‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 63 sur 373 · LA MERVEILLE DES NÉBULEUSES · texte numérisé non relu

LA MERVEILLE DES NÉBULEUSES

effet, si nous nous supposions habiter vers les régions centrales de cet univers lointain, nous verrions véritablement une voie lactée faire le tour de notre ciel et reproduire là-bas les aspects sidéraux que nous contemplons à bord de notre île flottante. Eh bien ! ce n'était pas encore là la vérité. Un soir de printemps de Tannée 1845, comme il vc-

FIg. S2. — r.a nébuleuse des Chiens de chasse vue dans le grand télescope de lord Rosse.

nait de mettre la dernière main au miroir de son immense télescope (de l^jSS) et l'essayait sur les plus belles nébuleuses du ciel, lord Rosse s arrêta tout à coup, stupéfait par le tableau qui venait d'apparaître ! Ni les brillantes soirées de la cour de Londres, ni les diamants étincelants sur les blanches épaules des divinités du bal de la jeune reine Victoria, n'auraient excité en lui la môme admiration. Cette étrange nébuleuse apparaissait dans le champ du télescope sous

la forme d'une succession de spirales constellées, s'enveloppant les unes les autres en suivant les courbes harmonieuses de la figure elliptique, et s'étendant jusqu'au noyau secondaire, qui par là se montrait appartenir définitivement au même système. Un prodigieux tourbillon de soleils se révélait dans cette splendeur. L'esprit s'envolant jusqu'en ces profondeurs étoilées traversait un nouvel univers, oubliait le nôtre, et marchait sur de la poussière d'astres. Chacun de ces grains de poussière est un soleil. Ils paraissent se toucher, mais ils sont séparés les uns des autres par des millions et des milliards de lieues. La main des siècles a contourné ces myriades de soleils en spires consécutives. Tout cela se meut, tout cela vibre, tout cela gravite, et la forme générale du système semble indiquer qu'il se meut lui-même tout d'une pièce à travers l'espace en laissant de légères traînées en arrière de sa marche. Lorsqu'on songe que chacun de ces soleils peut être le centre d'un système planétaire, Timagination reste absolument confondue devant un spectacle aussi grandiose : elle ne peut plus que se taire et admirer. C'est alors que viennent à la pensée les dernières paroles de Laplace étendu sur son lit de mort : oc Ce que nous savons est peu de chose : ce que nous ne savons pas est inunense. » Ces traînées de soleils tombant vers un centre commun nous donnent le témoignage de la plus immense période de durée que le ciel ait jamais révélée à l'intelligence humaine. Déjà, en voyant des étoiles toutes formées, on conçoit, devant le calme des régions célestes, quel nombre formidable de siècles ont dû s'entasser pour arriver à condenser, à individualiser en soleils distincts la matière cosmique primitive. Mais, quand on voit une telle réunion de soleils, une voie lactée tout entière, qui s'est mise en mouvement, a pivoté sur son centre de gravité de manière à former par le rapprochement de ses soleils des spirales d'étoiles allant en tournant vers un foyer de réunion future, on est effrayé de l'incommensurabilité du temps qui a été employé à contourner ces spires prodigieuses ; le mouvement séculaire de chaque étoile étant si minime, si imperceptible, qu'on les appelle toujours des étoiles fixes, même pour les étoiles les plus proches de nous, combien ne doit-il pas être plus imperceptible encore pour des astres éloignés à de pareilles distances I Combien de milliers, combien de millions de siècles n*a-t-il pas fallu pour déterminer l'arrangement lent d'un tel univers ! On peut dire que si les jauges d'Herschel nous ont fait pénétrer dans les profondeurs lointaines de Tespace, les découvertes de lord Rosse sur les nébuleuses en spirale nous ont fait pénétrer dans les profondeurs du temps, et que ces nébuleuses offrent

AMAS lyÉTOILES DANS LbS CHIENS DE CHASSE it5

yraiment à nos r^ards émerveillés le plus ancien témoignage de Vexistence de la matière.

