CHAPITRE IV
Suite des constellations boréales.^ La Grande Ourses. - Le Petit Lion. Voyage aux unlTors lointains.
Vexilla Régis prodeunti nies étendards du roi s'avancent ! » s'écriait le Dante au milieu de son voyage à travers les régions paradisiaques. Mais combien les fictions de la théologie s'eflfacent vite à la lumière de Tétude scientifique, et combien les «panoramas de Tempyrée dantesque deviennent pâles et nébuleux devant ceux de l'immensité éthérée que nous décrivons aujourd'hui! Nous voguons maintenant en plein ciel, et à chaque pas de notre gigantesque traversée nous sommes arrêtés par des créations dont chacune est plus grande que tout le ciel mytho-théologique chanté par le poète italien.
La poésie antique, pour laquelle le ciel n'était qu'un dôme couronnant le théâtre de la vie terrestre, avait transporté dans le firmament les images de la terre. Le sentiment moderne de la nature est incomparablement supérieur à celui de l'antiquité. Comparez aux fictions delà mythologie cette contemplation de notre immortel poëte voyant au fond des cieux les sept étoiles de la Grande Ourse tomber après la création dans l'espace comme les sept lettres du nom divin Jéhovah :
Quand U eut terminé, quand les soleils épars.
Eblouis, du chaos montant de toutes parts,
8e furent tous rangés à leur place profonde,
Il sentit le besoin de se nommer au monde;
Et rÊtre formidable et serein se leva.
n œ dressa sur Tombre et cria : Jéhovah /...
Et dans Timmensitë ces sept lettres tombèrent;
Et ce sont, dans les cieux que nos yeux réverbèrent,
Au-dessus de nos fronts tremblant sous leur rayon.
Les sept astres géants du noir septentrion.
C'est assurément plus beau, comme origine de la Grande Ourse, que les métamorphoses de Callisto ou de la nymphe qui aurait nourri Jupiter sur le mont Ida* Grand et puissant syinbole ! Et pourtant, j'ose le dire, moins grand et moins beau que la simple réalité.
Car chacune de ces étoiles est un soleil splendide rayonnant au
sein de rimmensité profonde; et chaque étoile du vaste ciel est un soleil éclatant, centre de force» de mouvement, d'activité et de vie ; et le ciel est sans bornes ; et jusqu'à Tinfini se renouvellent les soleils et les mondes, et les sept étoiles du nord ne renferment pas le nom du Créateur : elles ne sont qu'une ombre de la réalité infinie,qu'une vague de Focéan sans rivages.
Ck)ntemplées, admirées, chantées, depuis bien des milliers d'années, ces sept étoiles doivent surtout leur célébrité à la situation favorable qu'elles occupent au-dessus de l'horizon des pays européens habités par les contemplateurs et les penseurs. Si l'axe de la Terre était dirigé vers un autre point du ciel, c'est une autre constellation qui aurait été l'objet spécial de l'attention des observateurs cherchant dans les environs du nouveau pôle des astres fixes en situation d'être choisis pour points de repère. Néanmoins, la Grande Ourse est en réalité par ellemême Tune des constellations les plus intéressantes à étudier, l'ime des plus vastes, et l'une des plus riches en étoiles brillantes ou curieuses.
On s'imagine généralement qu'elle est renfermée dans le périmètre des sept étoiles classiques; notre fig. 65 montre au premier coup d'œil qu'elle est beaucoup plus étendue et beaucoup plus riche. Lie tableau suivant présente l'ensemble des étoiles qui la constituent, jusqu'à la cinquième grandeur, avec les observations d'éclat faites sur chacune d'eues depuis deux mille ans.
Remarquons, à propos de cette classification, que Bayer est généralement accusé de n'avoir suivi aucun ordre pour cette constellation en particulier; cependant, si l'on observe avec soin Taspect de cette constellation dans le ciel, on est surpris de voir que ses caractères évidents ont été admirablement conservés dans cette classification. Ainsi, après les sept étoiles légendaires, qu'y a-t-il de plus frappant dans cet arrangement? Cesont les trois couplesdes trois pieds, et justement Bayer les a désignés par les lettres successives i x pour le premier, X \L pour le second, et v Ç pour le troisième ; et, de plus, la lettre intermédiaire, 9, a été justement donnée à l'étoile qui conduit du chariot au premier couple.
Les sept premières ont reçu des Arabes les noms de Dubhé, Mérak, Phegda, Megrez, Alioth, Mizar et Denetrutô/i. Le premier de ces noms vient de l'arabe Dubb « ours » ; le second est l'abr^é de Merak-aldubb-al-akbar « les reins du grand ours » ; le troisième vient de Fekhah-al-dubb-al-akbar « la cuisse du grand ours » ; le quatrième de Maghrez-al-dubb-al-akbar « la racine de la queue » ; la cinquième étoile, ou la première de la queue, est nommée Alioth dès le treizième