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Fig. 174. — Principales étoiles d Ophiuchus et tlu SerpenU
Le tableau ci-après présente les principales étoiles qui la composent, avec la comparaison des observations faites depuis deux mille ans. Plusieurs m'ont donné, je l'avoue, un assez grand embarras pour leur identification, et cette comparaison m'a montré que Bayer n'a pas observé lui-même cette région du ciel, car il est impossible d'admettre qu'elle ait subi depuis son époque tous les changements qui en résulteraient. Il y a surtout un groupe d'étoiles qui pourrait nous remplir de perplexité : c'est celui des étoiles 6, l, o, iv. A, b et c de la carte de Bayer. La différence est telle qu'on n'imaginerait pas qu'il
LA CONSTELLATION D'OPUIUCHUS
s'agisse là du même canton de la sphère céleste. Du reste, déjà, à Paris, il nous est assez difficile de bien observer cette région, car elle ne s'élève qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon du sud, et pendant la courte durée de son apparition (août), le crépuscule, le clair de lune, les brumes ou les nuages, réduisent de beaucoup les heures d'observation. Bayer a eu les mêmes difficultés à Augsbourg. (Mais tout en concluant qu'il n'a pas vérifié personnellement ce groupe, cela ne prouve en rien qu'il n'ait pas observé toutes les autres constellations faciles à vérifier pour la latitude qu'il habitait.)
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
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Je reproduis ici, comme document instructif, quatre dessins de ce groupe, qui montrent quelles incohérences existent encore aujourd'hui dans les cartes astronomiques et quelles difficultés s'opposent parfois à la sûreté des identifications (c'est ce qui amène souvent des longueurs inattendues et des retards désespérants dans des travaux de la nature de celui-ci). Le premier de ces dessins est celui de Bayer
Fig. I7Ô. — Variations dans les cartes célestes.
(1603), le second, celui de l'atlas de Flamsteed (1753), le troisième, celui de l'atlas de Bode (1800); le quatrième représente l'état réel actuel du ciel. Cette comparaison montre que le groupe de Bayer n'existe pas. Et il n'a jamais existé, car dès le dixième siècle de notre ère, l'astronome persan Ald-al-Rahman al-Sûfi décrivant le ciel d'après ses propres observations, signale ces étoiles dans l'ordre suivant :
« La 12° (k)) se trouve sur le genou droit; c'est une brillante étoile de la 3» grandeur, située au bord occidental de la petite branche de la Voie lactée. La 13° (l) se trouve au-dessous, vers le sud : elle est des moindres de la 4" grandeur. La 14° (A) est la précédente des quatre étoiles qui se trouvent dans la jambe droite, c'est aussi une petite de la 4° grandeur. La 15° (6) suit immédiatement; c'est une brillante de la 4°. La 16° [b] incline un peu vers le nord ; elle est des moindres de la 5°. La 17° (c) la suit de très près et est des moindres de la 5°. Ces quatre étoiles sont dans la jambe droite. La 18° (58) suit ces quatre étoiles immé* diatement, inclinant un peu vers le nord ; elle est aussi des moindres de la cinquième. »
Cette description correspond encore à peu près à l'état actuel du ciel. Une légère différence provient du mouvement propre de A qui emporte rapidement cette étoile vers le sud-sud-ouest en l'éloignant de 9; mais depuis le temps de Sùfi, depuis 920 ans, le déplacement n'a été que de 19' 28" ou de moins d'un tiers de degré.
248 OI'HIUCHUS. - L'CTOILE TEMPORAIRL; DH 1604
L'étoile iï de Bayer n'existe pas et n'a jamais existé. Cette lettre doit donc être effacée de la constellation. Cependant on la voit encore sur beaucoup de catalogues et de cartes modernes. L'étoile ode Bayer n'existe pas davantage. On a donné cette lettre à l'étoile du n" 67 de Flamsteed, située dans le groupe que l'on voit à gauche de y; c'est encore là une équivoque nuisible. L'étoile appelée depuis 6 ne corres- / pond pas à la position de celle qui porte cette lettre sur l'atlas de Bayer. Celui-ci a pris dans le catalogue de Tycho-Brahé plusieurs étoiles qui étaient marquées comme ayant une latitude boréale, tandis qu'elles en avaient une australe. L'étoile ^ a été appelée ppar Flamsteed, 6 par Bode, et les astronomes suivants ont tout simplement supprimé la lettre pour couper court à tout embarras, sans paraître s'apercevoir que loin de le diminuer, ce procédé l'augmentait encore.
