‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 91 sur 373 · LE MOUVEMENT DE LA VIE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT DE LA VIE DANS LE CIEL

R qui Yarie de 7 à 14 en 405 joura, 8 qui varie de 9 à i3 en 322 jours, T qui varie de 5 à 6 irrégulièrement, U qui varie de 7,0 à 10,5 en 465 jours,

II n'est pas douteux, d'après tout ce qui précède, que certains types de créations dominent en certaines régions du ciel. Il est curieux également, comme on) Ta déjà remarqué, que la plupart des étoiles temporaires se soient allumées dans la zone de la Voie lactée. Ceux d'entre nos lecteurs qui voudraient suivre ces étoiles variables trouveront la première dans le même champ que 0 du Cygne : son dernier maximum est arrivé le 5 juin 1880; Tétoile est alors rouge comme un feu; elle emploie 200 jours à tomber à la treizième grandeur et 100 jours à remonter de la treizième à la septième; quelquefois, elle n'arrive qu'à la huitième. La deuxième et la quatrième sont difficiles à saisir. La troisième est marquée sur notre carte {fig. 131) et peut s'observer à l'aide d'une simple jumelle de théâtre.

Voilà les plages célestes que l'on croyait, naguère encore, être le séjour de l'immobilité, de l'inertie et de la mort I Et c'est un éphémère qui découvre ces métamorphoses, en des astres dont la vie est si longue qu'elle nous parait étemelle! Que serait-ce si, au lieu des générations humaines, si rapides, nous pouvions connaître l'histoire du ciel pendant une période de temps en harmonie avec ces grandeurs, pendant cent mille ans par exemple? Il ne subsisterait rien de cette fixité apparente : nous verrions les soleils palpiter, grandir, jeter des flammes ou s'éteindre; nous verrions les systèmes d'étoiles doubles accomplir des centaines de révolutions; nous verrions les nébuleuses se condenser ou se dissoudre; nous verrions tous les astres qui peu* plent rimmensité se précipiter dans toutes les directions, disloquer les constellations et renouveler la face de l'imivers 1

La région du ciel que nous étudions n'est pas moins riche en étoiles doubles et multiples qu'en étoiles variables.

Etd*abord, l'étoile |î, Albhreo, Tune des plus belles étoiles doubles du ciel et l'une des plus faciles à observer. Grandeurs des composantes, 3* et 6*; écartement= 34'. Fixes, depuis la première mesure qui en a été faite par Bradley en 1755. Ces deux lointains soleils brillent d'une coloration vraiment ravissante : jaune d'or et saphir, et il est difficile de les contempler sans admiration. — Ce couple est l'un des six que nous avons choisis pour composer notre planche d*étoiles doubles colorées, et là on peut juger, non de son éclat assurément, mais de sa belle coloration. — Analysée au spectroscope, chacune de ces deux

ÉTOILE DOUBLE p DU CYGNE

étoiles a montré que sa couleur lui appartient en propre ; que la petite étoile bleue, par exemple, n'est pas due à un effet de contraste causé par la coloration ardente de la plus brillante, ce qui arrive dans certains couples d'étoiles très rapprochées. On sait, en effet, que les diverses couleurs placées les unes à côté des autres se modifient mutuellement par im effet de contraste, et que le blanc lui-même paraît plus ou moins coloré s'il se trouve dominé par une couleur éclatante. Une petite étoile blanche située à côté d'ime grande étoile rouge paraîtra verte. C'est le phénomène optique bien connu sous le nom des couleurs complémentaires, qui, réunies, forment le blanc :

Le rouge produit le vert.

L*orango — le bleu.

Le jaune — le violet.

Pour savoir si la couleur d'ime petite étoile ainsi influencée est réelle, il faut, dans le champ de la lunette, masquer la grande par un fil tendu dans ce champ : lorsque l'œil ne voit plus la grande, le contraste cesse d'exercer son influence. Cette expérience a montré que plusieurs étoiles ne paraissent colorées de la couleur complémentaire que par Teflet de contraste dont nous parlons ; mais qu'un grand iK)mbre sont réellement colorées des belles nuances que l'on observe. Telle est la splendide étoile double dont nous nous occupons en ce moment. Le spectroscope, dirigé par M. Huggins vers chacune de ses composantes, a révélé deux types bien différents. Le spectre de rétoile principale, colorée d'une belle nuance jaune d'or, montre des lignes peu serrées, dont le plus grand nombre, toutefois, occupent la partie droite ou bleue du spectre, et laissent le jaune dominer sans

Fig. 196. — Spectre des deux oompoeantes de Tétoile double p du Cygne.

obstacles {fig. 136, premier spectre) ; celui de la seconde étoile, au contraire, présente un grand nombre de raies fines multipliées, surtout dans la région gauche, rouge et jaune, ce qui laisse prédominer la région bleue. Cette analyse prouve que ces deux soleils diffèrent réellement de constitution : leurs couleurs sont produites par les

KT0ILE3 DOUBLES DANS LE CYGNE t99

vapeurs suspendues dans leurs atmosphères. La constitution chimique de l'atmosphère d'une étoile dépend à son tour des éléments qui constituent l'étoile et de sa température.