D'ailleurs, c'est aux dépens des régions étoilées au sein desquelles elles trônent que ces agglomérations splendides se sont formées, c Les espaces qui les environnent, écrivait déjà William Herschel il y a près d*un siècle, se montrent souvent dénués d'étoiles; rien ne se présente dans le champ de la vision ; lorsqu en cheminant ainsi (par le mouve* ment diurne du ciel, le télescope restant immobile) je venais à rencontrer tout à coup quelques étoiles d*une certaine grandeur, j'étais sûr de Tapparition presque immédiate d'une nébuleuse. » Et le grand observateur avait l'habitude de prévenir ainsi son secrétaire : t Préparezvous à écrire, les nébuleuses vont arriver. »

La région du ciel que nous décrivons en ce moment, celle qui est occupée par les Chiens de Chasse, la Grande Ourse, ^*»M.-Peiium«fdaoinmi«d«iouu» le Petit Lion, le Lion, la Chevelure de -•-'-chieo.cech^e. Bérénice, la Vierge, est la plus riche du ciel en nébuleuses. Non loin de la nébuleuse précédente, dans la même constellation, entre le Cœur de Charles et Ârcturus, plutôt plus près de cette dernière étoile que de la première, on en voit une autre, moins belle assurément, mais néanmoins fort intéressante, car c'est là un amas d'étoiles presque globulaire, de 6 h 7 minutes de diamètre, et qui se montre composé d'environ un millier de soleils {fig. 83). Trois étoiles relativement brillantes semblent l'enfermer dans un triangle et ajoutent encore à la beauté . ^ ^

** , 1 r M 1 ^^' ^* " L'amas dcx Cillent de chatte^

du champ. Voila encore un ^u <laDS un puUsant instrument.

univers lointain qui s'ofire à nos regards à travers les profondeurs de rimmensité.

i26 LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE

Cet amas d'étoiles devient magnifique (fig. 84), vu dans une lunette de quinze ou ' seize centimètres ; deux soleils étincellent au centre, et plusieurs traînées d'étoiles semblent rayonner au loin, comme si la gravitation les avait disposées en lignes symétriques. Quel pofime que cet univers perdu au fond des cieux! Qu'il est plus éloquent à lui seul que l'JIiade, VOdyssée^ la Divine Comédie^ la JértAsalem délivrée et la Henriade réunies!

Notre description générale du ciel va maintenant nous arrêter un instant sur une petite constellation dont l'origine est fort poétique et dont l'extrait de naissance est le seul qui nous ait été conservé parmi les constellations anciennes : la Chevelure de Bérénice.

On voit à l'œil nu un amas d'étoiles tremblant dans l'azur, situé au sud du Cœur de Charles, entre Arcturus et le Lion. Cet amas d'étoiles n'avait pas encore reçu de nom, lorsque, vers l'an 245 avant notre ère, arriva l'épisode chanté par Catulle. Bérénice, fille du roi Ptolémée Philadelphe, venait d'épouser son propre frère, Ptolémée Évergète, lorsqu'il fut obligé d'aller combattre Séleucus II, roi de Syrie. Inconsolable, elle jura à Vénus de faire le sacrifice de son opulente chevelure si son bien-aimé revenait victorieux, et, le jour même du retour du roi, elle porta au temple cette fameuse chevelure : mais, pendant la nuit suivante, elle fut volée, sans doute par un prêtre. Désespoir de Bérénice! Fureur de Ptolémée! On dit que l'astronome Conon, dont la science était très révérée, est le seul qui soit parvenu à calmer le ressentiment des jeunes époux en leur montrant cet amas d'étoiles et en leur affirmant qu'il venait d'apparaître et qu'il n'était autre chose que la chevelure elle-même emportée pa** Vénus dans la voûte étoilée. Une reine, une jeune reine surtout, convaincue d'être d'une autre race que le commun des mortels, est assurément dans les conditions d'esprit convenables pour croire à cette métamorphose : je n'en veux pour preuve que l'étonnement de cette princesse de la Cour de Louis XIV qui, venant de compter cinq doigts sur la main de sa femme de chambre, avait peine à en croire ses yeux, ayant été convaincue jusque-là que les princesses étaient faites autrement que les autres femmes. Conon dessina une chevelure sur le globe céleste de l'observatoire d'Alexandrie, et cet astérisme est resté désormais au nombre des constellations. Callimaque en fit un poëme, que plus tard Catulle traduisit en élégie. Cette élégie, toutefois, n'a rien de particulièrement astronomique, comme on peut en juger par cet exorde : « 0 Vénus! les jeunes mariées prétendent que tes plaisirs leur sont désagréables ! Mais comme elles sont feintes ces larmes versées avant

