‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 79 sur 373 · L*ÊTOILE CAPELLA DU COCHER · texte numérisé non relu

L*ÊTOILE CAPELLA DU COCHER

de lumière : un habitant de la Terre meurt à TAge de 72 ans, au mois d octobre 1864 ; son âme s^enrole dans Capella et y arrive le lende* main de sa mort ; mais de là on voit la Terre avec un retard de près de 72 ans ; notre héros arrive juste pour assister à la mort de LfOuis XVI ; puis il se revoit lui-même à répoc[ue de sa naissance et il se retrouve petit enfant courant dans les rues de Paris, attendu qp!k cette distance on voit notre monde avec tout ce retard, et que c'est seulement le vieux Paris, avec tout ce qui s'y passut alors, qui est visible de cette région du ciel. (Voy. nos Récits de VInfini), Sous quelque aspect qu'on Tenvisage, ce fait de la transmission successive de la lumière est sans contredit Tun des plus merveilleux de la physique céleste, par les conséquences inattendues qu'il entraine au point de vue de notre conception habituelle du temps. Le passé devient un présent perpétuel voyageant dans Tinfini... Mais, au surplus, qu*est-ce que le passé? qu'est-ce que le présent? Vous vous souvenez, ô lecteur! des heures charmantes de votre enfance, lorsque votre grand*père vous faisait sauter sur ses genoux. Mais lorsque vous arrivez vousmême à la vieillesse, si vous retrouvez dans un tiroir un portrait miniature de ce grand-père, fait & l'époque de son enfance, c*est un enfant que vous avez dans les mains, et c'est vous qui êtes l'aïeul. Où est l'enfant? où est le vieillard?

Oui, de cette étoile Capella on ne peut voir actuellement la Terre qu'avec un retard de 72 ans, — en supposant une vue assez puissante ou assez transcendante] pour dbtinguer d'une pareille distance le pauvre petit séjour où nous vivotons. Daignez quelque soir élever vos regards jusqu'à elle : vous la verrez, non telle qu'elle est au moment où vous la regardez, mab telle qu'elle était au moment où sont partis les rayons lumineux qui vous en arrivent, près de soixante-douze ans auparavant. Si cette étoile s*éteignait aujourd'hui, elle brillerait encore pour nous pendant tout cet intervalle : la dépêche est partie ; l'envoyeur peut mourir; le rayon lumineux émané de ce soleil cette année 1880 n'arrivera ici que l'an 1952. Les enfants qui naissent en ce moment pourront , si Dieu leur prête vie, regarder cette étoile quand ils seront devenus septuagénaires : ils recevront seulement alors le rayon céleste lancé de son sein au moment de leur naissance. A part quelques exceptions (pour une trentaine d'étoiles),'nous voyons tous le ciel, non pas tel qu'il est, mais tel qu'il était avant qu'aucun de nous existât en ce monde I

L'étoile avec laquelle nous venons de faire connaissance est la plus brillante de la constellation du Cocher. Cette constellation est

]*une des anciennes de k sphère grecque ; les cartes célestes nous montrent là depuis un temps immémorial un cocher sans voiture ; néanmoins il tient de la main droite un fouet et des rêne8(Koy . ^g.l05) On lui a mis sur le bras gauche la Chèvre dont nous venons de parler et même deux petits chevreaux nouvellement nés. Il est probable que cette brillante étoile a été associée anciennement aux faits et gestes de la vie des champs et particulièrement au retour du printemps, comme les Hyades et les Pléiades, dont elle n'est pas fort éloignée. Quant au rapport qui peut exister entre un cocher et une chèvre, il n'est pas facile à deviner, et nous ne perdrons pas notre temps à le chercher. Ce cocher avait reçu des Grecs le nom d'Erichton, roi d'Athènes et

Fig. 108. — Ancien detain du Cocher et d«p Qémeaax (gravure sur bois de l'an 1&59).

inventeur des chars, et la Chèvre celui d'Amalthée, nourrice de Jupiter.