Il est probable que, dans les couples d'étoiles doubles, la petite étoile s'est refroidie plus vite que la grande, est plus avancée, prépare un état planétaire. Ainsi, à l'époque où, dans notre propre système, Jupiter (qui parait encore chaud actuellement) était encore lumineux, les habitants des systèmes solaires les moins éloignés du nôtre pouvaient voir graviter autour de notre soleil im petit astre bleuâtre, dont la lumière a diminué de siècle en siècle, et qui a fini par s'éteindre tout à fait.

Dans la même constellation du Cygne, observez l'étoile o* (entre a et*, un peu au nord : voy. la fig. 131), de quatrième grandeur et demie : elle est triple, et ses deux compagnons sont respectivement de septième grandeur et demie et de cinquième et demie; le premier à 107', le second à 338'.

L'étoile principale est jaune, et les deux autres sont bleues, quoique très écartées, comme on le voit, et faciles à reconnaître dans les plus petites lunettes.

Les deux petites étoiles restent bleues lorsqu'on cache la grande.

Très beau champ d'étoiles.

L'étoile u est aussi une étoile ^

^ . - , , V . . 1 j FIg. 137. - L'ôtoUo triple o' du Cygne (éch. : 1— - 10^.

triple. L astre prmcipal, de quatrième grandeur et demie, est accompagné d'un astre secondaire, de sixième grandeur, qui lui est presque contigu, à 3'7 : c'est un système orbital très incliné sur notre rayon visuel ; mais il n'a encore décrit que 8 degrés depuis un siècle ; la distance a diminué de 6'8 à 3'7. Non loin de là, brille ime troisième étoile, de septième grandeur et demie, à 210^, qui, d'après les mesures que j'en ai prises, n'est pas attachée au précédent système, et forme simplement avec lui un groupe de perspective. — On voit d'autres étoiles plus rapprochées, mais très petites.

Près de l'étoile variable x, à V de temps à l'ouest et à 50' au nord, on voit une étoile double particulièrement intéressante, désignée aussi par la même lettre. (Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, on l'appelle désormais xS la variable étant x*.) C'est le n* 17 de Flamsteed, et

tOO CURIEUSES ÉTOILES DANS LE OYONE

c'est probablement même celle-là que Bayer a nommée X : les indications de grandeur que j'ai reproduites au tableau précédent se rapportent à une seule étoile de 1603 à 1700, car c'est seulement depuis 1800 que ces deux étoiles sont nettement distinguées l'une de l'autre par les astronomes. La double se compose d'un astre de cinquième grandeur (5,3) et d'un de buitième, écartés à 26' Tun de l'autre, et

fixes depuis cent ans que nous

avons les yeux attacbés sur ce

couple. C'est un système pby-

sique, animé d'un mouvement

propre assez fort vers le sud.

On peut distinguer, tout près,

à 1 5' au sud-sud-ouest, un char-

"^s • • • • mant petit couple, formé de

deux étoiles de huitiëine gran-

\ deur, écartées à 3", qui tour-

^^ iT7« uent lentement l'une autour de

l'autre, et qui sont emportées aussi par un même déplace- •^ ment vers l'ouest, de sorte

Monvementdedôux couplet d'éU>Uet<UDt le Cygne. qQ^^ SCloU tOU te probabilité,

ces deux systèmes sont associés dans leur destinée et voguent de concert dans les champs du ciel.

Mais, de toutes les étoiles de cette riche constellation, la plus intéressante pour nous est sans contredit la célèbre 61* du Cygne : c'est la première étoile dont la distance ait pu être calculée; c'est une étoile double particulièrement remarquable, et c'est en même temps l'une des plus rapides par le mouvement propre qui l'emporte à travers rimmensité. De plus, on peut l'apercevoir à l'œil nu et diriger sur elle une petite lunette qui la dédouble. A l'aide de notre fig. 131, vous pourrez remarquer qu'elle forme un quadrilatère avec «, y et «, et que, étoile de cinquième grandeur, elle se trouve entre r et v, de quatrième. Il est difficile de la regarder, môme u l'œil nu, sans émotion, lorsqu'on connaît son histoire.