LA CHEVELURE DE BËRfiNIGB 127

d*entrer au lit nuptial, et qui troublent la joie de leurs parents ! J'en atteste les dieux, ce n'est là qu'une feinte : écoutez les soupirs de Bérénice désirant le retour rapide de son époux arraché de ses bras pour aller affronter des combats plus meurtriers, »

C'est dans le catalogue de Tycho Brahé (1590) que la constellation de la Chevelure de Bérénice apparaît pour la première fois comme constellation séparée et portant son nom tout entier ; jusqu'alors on trouve ses étoiles décrites à la fin de la description du Lion, et comme un appendice à cet astérisme, sous le nom de Cheveux ou de Chevelure. C'est sans doute la raison pour laquelle plusieurs astronomes ont attribué à Tycho la création de cette figure. Autrefois, on en faisait aussi une gerbe d'épis, qui se trouve, du reste, au pied du Bouvier tenant une faucille : en 1603, Bayer l'a encore ainsi représentée, d'après d'anciens manuscrits. (Voy. plus loin, fig. 88.)

Ptolémée désigne néanmoins trois étoiles de cet astérisme sous le nom de irXoxa[to^ (chevelure), et au dixième siècle de notre ère, Sûfi les nomme aUdhafira (la natte de cheveux). Voici du reste les composantes de ce petit groupe :

ÉTOILES PRINCIPÀLB8 DB LA CHEVBLURS D£ BÉRÉNICE

1590 IMO 1700 1800 1840 1800 1880

li 0 0 44 5 5 5 5,5

Il n'y a pas grand'chose à tirer de cette série, parce que les observations anciennes manquent de précision, et que rien n'est plus facile que de prendre une étoile pour une autre dans un groupe aussi serré que celui-là. Quelques étoiles, comme la 42% n'ont pas été observées anciennement, tout simplement parce qu'elles sont assez écartées du groupe, et l'on ne peut rien conclure sur leur état antérieur. Cepen-

i^ LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE

dant, il ne me semble pas douteux que les étoiles qui portent les n*^ 18 et 21 aient diminué d'éclat, car sur les anciens atlas elles sont marquées de même grandeur que leurs voisines, tandis qu'aujourd'hui elles sont beaucoup moins apparentes. Anciennement, la plus brillante était la 15*; actuellement, on peut classer par ordre d'éclat 43, 15, 16 et 42. L'étoile 23, autrefois de quatrième grandeur, est à peine de cinquième aujourd'hui, et il en est de même de l'étoile 35. (Il ne faut pas se fier rigoureusement aux grandeurs de Tycho, qui parait les avoir exagérées.) L'étoile 36 paraît flotter entre 4 1/2 et 5 1/2.

Pointez une lunette quelconque vers cette région du ciel, et vous serez véritablement émerveillé des richesses étoilées qui rempliront le champ télescopique, surtout si vous employez un faible grossissement et si vous avez un champ vaste et clair. Il y a là un grand nombre de petites nébuleuses. L'étoile qui porte le n* 12 est une étoile double très facile à trouver. Ses composantes sont de 5* et 8* grandeurs, écartées

à 66'. L*étoile 24 est encore plus jolie : grandeur =3 5* 1/2 et 7% orange et liUs^ écartées à 21'; couple exquis, facile à observer (fig. 85), système fixe, jusqu'à présent. L'étoile 35 est triple : le compagnon éloigné, de 8* grandeur, brille à 28' de l'étoile principale, laquelle, dans les instruments puissants, se dédouble elle-même, montrant tout près d'elle, à r,4 un petit compagnon de huitième grandeur; depuis 1828, année

FIg. 85. — L'étoile double 24 Chevelure. j^j^^ i l'l i

* de sa découverte, ce petit couple

a déjà tourné de 40 degrés, ce qui indique une période de quatre à cinq cents ans. C'est un système de trois soleils qui voguent ensemble à travers l'immensité.