Au milieu d'une telle confusion, dont on pourrait trouver plusieurs exemples en d'autres points de cette constellation, il est difficile de décider sur la variabilité de ces étoiles. Ainsi, 6 paraît variable si l'on compare Hévélius (1660) à Bayer (1603) et à Tycho (1590); mais sur l'atlas d'Hévélius, il y a là la même incertitude que sur les autres. L'étoile [1. paraît varier de 4 à 5 1/2; elle est à peine plus brillante en ce moment (août 1880) que sa voisine p, xvii, 99, qui varie sans doute aussi elle-même. L'étoile ?, paraît diminuer d'éclat. L'étoile X a été vue de A' par Tycho; de 5' par Sùfi, Ulugh Beigh, Piazzi ; de 6" par Flamsteed, Argelander, Heis; elle est actuellement de 4,7. L'étoile 36 A varie de 4 à 6. L'étoile 45 d n'a été notée que de sixième par Flamsteed et surpasse aujourd'hui la cinquième. Enfin l'étoile 71 a diminué d'éclat jusqu'à devenir invisible à l'oeil nu.
Deux étoiles temporaires ont brillé, en 1604 et 1848, dans cette constellation d'Ophiuchus. La première a été observée par Fabricius, et par Kepler qui écrivit un ouvrage entier sur elle : De stellà nova in pedeSerpentàrii. Comme la fameuse étoile de 1572 dont nous avons rapporté l'histoire en décrivant la constellation de Cassiopée, elle surpassait, le jour de son apparition (10 octobre 1604), les étoiles de première grandeur et Jupiter lui-même, atteignant presque l'éclat de Vénus. Sa scintillation était d'une vivacité extraordinaire. En janvier 1605, elle était encore plus brillante que Antarès, mais un peu inférieure à Arcturus. Elle descendit à la deuxième grandeur en février, à la troisième en mars, puis l'observation devint impossible, cette région du ciel disparaissant alors au-dessous de l'horizon. Lorsqu'on la rechercha six mois plus tard, elle avait disparu pour l'œil nu; il était d'ailleurs impossible de la suivre au delà de la vision
OPHIUCHUS. — L'ÉTOILE TEMPORAIRE DE 1604 'i49
naturelle, les lunettes n'ayant été inventées que quatre ans plus tard. Elle a dû tomber progressivement à la neuvième grandeur au moins, car on n'a jamais revu en ce point du ciel aucune étoile supérieure à ce faible éclat : notre fig. 176 représente la marche la plus probable de cette curieuse diminution de lumière. Sa position n'a pas été déterminée avec autant de précision que celle de l'étoile de 1572; le lieu le plus sur est situé par 17" 23"° d'ascension droite et 21° 22' de déclinaison australe, entre les étoiles l et 58, et justement près du groupe perplexe dont nous parlions tout à l'heure (voy. notre fig. 174). On ne voit là en ce moment aucune étoile supérieure à la 9' grandeur (16 872 du Catalogue d'Œltzen). Ceux d'entre nos lecteurs qui aiment
Fig. 176. — Variation d'éclat de l'étoile temporaire de 1604.
le ciel et qui ont une assez bonne lunette en leur possession seraient bien inspirés de la diriger de temps en temps vers ce point : ils pourraient assister à la résurrection de cet astre et attacher leur nom à une découverte intéressante.
Non loin de là, entre ■/) et C, ou, plus exactement, entre -/i et 20 voy. notre fig. 174), une étoile de quatrième grandeur et demie fut observée par l'astronome anglais Hind le 28 avril 1848. On la„vit à l'œil nu jusqu'au 1 1 mai; puis elle tomba au-dessous de la sixième grandeur; au mois de juillet elle atteignait la septième; au mois de jum 1849 on l'observa de dixième, et depuis 1850 on la voit de onzième. Elle se trouve à 16" 52" et 12» 42'. Intéressante à rechercher, comme la précédente.
Cette constellation renferme trois autres étoiles variables, R, S et T; mais elles ne sont jamais visibles à l'œil nu et ne peuvent être trouvées qu'à l'aide d'instruments montés en équatoriaux.
Il importe maintenant de signaler ici plusieurs systèmes multiples