Le premier astronome qui ait appelé l'attention sur cette étoile est Piazzi, qui, en 1804, reconnut la grandeur du mouvement propre dont elle est animée. Cependant, en 1812, on lisait dans un article du Moniteur universel : ce M. Bcssel vient de reconnaître les mouvements respectifs de la 61* du Cygne et de sa suivante. » Piazzi publia une petite note dans son catalogue de 1814 (p. 153) pour constater la

priorité de son travaU, et Bessel fut le premier à lui rendre justice (*). Le mouvement constaté était considérable et tout nouveau, car presque toutes les étoiles du ciel étaient encore considérées comme fixes. Voici ce mouvement, qui n'est encore dépassé jusqu'à présent que par une seule étoile connue (1830, Groombridge) :

IfOaVBMBNT ANNUEL DB LA 61« DU CYGNE.

Ascension droite + O», 341. Déclinaison + 3', 11. Total = 5', 08.

Ainsi, cette étoile double se déplace dans le ciel de 508"^ ou 8'28* en cent ans, — le quart du diamètre apparent de la pleine lune, — et depuis mille ans seulement elle a déjà parcouru 84' ou 1 d^ré 24 minutes. Le tableau précédent montre que les anciens n'avaient pas remarqué cette étoile, et que la première observation ne date que d*Hé-

VéliuS (1660). C'est par la p,^. ,3,. . m,^,,„,,, rapide de laei- du cygne.

comparaison des observa- Espoce parcouru en dix mUle ans.

tions deFlamsteed (1700)

et de Bradley (1755) avec les siennes (1800) que Piazzi reconnut le déplacement, lequel, vérifié plus tard avec une précision plus minutieuse encore, s'est déclaré être celui que nous venons d'inscrire.

Le mouvement est dirigé à peu près vers l'étoile a, au nord de laquelle le couple de la 61* passera dans quinze cents ans. Il y a quatre mille ans, il est passé au nord de la belle étoile e. On se formera une idée exacte de ce mouvement si rapide, — le plus rapide que

(') Les questions de priorité sont trop personneUes pour être intéressantes. Je remarquerai, toutefois, que la même confusion vient d'arriver à mon égard et pour la même étoile. Aussi, par la comparaison de 122 années d'observations, j'ai trouvé en 1874, et présenté à l'Académie dos Sciences, dans la séance du 18 janvier 1875, la confirmation de l'hypothèse émise mais non acceptée par W. Struve dès 1851, que les deux composantes de la 61« du Cygne ne présentent aucun indice de mouvement de révolution l'une autour de l'autre, mais se meuvent décidément en ligne droite. Un astronome anglais, mon ami M. Wilson, a présenté au mois d'avril, twis mois plus tard, la même conclusion à la Société astronomique de Londres. Or, M. Guillemiu {leCiel, p. 744), ayant à parler de cette conclusion, l'attribue non pas à mes recherches, mais à celles de M. WUson — et aussi à ccUes de M. Otto Struve, qui dit absolument le contraire, car il conclut que le mouvement va en se ralentissant et pourrait bien ^re orbital.

ASTUONOMIE. — SUPPLÉMENT. 26

nous connaissions pour une étoile visible à Tœil nu, — par Texamen de notre fig. 1 39, sur laquelle je l'ai tracé pour dix mille ans : cinq mille ans avant notre époque et cinq mille ans après nous. La grandeur apparente de la pleine lune, dessinée à la même échelle , fait mieux apprécier la vitesse de ce mouvement. — Si toutes les étoiles couraient ainsi, l'aspect des constellations changerait en moins de mille ans.

Si Ton adopte pour la parallaxe de cette étoile la détermination qui paraît la plus sûre ((/,511), on trouve que, ce chiffre représentant 37 millions de lieues, le mouvement annuel, de 5', 08, équivaut à peu près à dix fois cette valeur, soit à 370 millions de lieues environ, ce qui donne au minimum un million de lieues par jour pour ce mouvement. Comme nous ne la voyons pas de face, mais sous une obliquité plus ou moins grande, il est certain que cette curieuse étoile est lancée dans l'immensité avec une vitesse beaucoup plus rapide encore!

