U4 CURIEUSE ÉTOILE DANS LA COURONNE BORÉALE
nutes ; et la cinquième varie de 7^7 à 10,5 en une période encore indéterminée.
Oui, la troisième, T, mérite une histoire spéciale. Un beau dimanche du mois de mai 1866 (c'était un 13, mais les chiffres n'ont plus rien de néfaste aujourd'hui), par une soirée splendide, mon savant ami l'ingénieur Ck)urbebaisse était assis sur la terrasse de son petit observatoire de Rochefort, lorsqu'en examinant le ciel, suivant sa vieille habitude, il aperçut tout à coup dans la Ck)uronne une étoile presque aussi brillante que la Perle, et qu'il n'avait jamais vue. Le cœur du savant palpita d'une émotion bien légitime : tout le monde sait qu'il n'y a pas deux étoiles de seconde grandeur dans la Couronne ; il regarde à deux fois, se frotte les yeux pour être sûr de ne pas rôver, et finalement constate qu'il y a là, brillant magnifiquement, une étoile certainement nouvelle (^).
Nouvelle? De quelle date? La veille, le temps était pluvieux et l'observateur n'avait pu contempler son ciel ; mais l'avant- veille, le 1 1, il l'avait examiné comme d'habitude, avait également observé la Ck)uronne, et n'y avait rien remarqué d'extraordinaire, de sorte qu'il put affirmer avec conviction que très certainement cette singulière étoile ne brillait pas là le 11.
Combien les observateurs du ciel sont rares ! Sur quatorze cent millions d'humains qui peuplent notre planète, il n'y en a peut-être pas un millier qui, regardant le ciel ce soir-là, se seraient aperçus d'un changement et auraient reconnu la nouveauté de l'étoile. Et, sur ce millier d'hommes familiers avec l'aspect du firmament, il n'y en a eu que trois qui aient remarqué l'événement à son apparition. En effet,
(') € Je courus annoncer la nouveUe à ma famille, m*écrîyait le sympathique observateur. — Eh 1 me répliqua-t-on, ce n*est pas possible, c*est une illusion. — Venez la voir vous-mêmes. — Il fait trop froid. — On fait toilette pour moins que cela : on ne voit pas tous les jours une nouvelle étoile. — Je les entraînai sur la ter* rasse; ces dames la virent comme moi; et lorsque je leur eus montré, sur mes cartes, qu*il n'y avait, au point que je leur avais fait remarquer, aucune étoile indiquée, et que j*eus dit que c'était une découverte très rare, qu'on n'en citait guère plus d'une par siècle, on fût pris d'un grand enthousiame. Je cherchai à le calmer en disant que tout le monde pouv&it la voir comme nous, et que nous prenions seulement notre part d'un spectacle intéressant pour tous ceux qui y assistaient. Mais on me soutint que j'avais dû être seul à la voir, et que les autres ne la verraient que d'après mes indications, c S'il en est ainsi, leur dis-je, en riant, et qu'elle doive durer, nous pourrions la nommer; je vous en fais marraines. — Donnons-lui votre nom! — Mon nom ne signifie rien, et il faut lui donner un nom qui rappelle une des aspirations de l'époque, — Eh bien, qu'elle se nomme Pax, la paix! — Très bien 1 dis-je, d'autant plus qu'elle pourrait être d'un bon conseil pour une couronne boréale inquiétante pour la paix de TEurope. — Mais la pauvre Pax a été aussi éphémère au ciel que sur la terre. »
L'ÉTOILE DE 1806, DANS LA COURONNE BORÉALE Wb
ce même soir du 13 mai, quelques heures avant robservation de M. Ck)urbebai88e en France, M. Schmidt, à Athènes, avait constaté le même phénomène. Athènes est en avance sur Paris de 1 heure 25 minutes, et quand lliorloge de Rochefort marquait dix heures du soir, celle d'Athènes marquait 11^ 38" ; et comme M. Schmidt a fait également son observation vers dix heures du soir, elle se trouve en avance de une heure et demie à deux heures sur celle de l'observateur français. Est-ce, toutefois, sûrement le premier soir auquel cette étoile ait été visible? Non, car la veille, le 12, il faisait beau en Angleterre, et un observateur très assidu de la voûte céleste, M. Birmingham, avait remarqué le nouvel astre, qui était encore plus brillant qu'on ne Ta vu le lendemain et se montrait pleinement de seconde grandeur, et, après avoir noté soigneusement sa position, il avait écrit à M. Huggins pour le prier d'étudier sans retard au spectroscope la lumière de ce nouveau visiteur céleste. Voilà les documents officiels des témoins de la naissance de cet astre. Il est vrai que, quelques semaines plus tard, un certain M. Barker,du Canada, a prétendu avoir vu cette étoile dès le 10, le 9, le 8 et même le 4. . . mais. . . ce n'est pas tout à fait exact.
Pour moi, jeneTai vueque le 17, après avoir reçu la nouvelledeson existence : elle était déjà descendue à la quatrième grandeur et demie.
Son triomphe fut, en effet, bien éphémère. Cette curieuse étoile a brillé tout d'un coup, le 12 mai 1866, d'un éclat comparable à celui
Fig. 97. — DimiDutlon d'édat de l'étoile T de la Couronne.
des étoiles de deuxième grandeur, puis, dès le lendemain, cet éclat commençait à diminuer; neuf jours après, elle disparassait à l'œil nu, et, trois semaines plus tard, c'est-à-dire un mois après son apparition, elle était tombée au rang de la 9* grandeur et demie. Elle a manifesté ensuite une légère recrudescence d'éclat, puis finalement est retombée
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