Cette petite constellation renferme l'un des couples orbitaux les plus rapides du ciel : l'étoile 42, qui est une double très serrée (une demi-seconde seulement d'écartement) et ne peut être dédoublée que par les instruments les plus puissants. Ce système de deux soleils égaux offre cette particularité, de tourner justement dans le plan de notre rayon visuel, de telle sorte que nous ne le voyons que par la tranche ; mais il tourne très vite : la révolution des deux soleils

autour de leur centre commun de gravité ne demande que 25 ans pour s'accomplir.

Mais voici le Bouvier qui nous appelle, le Bouvier, Tune des plus anciennes constellations de la sphère, et Tune des figures qui paraissent le mieux en rapport avec ce mouvement silencieux du ciel qui entraîne tous les astres d'heure en heure de l'orient vers l'occident.

Fig. 86. — AndenDM coiuteUatloAt (d'après une gravure de l'an 1551).

L'idée de pasteur, de gardien de troupeaux, s'associe si naturellement à la contemplation des étoiles, que l'on est porté à les animer d'une vie lointaine et à les faire garder ou conduire, comme on voyait autrefois, dans les vastes plaines de la Chaldée, les tribus nomades s'avancer lentement à travers les contrées. C'est certainem^t par une association d'idées analogues, que dès les premiers âges on a dessiné dans le ciel la figure d'un homme des champs, berger, moissonneur,

ASTRONOMIB. — SUPPLftilXNT. 17

i» LA CONSTELLATION DU BOUVIER

agriculteur, conducteur de troupeaux, chasseur, voyageur, car le Bouvier a reçu tous ces noms et bien d'autres. Il gardait les sept étoiles du nord, les Septem Triones.

L'une des plus anciennes figures que je connaisse de cette région du ciel (à part celles des manuscrits arabes, qui diffèrent trop des nôtres) est un planisphère d'une édition grecque et latine des Phénomènes d'Âratus, imprimée à Paris en 1559, à une époque fort antérieure aux remaniements et additions dont la sphère céleste a été l'objet au

Fig. 87. — Anolen denin du Bonrier (graYure tnr bois de l'an t485).

XVII* siècle. J'en reproduis ici {fig. 86) un fragment, lequel, malgré la grossièreté de ces premières figures sur bois, donne une idée satisfaisante de l'état de la sphère enseignée à la Sorbonne il y a plus de trois siècles. On y remarque d'abord que le pôle était encore fortloin de notre Polaire actuelle et que cette carte du ciel est même construite sur un dessin plus ancien. On y remarque ensuite le vide énorme qui s'étend tout autour de la Grande Ourse et où plus tard on a dessiné la Chevelure, les Chiens de chasse, le Petit Lion, le Lynx, la Girafe, etc. On y remarque enfin un véritable Bouvier, une main levée, paraissant faire signe au troupeau, et la houlette de l'autre main ; il porte un costume du temps de Henri II, ce qui s'explique fort bien — mais heureusement qu'on n'a pas continué de faire subir aux constellations

nos changements de mode. — Cette figure est très correcte quant au Bouvier, entre les jambes duquel on voit briller Arcturus. D ne faudrait pas croire cependant que la Gerbe ou la Chevelure n'existaient pas avant cette époque, car, sur un autre ouvrage de ma bibliothèque* lePoeticona^tronomicond'Hyginus, imprimé à Venise en 1485, c'està-dire aux premiers temps de Timprimerie, soixante-quatorze ans

Fig. 88. - Le Bouvier de l'ftUat de Beyer (1803).

avant l'ouvrage précédent, cette même constellation du Bouvier est dessinée telle qu'on la voit {fig. 87), avec une faucille à la main et une gerbe à ses pieds. L'atlas de Bayer (1603) a conservé la même tradition (fig. 88), et nous représente le personnage dans l'attitude d'un moissonneur qui vient de couper la gerbe; ici, ce n'est plus le gardien des bœufs, « le Bouvier », ni le gardien de l'Ourse « arctophylax », comme on l'appelait. Son caractère change de nouveau dans î'atlssd'Hévélius, qui, dessinant là les deux Chiens de chasse, enlève

la faucille de la main du Bouvier et lui fait tenir en laisse ces deux lévriers qui vont se précipiter à la poursuite de la Grande Ourse. Depuis, comme on Ta vu sur notre fig. 79, on a remis la faucille dans la main du Bouvier, ce qui complique encore sa situation.