C'est précisément la rapidité de ce mouvement propre qui a donné aux astronomes l'idée de chercher la distance de ce lointain soleil. Depuis longtemps on pensait que les étoiles les plus brillantes devaient être les plus proches; mais les recherches faites sur elles, notamment sur les plus éclatantes, Sirius, Véga, Arcturus, Altalr, Rigel, n'ayant conduit qu'à des résultats négatifs, on eut l'idée d essayer sur des étoiles qui se distinguaient par d'autres caractères, tels que la rapidité de leur mouvement. Il n'est pas douteux, en effet, que, sur dix étoiles dont le mouvement réel sera le môme, la plus proche de nous paraîtra marcher le plus vite, tandis que la plus éloignée paraîtra marcher le plus lentement. C'est comme un train de chemin de fer, suivant que nous le voyons de près ou de loin. La 61* du Cygne se signalait donc par elle-même à cet égard, et, dès 1812, à l'Observatoire de Paris, Arago et un jeune savant, qui devait plus tard devenir son beau-frère, M. Mathieu (mort seulement il y a quelques années, à l'âge de quatre-vingt-douze ans), s'ingénièrent à déterminer la parallaxe de cette étoile, et trouvèrent un chiffre quelconque; mais l'opération, telle qu'ils l'avaient conduite avec un instrument insuffisant, aurait dû leur donner zéro, et le chiffre qu'ils avaient trouvé venait d'une... erreur. Vingt-six ans plus tard, Bessel reprit le môme travail à l'aide d'un instrument plus parfait, et trouva un premier chiffre approché de cette parallaxe tant désirée. Il recommença le même travail en 1840. C'était la première fois que l'homuncule terrestre mesurait vraiment les cieux, et cette découverte produisit une impression bien légitime sur les esprits qui sont aptes à concevoir le sublime.

Les hommes supérieurs, philosophes, savants ou poètes, s'enthousiasmèrent de ce progrès scientifique bien autrement que d'une révolution politique quelconque. On se souvient de la conversation de Gœthe avec Eckermann, quelques jours après la révolution de 1830. Toute la ville de Weimar était en mouvement. L'ami du vieux philosophe arrivait chez lui le 2 août, dans l'après-midi. « Eh bien, lui cria Gœthe en le voyant, que pensez- vous de ce grand événement? Le volcan a fait explosion : tout est en flammes; ce n'est plus un débat à huis clos! — C'est une terrible aventure, répondit Eckermann; mais dans des circonstances pareilles, avec un tel ministère, pouvait-on attendre une autre fin que le renvoi de la famille royale? — Ehl qui vous parle de cela? répliqua le grand philosophe. Il s'agit d'un débat bien autrement grave et d'une conquête bien autrement importante que les querelles départis : il s'agit du débat entre Cuvier et Geoffroy Saint-HÛaire. Je me réjouis d'avoir assez vécu pour voir le triomphe général d'une théorie à laquelle j'ai consacré ma vie. Et maintenant, je puis mourir ! »

C'est qu'en efi*et la révolution scientifique opérée par Geoffroy Saint-IIilaire ruinait pour toujours les théories classiques officielles dont Cuvier s'était fait le défenseur; !a nature allait être désormais étudiée librement et sans parti pris; la doctrine profonde et féconde du transformisme préparait les victoires auxquelles nous assistons aujourd'hui, et une conception saine des lois générales de l'univers et du développement de la création apparaissait pour la première fois dans l'esprit humain. Que sont les émeutes politiques devant les ascensions delà pensée? Qui se souvient des révolutions les plus sanglantes des Égyptiens, des Mèdes, des Perses, des Grecs ou des Romains? Les étapes de la science, au contraire, s'élèvent de siècle en siècle et éclairent progressivement notre esprit dans la connaissance de la Vérité.

La parallaxe de la 61* du Cygne indique que la distance de cette étoile est de 404000 fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-diro de 15 trillions de lieues. C'est ï étoile la plus proche de tout notre hémisphère boréal et, de toutes celles que nous puissions observer de la France, la seule qui soit plus rapprochée, a du Centaure appartenant à l'hémisphère austral et ne se levant jamais au-dessus de notre horizon. — La lumière emploie six années pour venir de là.

Mais ce n'est pas seulement par son mouvement et par sa distance que cette étoile se recommande si particulièrement à notre attention, c*est encore par sa nature stellaire et par son caractère. Pointez une

lunette sur elle, et vous la dédoublerez très facilement. Ses deux composantes sont de cinquième et demie et de sixième grandeur, et

leur écartement actuel est de 20^. On les croyait en mouvement orbital rapide. Dès Tannée 1812, Bessel avait annoncé qu'elles devaient tourner en 400 ans Tune autour de Tautre; puis on a allongé la période à 450, 520 et 600 ans. Mais les mesures prises d'année en année ont successivement montré Tinvraisemblance de toutes les orbites calculées. En fait, si Ton place sur un même diagramme toutes les positions observées depuis la plus ancienne mesure (celle de Bradley, en 1753), on trouve qu'elles s'alignent parfaitement en ligne droite. C'est ce que j'ai fait {fig. 141). Voici, du reste, le résumé des positions observées :

Fig. 140. -.La 61« da Cygne.

Bessel.

Mayer et J. Herschel.

Piozzi.

W. Struve.

W. Struve et W. Herschel.

W. Struve, Dawes, Smyth, Kaiser.

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