 1880). Que Ton inscrive donc sur son carnet ce point du ciel comme Tun de ceux qu'il convient d'épier lorsqu'on a l'occasion de diriger une lunette de ce côté-là.
Voilà, sans contredit, bien des curiosités astronomiques et historiques rassemblées dans un même quartier de notre ciel boréal. Ce n'est pas tout encore. Entre p et (y, étoiles de cinquième grandeur (<j est une gentille petite double), dirigez une lunette, et vous admirerez un magnifique amas d'étoiles, qui scintille là, en pleine Voie lactée, comme une fine poussière de diamants. C'est miss Caroline Herschel qui la première découvrit ce lointain archipel de soleils en examinant cette région du ciel pendant Tautomne de Tannée 1783 : il a été classé sous le n* 30 de la VP classe d'Herschel, et s'appelle H. VI, 30. D'après le dessin ci-dessous, fait en 1835 par l'amiral Smith, cet amas d'étoiles rappelle un peu la forme d'un crabe (qui aurait la tête au nord-ouest, en bas et à gauche sur la figure).
Telles sont les richesses de la constellation de Cassiopée. Celle d'Andromède est plus opulente encore.
Vous la reconnaîtrez dans le ciel en menant une ligne de la Grande
Ourse à la Polaire et à Cassiopée : le prolongement de cette ligne arrive aux étoiles principales d'Andromède et de Pégase. La première étoile du carré de Pégase se nomme a Andromède; viennent ensuite p ety Andromède, qui conduisent à « de Persée.
Toutes ces étoiles sont de seconde grandeur et très faciles à reconnaître dans le ciel à première vue.
, ^ . , Si maintenant nous voulons faire
Fig. 39. -Amafd'étoUet dam Cassiopée.
connaissance avec chacune des étoiles d'Andromède, la petite carte ci-dessous permettra d'identifier ces étoiles dès la première soirée.
Comme Cassiopée, Andromède a subi dans les atlas célestes les métamorphoses les plus curieuses. Cette charmante princesse est cer-
turre âe l*ifaH