On trouve aussi chez les Arabes les noms de Gardien du Nord, de Fossoyeur, de grand Hurleur et de Crieur. Ils appelaient Arcturus Simâh, parce qu'il s'élève très haut dans le ciel.

Quoi qu'il en soit, l'important pour nous est de faire connaissance avec les étoiles de cette constellation, et d'abord avec son étoile principale, Arcturus, qui resplendit si brillamment dans cette région du ciel et qui est, avec Véga, la plus belle étoile de notre hémisphère boréal. Certaines mesures photométriques placent Véga avant Arcturus; mais je donnerais volontiers la préférence à celle-ci pour l'ardeur de sa coloration. Véga est d'une blancheur immaculée; Arcturus brille comme un feu : la première est un diamant blanc d'une limpide pureté ; la seconde est un diamant jaune du Cap . Arcturus étincelle d'une couleur plus chaude, et ce n'est pas seulement une apparence : ce lointain soleil flamboie dans l'immensité avec une telle ardeur qu'on a déjà pu mesurer sa chaleur au thermomètre ! Sans doute le rayon venu d'une étoile perdue à 62 trillions de lieues d'ici, et obligé de courir pendant plus de vingt-cinq ans à travers l'espace glacé pour arriver jusqu'à nous, ne peut pas garder en lui une chaleur bien sensible; cependant elle suffit pour faire dévier l'aiguille d'un galvanomètre et pour se montrer considérablement supérieure à celle de Véga, qui pourtant elle-même n'est pas tout à fait insensible. Par contre, lorsqu'on fait la photographie de ces deux diamants de notre ciel, la lumière argentée de Véga impressionne beaucoup plus rapidement la plaque coUodionnée que la lumière dorée d'Arcturus : celui-ci est plus chaud et moins photogénique.

Rien n'est plus facile que de trouver Arcturus dans le ciel. Revenons à notre chère Grande Ourse, qui nous a déjà rendu tant de Y) .^-f^^'.^^ , services : regardez-la, prolongez * 1 f par la pensée la ligne courbe trat i cée par les trois étoiles de sa queue : cette ligne idéale conduit Fig.89T-Aiigne«nantpourtroaYerArc^ directement et saus équivoque

le Bouvier et la Couronne. pOSSible à Tétoilc ArcturUS, dc

première grandeur. Lorsqu'une fois vous l'aurez trouvée, vous ne pourrez plus jamais Voublier, d'autant plus que son nom indique jus-

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LE BOUVIER. - ARCTURU8 133

iement sa position : arctos-oun^ à la queue de TOurse. Il est ensuite tout aussi facile de remarquer les autres étoiles principales du Bouvier et celles de la Couronne, qui lui est contigufi.

Arcturus est la première étoile que Ton ait observée en plein jour : c*est Morin qui a fait cet essai en 1635(Morin est le demir astrologue de France : il était caché dans la chambre à coucher delà reine Anne d'Autriche à llieure de la naissance de Louis XIV et tirait très sérieusement llioroscope du bébé). On peut toujours la trouver avec une lunette, lori9qu'on sait où elle est, n'importe à quelle heure du jour. Les bonnes vues peuvent la reconnaître à ToBil nu un quart d'heure après le coucher du soleil : c'est la première étoile que Ton voie briller au ciel (à moins que Vénus ou Jupiter ne soient sur Thorizon, ce qui n'infirmerait pas, du reste, la proposition précédente, puisque Vénus et Jupiter sont des planètes et non des étoiles). U n'est besoin d'aucun témoignage historique pour affirmer que Arcturus, V^, Sirius, ont été remarquées les premières dans le ciel, attendu que si Adam et Eve avaient réellement existé, ils n'auraient pu s'empêcher de les voir. Certains commentateurs pensent que c'est d' Arcturus que Job parle au verset 9 de son chant IX, et dont Amos parle aussi au verset 8 de son chant V; mais, conmie ces mots hébreux ne comportent pas une précision absolue, contentons-nous de nous souvenir que le vieux podte Hésiode et le non moins vénérable Homère signalent cette étoile à l'attention des navigateurs et des agriculteurs : elle régissait les travaux des champs et présageait les tempêtes. Au premier siècle avant notre ère, Virgile conseille de labourer à réiA>que

où brille Arcturus :

