‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 32 sur 373 · TV · texte numérisé non relu

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Fig. iO. « Alignement pour trouver Andromède et Pégase.

tainement ravissante sur le dessin de notre figure 27 (Bode, 1800), inspiré par le goût si délicat de Fart grec oublie pendant toute Li

Fig. 41. — ÉtoUee de la oonetellatioo d'Andromède.

durée du sombre et rude moyen âge. On n'imaginerait pas, si on no les avait sous les yeux, les transformations que cette image a subies

suivant les époques. Au dixième siècle, Touvrage d'Abd-al-Rahman-

al-Sûfi la représente com- 0^;^M/oJMLi^^i^^t''^^^ me on la voit sur notre

I A ^^^^'^r^^ fig. 42, tirée d'un manus-

** ^^ /7 . crit de Saint-Pétersbourg,

publié récemment par Schjellerup. Au douzième siècle, nous trouvons sa caricature {fig. 43) sur un globe arabo-cufîque conservé depuis au musée Borgia. Au treizième siècle, le roi astronome Alphonse X, la voyait sous la forme reproduite fig. 48. Au commencement du dix-septième siècle, en 1603, Bayer Ta dessinée sous les ti:aits de notre fig. 44. Soixante ans plus tard, Hévélius Ta retournée et nous la montre vue de dos (fig. 45), en supposant qu'on voie la voûte céleste du dehors,

comme sur un globe astronomique, ce qui dans tous les siècles a établi la plus grande confusion pour le placement des étoiles.

Enfin, on Ta de nouveau retournée,etnous la voyons désormais de face, comme sur la fig. 27.

Ces six figures astronomiques d'Andromède donnent une idée des métamorphoses que les constellations ont subies sur les atlas célestes, — comme on a déjà pu Tapprécier à propos de Cassiopée — et des difficultés qui en résultent trop souvent pour l'identification des étoiles. Pendant bien

F!g. 42. — Deo^in d'Anc1i'oTnècl« nu dixième siècle.

Fig 43.— Une Andromède du treizième siècle.

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

des siècles on a véritablement oublié les étoiles pour les personnages mythologiques. La constniction des globes célestes qui force à dessiner le ciel à Tenvers, comme si on le voyait de Textérieur, a conduit

Fig. 44. — L'Andromède de l'atlas de Bayer (1603).

d'autre part à retourner les figures, et à les représenter symétriquement, la gauche devenant la droite et réciproquement, comme on le voit en comparant les fig. 44 et 45; certains scrupules de décence ont conduit aussi les dessinateurs à retourner tous les hommes et toutes les femmes du firmament, de telle sorte qu'ils sont tous vus de dos au

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

lieu d'être vus de face, — ce qui, paraît-il, était plus convenable, — et ensuite on est allé jusqu'à les costumer de la façon la plus ridicule. Tout cela est à signaler en passant.

Si ces changements avaient toujours eu pour effet le perfectionnement des figures, on pourrait à la rigueur les justifier ; mais c'est souvent l'effet contraire qui a été produit : on est tombé du beau dans le laid. [A propos de laideur, on se souvient de ce qui arriva à cet acteur extrêmement laid qui représentait le rôle de Mithridate dans

Fig. 45. - L'Andromède de l'atlas d'Héyélius (1690).

la pièce de Racine. En un certain moment d'une scène d'amour, Monime s'écrie : « Ah ! seigneur, vous changez de visage ! » Un plaisant cria du parterre: « Laissez-le faire! » On juge du rire homérique qui accueillit cette repartie. — Et cet avocat aussi laid que célèbre qui, pour obtenir une séparation, allait jusqu'à insulter le mari présent, et, dans un beau mouvement pathétique, à dire au jury : « Mais regarde/ donc cet homme : il outrepasse la permission d'être laid ; on ne trouve rait pas dans le monde entier un homme plus laid que lui. — Avocat, répliqua le président, vous vous oubhez! » Toute l'assemblée se mit à

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

rire, et Tavocat le premier.] Quoique la beauté soit une affaire de goût, on ne peut s'empêcher de remarquer que les changements apportés aux figures des constellations n'ont pas toujours été fort heureux.

Remarque esthétique assez curieuse : artistes et astronomes se sont généralement accordés à nous montrer dans Andromède une charmante princesse blanche et rose, de notre race, tandis qu'elle devait

Fig. 46. — L'Andromède du TempU def Muêtê (1676).