Dans VAlmageate de Ptolémée, cette figurée est appelée Héniochus (le cocher); dans celui de Sûfî : Mumsik al-ainna (celui qui tient les rênes) ; dans Ulugh Beîgh : Tenens h&benas, ce qui a la même signification. Elle a subi, comme ses compagnes, de singulières métamorphoses ; chez les Arabes, l'automédon céleste n'a pas de chèvre sur le bras; au xv* et au xvi* siècle, il apparaît coiffé d'un bonnet phrygien; dans Tatlas de Bayer, on le voit dessiné sous une forme analogue à celle de l'Atlas de Bode (fig. 104). Il suffira de comparer à ce dessin celui d'un Aratris de 1559 (Henri II), reproduit fig. 106, et celui de l'atlas d'Hévélius (1690), reproduit fig. 107 pour se rendre compte des différences considérables que la fantaisie des dessinateurs et le

goût des siècles ont apportées dans la configuration de cet astérisme conune dans celle de tons les antres.

Fig. 107. - Le Cocher do l'atlas d'HévéUus (1600).

Cette constellation se compose essentiellement d'une étoile de première grandeur («), de deux de seconde {fi et y)> de deux de troisième

(0 et c) et de six de quatrième, comme on peut s'en rendre compte à l'aide de notre fig. 108. L'étoile y est en même temps Tétoile fi du Taureau. On possède dans le tableau suivant la liste des principales étoiles de cet astérisme, jusqu'à la cinquième grandeur inclusivement, avec les observations d'éclat faites depuis deux mille ans : toutes ces étoiles peuvent être trouvées dans le ciel à l'aide de notre fig, 108.

ÉTOILES PBINCIPALB8 DB LA CONSTELLATION DU COCHER DEUX MILLE ANS D*OBSERVATION

ISDO

ISOO

IMO

• (Capeita) 1

var.

La comparaison de ces éclats met en évidence certaines variations assez curieuses. Ainsi l'étoile l, notée de 4* grandeur par Hipparque, l'a été de 5* par Sûfi et Ulugh-Beigh, de 6* par Tycbo et Hévélius ; l'étoile Xf qui est une brillante de la cinquième grandeur^ a été notée de 7* par Piazzi; l'étoile ^'', a été notée de 4* 1/2 par Flamsteed et de 5* 1/2 par Piazzi; l'étoile 16 paraît avoir augmenté d'éclat depuis le siècle dernier. Quant à la dernière de la liste, si elle n'a pas été notée

LA œNSTELLATION DU (X)CHER

par les anciens, c'est probablement parce qu'elle se trouve trop éloignée de la figure : toutefois^ son éclat ne parait pas constant non plus. On a qualifié de la lettre ^ toutes les étoiles du Fouet, si bien qu*il y a dix étoiles qui portent la même lettre, ce qui n'est pas d'une invention très heureuse : de tous ces psiy le plus brillant est ^'', qui est de cinquième grandeur ; plusieurs sont de sixième, et si peu remarquables, qu'il serait superflu de les encadrer dans notre description. L'étoile e varie légèrement et irrégulièrement, d'après les observations de Schmidt d'Athènes : de 1848 à 1875, elle a toujours été vue

Flf . 108. — PrlDdpftlM étoUds de U oonitoUalkm du CooiMr.

plus brillante quevi, rarement égale, et cette année-là, elle était sensiblement plus faible ; mais dès la fin de cette année elle était remontée à son éclat, et actuellement elle continue de rester plus brillante.

Au nord de Capella, au delà de Tétoile qui porte le n* 9 et à côté d'une petite étoile de sixième grandeur, il y a une étoile variable, R, qui varie de 6 1/2 à 12 1/2 dans la période de 463 jours, du moins poiu* le retour des maxima, la période des minima paraissant être de 445 jours. Intéressante à chercher dans une lunette quand l'occasion s'en présente.

L'étoile C est remarquablement brillante poiu* sa grandeur. Elle est incontestablement du quatrième ordre, mais néanmoins très écla-

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