‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 85 sur 373 · LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN

fique du ciel étoile. Pour l*œil vulgaire, toutes les étoiles se ressemblent, et l'étude générale du ciel parait dépourvue d*un intérêt direct et passionnant ; mais l'œil instruit ne tarde pas à y reconnaître une infinité de petits détails distincts, comme Toeil du botaniste qui, au milieu d'une vaste campagne, reconnait par habitude toutes les essences des bois et des plantes, là où Tœil du promeneur vulgaire ne voit qu'un fouillis d'arbres et d'herbes plus ou moins verts et plus ou moins parfumés. Combien la connaissance des choses n'augmentet-elle pas le plaisir de vivre! Comment peut-on même vivre sans s'intéresser à la connaissance de cette immense nature, dont nous faisons partie intégrante, et qui recevra notre dernier soupir comme elle a reçu notre premier vagissement !

Dans cette môme région du ciel, on trouvera avec la plus grande facilité une petite constellation, située à l'ouest du Petit Cheval, près de la Voie lactée {voy. encore notre fig. 116), et que quatre étoiles voisines arrangées en quadrilatère désignent à l'œil le plus inattentif: c'est la constellation du Dauphin. * Ce Dauphin est-il celui qui sauva le poète Arion du naufrage? Est-il celui que Neptune envoya pour découvrir la retraite d'Am-

phitrite? Ou bien est-ce Flg.lO.-PrlnclpalotétoUM de UoonitentUon du Dauphin.

Acétès, le pirate toscan qui prit la défense de Bacchus? On a dit aussi que ce pourrait bien être le poisson dans lequel Jonas vécut trois jours et trois nuits. D'autres ont cru pouvoir y saluer Apollon à son retour de l'île de Crète. Les Arabes le nommaient Al-Dulfin^ rare exemple d'étymologie grecque dans cette langue, et aussi Al-Saliby la Croix. Pour nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont ni ces symboles, ni la fable, ni ses commentaires, ce sont les étoiles qui composent ce petit astérisme. On apprendra très facilement à les reconnaître dans le ciel en se servant de notre petite fig. 123, et d'autant plus facilement que le voisinage de la brillante Altaîr, a de l'Aigle, ferait cesser toute équivoque. La forme allongée de l'arrangement des étoiles s'adapte

iW LE DAUPHIN

assez bien à l'idée d'un poisson et même à la forme spéciale du dauphin, et il n'y a rien de surprenant à ce qae les marins de Tyr ou de Sidon aient trouvé une ressemblance suffisante pour lui donner cette désignation. Voici les principales étoiles, avec les observations faites depuis deux mille ans, car, malgré son exiguïté, cette constellation fait partie des quarante-huit anciennes de la sphère grecque.

PRINGIPALIB ÉT0ILB8 DU DAUPHIN DBUX MILLB ANS D*0B8BRVATI0N

.-127 -l-MO 1&30 15M 1608 1060 1700 1800 1840 1860 1888

fi

Les deux étoiles les plus brillantes de la constellation sont aujourd'hui p et y, tandis qu'à l'époque de Bayer, c'est « qui a reçu la première lettre; «, |3, 7, i ont été, du reste, inscrites du même éclat. a a diminué, et il en est de même de ^, que Piazzi a notée de 5* grandeur. Au contraire, C et » ont augmenté lentement d'éclat depuis l'antiquité.

Il y a là troiis étoiles variables : R, S et T; la première variant, en 284 jours, de la 8* à la 13* grandeur; la seconde variant, en 275 jours, de la 8* 1/2 à la il*; et la troisième variant, en 332 jours, de la 8' 1/2 au-dessous de la 13*. Mais l'observation de ces lointaines et inconstantes lumières sort du domaine de l'astronomie populaire.

Les deux étoiles principales de cette petite constellation, a et |3, sont désignées dans le Catalogue de Piazzi sous les noms respectifs de Sualocin et Rotanev, qui n'ont rien d'arabe et sonnent à l'oreille des étymologistes comme ime véritable cacophonie de barbarismes. La recherche de l'origine arabe de ces noms a longuement intrigué l'esprit si ingénieux de l'amiral Smyth, et on le croit sans peine quand on sait qu'ils ne sont dus qu'à une plaisanterie un peu enifantine d'un astronome en bonne humeur, — sans doute de Piazzi lui-même. Ces deux noms retournés font, en effet, Nicolaus Venator, et le compagnon de Piazzi, àTObservatoire de Palerme, n'était autre que Niccolo Cacciatore, qui moiunit en 1841. Tout le monde sait que cacciatore veut

Page 1