être une éthiopienne colorée d'une nuance chocolat ou pis encore. Je ne connais qu'un petit nombre de tableaux qui aient osé gardé la vérité historique, et, pour la curiosité du fait, je reproduis ici (fig. 46) celui du Temple des Muses, publié sous Louis XIV (1676). Tout le drame astronomique y est du reste représenté.

Étudions maintenant cette constellation. On trouvera au tableau ci-contre les étoiles qui la composent, avec les observations faites depuis deux mille ans.

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'ANDROMÈDE OBSERVATIONS FAITES DEPUIS DEUX MILLE ANS

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

11 y a dans cette liste deux étoiles qui m'ont rempli de perplexité. Ce sont les étoiles t et v, situées sur la jambe gauche d'Andromède, au-dessus du genou. (Voy. fig. 44.) Les catalogues astronomiques et les atlas célestes font' la plus étrange confusion entre ces deux étoiles et une troisième (n* 53, vers la fin de la liste précédente). Ainsi, déjà, sur la figure 27, qui est une réduction photographique de l'atlas do Bode, la lettre r est aff^ectée à l'étoile de droite, la lettre v à l'étoile de gauche, et l'on voit un peu plus à gauche, et formant un triangle avec les précédentes, une troisième étoile sans lettre. Eh bien! ce n'est pas celle de droite qui doit s'appeler t, c'est celle du haut (nommée par erreuru),et c'est la troisième, anonyme, qui estu. Voyez, en effet, n'otre ^gf. 44, qui est une reproduction de celle de Bayer : au-dessuè de y, sur la jambe gauche, sont les étoiles u et r, celle-ci étant la plus haute,

et u à sa gauche. Quant à Tétoile marquée t sur Tatlas de Bode, elle n'existe pas sur la carte de Bayer.

Si nous remontons aux plus anciennes figures, nous reconnaîtrons les trois étoiles y, u et r sur la jambe gauche de T Andromède de l'ouvrage d'Abd- al- Rahman al-Sùfi (x* siècle), dont nous avons reproduit le dessin (fig. 42), et nous les trouverons aussi sur le dessin grossier du globe arabo-cufique reproduit /îj/. 43 et sur lequel il est assez remarquable de rencontrer ces trois étoiles à leur place, car en général les dessinateurs s'inquiétaient fort peu de ce détail astronomique : ils sacrifiaient les étoiles aux figures, au lieu de faire le contraire.

Ces deux étoiles sont les 18* et 19* du catalogue de Ptolémée. Il y a deux mille ans, elles étaient l'une et l'autre de quatrième grandeur, et depuis cette époque il est arrivé dans cette région du ciel les variations dont notre fig. 47 donne quatre spécimens. Sans doute, l'étoile voi-

AaeieiuiemenL Dii<Mptiène tiècto. Dii-huilièno »iicl«. Aojourdliut.

Fig. 47. — Changements arrivés dans l'éclat des étoiles t et 53 Andromède.

sine de u et la 55* n'ont pas varié, et, si elles sont absentes des anciens catalogues, c'est simplement parce qu'elles ne sont que de sixième grandeur. L'étoile x> de 5 'grandeur 1/2, a pu aussi ne pas varier. L'étoile 7, qui est une faible de 2* grandeur, a pu être parfois inscrite de 3* et ne pas varier non plus. Mais les trois étoiles t, u et 53 ont certainement changé d'éclat, puisque cette dernière étoile, qui est actuellement plus visible que v, est absente dans les anciennes observations. Pour reconnaître ces étoiles dans le ciel, cherchez la petite constellation du Triangle, au sud dey Andromède (fig. 41) : la ligne menée par T et 53 se dirige vers le Triangle, tandis qu'une ligne menée par r et V passerait au nord de y Andromède.

Les deux étoiles voisines | et w ont aussi varié d'éclat. Absente des catalogues jusqu'au xvn* siècle, la première apparaît pour la première fois sur la carte de Bayer, en 1G03, comme étant de 4' grandeur, et

depuis elle se maintient aux environs de la 5*. A la même époque, au contraire, sa voisine » était de 6* : elles sont toutes deux aujourd'hui de même grandeur et de 5*. J'ai même trouvé, le 19 mars 1880, » plus brillante que Ç.

L'étoile 9 est descendue de la 4* à la 5* 1/2, Sa voisine <j, jadis aussi de 4% lui était inférieure en 1590 et 1603, et lui est aujourd'hui supérieure.