Al si non ftierit teUus féconda, sob ipsum Arctorum tenui sal erit suspendere suloo.

dit-il dans les Géorgiqtiea (livre I, vers 68). Plus loin (I, 239), il conseille d'attendre le coucher du Bouvier pour semer les lentilles. A ces époques lointaines, les astres étaient beaucoup plus intimement associés que de nos jours à l'observation de la nature et même aux affaires humaines. Démosthènes nous apprend qu'une certaine sonmie d'argent avait été prêtée de son temps à 23 pour cent d'intérêts sur un vaisseau qui faisait le voyage d'Athènes en Crimée, mais que le créancier aurait 30 pour cent à payer si le navire ne revenait pas avant le retour d' Arcturus, cette étoile amenant les tempêtes. D y avait toutefois des sceptiques qui se riaient des astres conmie des dieux, exemple

Horace:

Nec sttYus Arcturi cadentis Impetus, aut orientis HaedL

i34 LE BOUVIER — ARCTURU8

Oui, cette étoile est Tune des plus brillantes, des plus importantes et des plus illustres de notre ciel. Elle est la première donton ait cherché à déterminer la distance à la Terre, mais tous les efforts furent inutiles, et, à la fin du siècle dernier, Piazzi déclarait qu'il y avait absolument perdu son latin. On la croyait cependant Tune des plus proches, tant à cause de son éclat qu*à cause de son grand mouvement propre. Les mesures échouèrent jusqu'en 1843, année où l'astronome Peters parvint à découvrir dans son microscopique mouvement annuel une parallaxe de <yi27, ce qui équivaut à 1 624 000 fois le demi-diamètre de Torbite terrestre ou à 62 milliers de milliards de lieues. Ce soleil doit être incomparablement plus immense, plus prodigieux, plus brûlant, plus ardent que le nôtre, et si nous pouvions nous envoler dans l'espace et nous approcher de lui, nous ne pourrions l'atteindre sans être éblouis, aveuglés, consumés, fondus comme de la cire, longtemps avant d'arriver aux régions incendiées de son ardente atmosphère. L'analyse spectrale nous montre en lui la même constitution physique et chimique que celle de l'étoile autour de laquelle nous voletons, pauvres éphémères tournant autour d'une lumière destinée à nous absorber tous.

Arcturus est aussi la première étoile dont le mouvement propre ait été déterminé, il y a déjà 163 ans, lorsqu'en 1717 Halley compara les positions en latitude de cette étoile, de Sirius et d'Aldébaran, avec celles qui avaient été observées par Hipparque, 127 ans avant notre ère. Ce mouvement est si rapide, qu'on peut le constater sur des observations faites à l'œil nu : il est de 0^,078 en ascension droite vers l'ouest, et de l'91 en déclinaison vers le sud, c'est-à-dire que cette étoile se déplace dans le ciel de 2^25 par an, suivant un arc de grand cercle dirigé vers le sud-ouest, qu'en huit cents ans ce déplacement égale le diamètre apparent de la Lune, et que depuis l'époque d'Hipparque elle a déjà parcouru 75 minutes d'arc ou 1 degré 15 minutes. Comme on peut le voir sur ma carte générale des mouvements propres (Astronomie populaire, p. 797), cette brillante étoile, actuellement située par XIV heures 10 minutes d'ascension droite et 19*47' de déclinaison boréale, se précipite vers l'équateur, s'échappe de notre hémisphère et va s'incorporer pour l'avenir parmi les astres de l'hémisphère austral.

Tel est le mouvement que nous observons sur la sphère céleste. Mais cette étoile n'est pas lancée dans l'espace tout juste perpendiculairement à notre rayon visuel : il n'y a aucune raison poUr que cette coïncidence se présente plutôt qu'une autre, puisque nous habitons, répétons-le, n'importe où dans l'univers. Les ingénieux procédés

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