CHAPITRE V
Constellations ▼oisines de la Grande Ourse. Les Chiens de chasse.
La plus belle nébnleose dn ciel. La Cherelnre de Bérénice.
Le Bouvier. La Couronne boréale : un incendie céleste.
Regardez encore la queue de la Grande Ourse : au-dessous d'elle, formant à peu près un angle droit avec une ligne tracée entre les deux dernières étoiles Ç et», vous remarquerez une étoile solitaire, de troisième grandeur, assez brillante ; c'est la plus belle de la constellation des Chiens de Chasse; elle porte le n* 12 dans le catalogue de Flamsteed, et Bode lui a donné la lettre « (se servir de notre fig. 67).
Cette constellation n'est pas ancienne. Elle a été formée vers Tan 1660, par Hévélius, à l'aide des étoiles situées entre la Grande Ourse et le Bouvier; l'astronome de Dantzig a dessiné là sur la sphère céleste les deux Lévriers que l'on voit sur notre fig. SO; ils sont tenus en laisse par le Bouvier, dont le caractère antique est ainsi changé, et s'élancent à la poursuite de la Grande Ourse. Ce serait peine perdue d'en chercher la forme dans le ciel; le seul point intéressant pour nous est de trouver Tétoile principale, de troisième grandeur, nommée aussi par Halley « le Cœur de Charles II » (ce qui fait qu'on la dessine parfois dans un cœur couronné : voy. fig. 79), et cette recherche n'est pas difficile si Ton sait se servir à propos de la queue de la Grande Ourse, comme nous venons de le faire.
L* étoile dont nous parlons est Tune des plus joUes étoiles doubles du ciel. Dirigez une lunette vers elle et vous verrez apparaître soudain un couple lumineux, composé de deux petits soleils ravissants, l'un brillant d'une belle couleur jaune d'or^ l'autre plus modeste et nuancé de nias. La distance angulaire qui les sépare est de Stf; grandeurs = 3,2 et 5,7. (Voy. la fig. 6 de notre planche d'étoiles doubles colorées.) Nous avons les yeux sur ce couple depuis Tannée 1778, et nous n'y avons pas observé le moindre changement. Ces deux astres restent fixes l'un par rapport à l'autre, mais sont associés ensemble et voguent avec une grande vitesse à travers Vimmensité... Je n'ai jamais pu les regarder sans me sentir attiré par leur douce lumière et
sans éprouver le désir de m'envoler dans leur attraction lointaine, où les jours et les nuits, les lumières et les couleurs, les deux et les terres, les êtres et les choses, doivent s'offrir à la vue sous des aspects tout différents de ceux auxquels la nature terrestre nous a accoutumés.
L ami des contemplations célestes pourra encore chercher dans cette petite constellation une seconde étoile double assez intéressante, c'est celle qui porte le n* 2. Elle est composée de deux astres de 6* et 0* grandeuî^j écartés à 1 1' Tun de Fautre ; jaune d*or et azur; couple él^ant.
I?0 LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE
Si maintenant nous voulons nous rendre compte do Tensemble des petites étoiles qui scintillent doucement dans cette région du ciel, servons-nous de notre ^g. 78, dessinée spécialement pour elles et pour celles de la Chevelure, et, par une belle soirée, essayons de les reconnaître dans le ciel { * ) •
Mais nous n'avons pas encore tracé la liste des étoiles principales de cet astérisme. La voici. Elle n'est pas longue.
ÉTOILSS PamCIPALBS DB8 CHISNS DB CHA88B
24 ii 5i 5.6 5 5 4,8
La première de ces étoiles est marquée de troisième grandeur dans Ptolémée, dans Sûfi et dans Ulugh-Beigh, de deuxième dans Tycho Brahé comme dans Hévélius. Cette différence s'explique par l'éclat même de l'étoile : c'est une brillante de la troisième grandeur. L'étoile 21 a diminué d'éclat; la 20* a, au contraire, augmenté; il en est de même de la 19*, notée de 7* grandeur par Flamsteed et Piazzi, de 5* par Heis, et actuellement de 6*; la 24* subit certaines fluctuations : le rapport n'est plus aujourd'hui le même qu'il était il y a deux siècles, dans la classification d'Hévélius.
Cette petite constellation ne nous retiendrait pas davantage ici si elle ne renfermait dans son écrin le plus merveilleux bijou du ciel télescopique^ la fameuse nébuleuse en spirale^ dont la forme a été révélée par le télescope de lord Rosse. Cet univers lointain a été découvert en 1772 par Messier, dans la lunette duquel on distinguait
(*) Gomme les étoiles de ces deux constellations sont désignées par les numéros des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi, profitons de la circonstance pour remarquer une fois pour toutes que ces numéros se suivent toiyours par ordre d^ascension droite, de Fouest à Test, c*est-à-dire de droite à gauche, dans le sens du mouvement diurne. Les principaux sont ceux de Flamsteed. Mais quand une étoile n*a pas été observée par cet astronome, il est convenable de la désigner sous le numéro qu*elle porte dans le meilleur catalogue qui a suivi le précédent, dans celui de Piazzi ; seulement, pour qu*il n'y ait pas d*équivoque, nous avons inscrit sur nos dessins les numéros de Piazzi entre parenthèses.
FIg. 99. «» tdt BomTtor, la OMuromM b«réia«,
I, IM OhlMis êê Obame, la CbÊrwéiwf de Bèrénlocw A8TH0N0MIB. — 8UPPLÉMBNT. 16
deux espèces de foyers de condensation, éloignés Tun de l'autre de 4'35', enveloppés chacun d'une vague atmosphère. Les deux atmosphères lui paraissaient se toucher. Remarque assez curieuse : dans tous les dessins de nébuleuses, on s'aperçoit que l'esprit de l'observateur ajoute à ce qui est visible des détails qu'il ne voit pas et qui, à son insu, lui paraissent nécessaires pour compléter son dessin. On n'imaginerait pas, si on ne les avait sous les yeux, les transformations singulières que cette nébuleuse a subies, à mesure que s'est accrue la puissance des instruments dirigés vers elle! Une lunette de moyenne puissance montre dans la nébulosité qui environne le noyau principal
Fig. 80. — La nébuleute des Chiens de oUese vue dans une lunette moyenne.
FIg. 81. ^ La nébuleuse des Chiens de ohasse ▼ue dans une bonne lunette.
une zone semi-circulaire de condensation, qui semble se détacher comme une fumée légère entre les deux noyaux, sans entourer entièrement le noyau principal ; c'est ainsi que les astronomes la dessinaient vers 1830 (^gf. 80). Lorsque, ensuite. Sir John Herschel dirigea vers elle le grand télescope de 45 centimètres qu'il avait fait installer au cap de Bonne-Espérance pour la révision générale du ciel étoile, il vit que le noyau principal était entièrement entouré d'un anneau complet, qui se dédoublait lui-même sur près de la moitié de son contour, comme on le voit sur notre fig. 81. Cette structure rappelait si bien celle de notre Voie lactée, qui nous entoure de toutes parts, que l'on s'accorda à voir en elle une image de notre univers, et qu'on la présenta généralement sous ce type dans les traités d'astronomie. En