L'étoile i, qui est ordinairement de 4* grandeur, a été notée de 7* par Piazzi à la fin du siècle dernier (et cette grandeur a été reproduite, sans remarque, par Bessel dans son catalogue de Bradley). On pourrait attribuer cette notification de Piazzi à une erreur de transcription; mais, en 1784, d'Agelet a noté cette même étoile de

6* grandeur. L'année précédente, il l'avait notée de 3* à 4*. Lalande l'a notée une fois de 5* et deux fois de 4*. Harding l'a inscrite de 6*. Elle est aujourd'hui de quatrième et demie, comme habituellement et a peu près de même grandeur que x. Concluons qu'elle subit des fluctuations, rares, mais assez importantes. Encore un astre inconstant!

L'étoile a a été notée de première grandeur par Piazzi, sans doute par erreur, car je n'en ai trouvé aucune autre notification, quoique Babinet ait écrit qu'elle a été « longtemps mise au rang des étoiles de première grandeur » et que son éclat va sans doute en s'affaiblissant. Je ne vois rien qui justifie cette conjecture du spirituel académicien.

Cette constellation renferme une étoile variable que l'on peut quelquefois découvrir à l'œil nu. C'est l'étoile R, située près du groupe 6 p g. {Voy. la fig. 41.) Elle varie de la 6* à la 13* grandeur en 405 jours. Quelle immense échelle de lumière! Quelle physique, quelle optique, pour les mondes qui subissent de telles fluctuations d'éclat dans leur lumière diurne et dans leur température. Passer chaque année par la gradation d'un soleil devenant quatre mille fois plus lumineux et plus ardent à chaque été ! C'est inimaginable pour nous autres habitants d'un calme système où pourtant nous trouvons encore parfois à nous

Fig. 48. — L'Andromède du livre d Alplionte X (ziii* siècle).

LB enrerÂMB tbiplb de oamma Andromède ts

I^amdre d'un contraste trop TÎoIent entre les chaleurs torrides de juillet et le fimd noir du frissonnant décembre.

Le TnaTîmnm actuel de cette étoile variable est arrivé le 29 mai 1 880» époque à laquelle on a pu voir cette étoile k Tœil nu; puis elle a diminué lentement d'éclat, a disparu à la vue, et ne s'est plus laissée observer qu'à l'aide des instruments astronomiques. On pourra la re* chercher de nouveau 405 jours après ce maximum, c'est-à-dire, puisque le 29 mai est le 149* jour de l'année, qu'elle reparaîtra à son prochain maximunle 188* jour de l'année 1881, ou le 8 juillet.

Mais, de toutes les curiosités célestes que renferme cette constellation, l'une des plus merveilleuses est sans contredit la belle étoile triple gamma d'Andromède. Une lunette de faible puissance (notre lunette n* 1) la dédouble en un splendide soleil orangé et un charmant soleil brillant d'une translucide nuance émenude, et un instrument plus puissant dédouble de nouveau celui-ci en deux pierres précieuses, une émeraude et un saphir. Je défie l'esprit le plus froid de contempler cette triple association de soleils sans être saisi d'admiration. Et nul spectacle n'est plus facile à se donner, puisque l'étoile y d'Andromède est une étoile de seconde grandeur que l'œil le plus inattentif peut reconnaître dans le ciel en quelques minutes. (Voy. notre fig.il.) Cet admirable couple, l'un des plus ravissants du ciel, a été découvert le 29 janvier 1777 par Christian Mayer, astronome à Mannheim, qui avait dirigé une lunette l'année précédente sur cette même étoile, sans la voir double, quoiqu'il cherohât des étoiles doubles, c Ce soir-là, écrit-il, je trouvai à ma grande surprise un petit compagnon pâle et à peine visible. Un an plus tard, le 27 janvier 1778, je fus fort étonné de le trouver brillant comme une étoile de 7* grandeur, i II ne fait aucune remarque sur les couleurs, qui sont cependant si frappantes.

Si l'on ne savait combien il faut être réservé sur les observations négatives (car ne pas voir certains détails, même en ayant les yeux dessus, ne prouve point qu'ils n'existent pas), on pourrait croire que la seconde étoile de y d'Andromède n'existe pas depuis longtemps, — ou du moins n'est devenue visible qu'en 1777, car il faudrait tenir compte du temps que sa lumière emploie pour arriver jusqu'à nous. Par une belle nuit d'août 1764, l'habile observateur Messier, se servant d'un télescope newtonien de quatre pieds et demi de longueur, compara attentivement la nébuleuse d'Andromède à l'étoile y pour apprécier sa lumière : or, il ne vit cette étoile ni double ni colorée. En 1776, ime limette de huit pieds ne montra pas davantage ce compagnon à Mayer, qui pourtant cherchait des étoiles doubles. En 1777, il le découvrit, à

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