‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 193 sur 399 · LE SCORPION. — LE SAGITTAIRE · texte numérisé non relu

LE SCORPION. — LE SAGITTAIRE

le sens du mouvement de B, il est difficile de juger de la marche de la troisième étoile à la seule inspection de ces angles, et il vaut mieux, les transformer en mesures directes de A à C. C'est ce que j'ai fait,' et inscrit à côté. On voit que de 1782 à 1835 l'angle a diminué de 18°, tandis que depuis 1835 il flotte autour de 73". Il y a là un' stationnement, quand même on voudrait mettre la rétrogradation sur le compte des erreurs d'observations , qui sont en effet extrêmement difficiles; or, puisque le mouvement n'est pas uniforme, il faut qu'il y ait une cause perturbatrice : cette cause reste cachée dans le mystère du fameux Problème des trois Corps.

L'interprétation des mesures ne permet pas de conclure rigoureusement sur la nature de la courbe, car quelques dixièmes de seconde de différence suffisent pour donner les quatre recourbements représentés au sommet du diagramme, et comme les mesures se font sur le point central entre A et B et non sur un point lumineux net et saisissable, on ne peut certainement pas répondre d'un ou deux dixièmes. Nous sommes ici dans un cas analogue à celui de ^ du Cancer. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'étoile s'est arrêtée vers 1840, qu'elle est revenue sur ses pas depuis cette époque jusque vers 1870, et que depuis dix ans elle continue sa direction première : elle est actuellement au point où elle est passée en 1827 et 1860. Mouvement bien étrange : l'explique qui pourra. Je crois pouvoir assurer que toutes les académies du monde réunies en conseU n'en donneraient pas la solution.

On peut voir, tout près de ce système, à 3',7 à l'est et à 4',38 au sud, un autre couple, dont les composantes (gr. = 7%4 et 8%1) restent fixes à 102° et 10". Peut-être ce second système est-il lui-même associé au premier.

Que de spectacles à contempler ! Que de contrées nouvelles à visiter ! Mais nous arrivons au Sagittaire.

Cette constellation est reconnaissable, dans les belles nuits d'été et dans les belles soirées d'automne, par les cinq étoiles [a, 1, S, eet-n qui en dessinent l'arc, à 25 degrés ou 1 heure 40 minutes environ à l'est d'Antarès. C'est certainement cet arc qui a donné aux hommes primi- I tifs, pasteurs , chasseurs et guerriers, l'idée de placer là un archer lançant une flèche. La vieille et inexpliquée tradition des centaures a inspiré le dessin du personnage moitié homme et moitié cheval qui est représenté là depuis la plus haute antiquité sur les cartes célestes (fig. 279). Il est certain qu'il n'y a jamais eu de centaures,

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d'hommes-chevaux, de sextupèdes, car leur organisation anatomique est tout à fait en dehors du système de la vie terrestre; cependant les antiques traditions égyptiennes et grecques sont peuplées de ces personnages ; certains anachorètes de la Lybie assuraient en avoir vu aux premiers siècles du christianisme, et c'est même à un être de cette race, au centaure Chiron, que les anciens astronomes attribuaient l'invention de la sphère céleste, la première représentation du ciel faite sur un globe pour l'enseignement de la cosmographie. Peut-être la tradition descend-elle de l'époque de la conquête du cheval, et de l'étonnement des familles primitives qui virent passer comme un rêve devant elles les premiers cavaliers à la poursuite de leur proie. Le Sagittaire ou « l'homme à l'arbalète » est dessiné sur l'ancienne sphère par l'arbalète elle-même dont nous avons signalé les étoiles, et par la flèche lancée de (t à y; le groupe d'étoiles v, ?, o, n marque la tète; « et (3 indiquent le pied de devant, et w, A, b, c la croupe du Centaure. Mais plusieurs remaniements ont modifié le dessin primitif. En avant du Sagittaire, un groupe d'étoiles représente si clairement une couronne que, dès le temps d'Eudoxe, l'archer céleste porte une couronne d'étoiles sur l'un de ses pieds antérieurs : c'est la Couronne australe. En 1752, Lacaille enleva plusieurs étoiles au Sagittaire pour pouvoir glisser en cette région la lunette dont nous avons déjà parlé. Ici se montre tout particulièrement l'inconvénient d'avoir modifié les constellations anciennes au profit des nouvelles et d'avoir trop souvent dessiné celles-ci au détriment des premières : l'étoile n du Sagittaire, par exemple, a été supprimée pour être incorporée au Télescope sous la lettre p, de telle sorte qu'elle porte à la fois ces deux désignations, et que dans plusieurs descriptions on est arrivé à la confondre avec ,â du Sagittaire. Comme pendant au Télescope, Lacaille a dessiné un Microscope derrière les pieds du cheval, en enlevant aussi plusieurs étoiles à l'ancienne constellation pour en faire don à la nouvelle. Là aussi, au sud du Scorpion, est représenté l'AuieZ {fig. 279, p. 401). Sa position est renversée ; il faut que celui qui l'a placé de la sorte, — il y a vingt-cinq ou trente siècles, — l'ait vu ainsi, ou l'ait dessiné sur un globe en tournant le pôle sud en haut.

> Les Arabes voient dans le groupe ■')rmé par les étoiles y, (J, e etn

du Sagittaire une « Autruclie qui va à l'abreuvoir » , la Voie lactée

étant la rivière ; et ils nomment le groupe formé par <t, y, t et Ç « l'Au-

'truche qui revient de l'abreuvoir ». Ils ont imaginé là tout un petit

paysage méridional, jusqu'au « sable où l'Autruche dépose ses œu( ; )/.

La constellation du Sagittaireparaît avoir été dessinée pour la | re-

ASTIiONOMIE. SUPPLÉMENT. b^Z

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mière fois, en même temps que celle du Bélier, par Cléostrate, de Ténédos, au sixième siècle avant notre ère.

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SAGITTAIIIE DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION

ÉT0ILE3

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p. XVIII

Lacaille8310 0

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Ptolémée présente les étoiles « et (3 comme appartenant à la seconde grandeur, et Bayer a suivi cette tradition en leur assignant les deux premières lettres. Lors de ses observations faites à l'île Sainte-Hélène, en 1677, Halley, remarque qu'elles ne sont que de quatrième; et s'il n'ose pas encore attaquer l'incorruptibilité des cieux toujours enseignée et vénérée dans les Ecoles, il admet toutefois un changement — ce qui, en définitive, revient à peu près au même : « quod corporum

Fig. 2S3. — Principales étoiles de la constellation du Sagittaire.

cœlestium, dit-il, si non corruptibilitatem, saltem mutabilitatem demonstrare videtur. »

Mais déjà, au dixième siècle, Sûfi signalait la différence entre l'état du ciel et le tableau deVAlmageste. D'après ses observations, (3 se range parmi les petites de la quatrième grandeur, et « est également des moindres de cette grandeur. Il n'est pas probable que Ptolémée ait commis une erreur, car en rédigeant son catalogue d'après les observations d'Hipparque et les siennes propres , il a exposé avec un

soin minutieux l'état de la science à cette époque, et les diverses copies de VAlmageste s'accordent toutes sur cet éclat. Cependant, si nous pouvions trouver d'autres observations anciennes de ces deux étoiles, notre appréciation serait encore plus sûre. Or, précisément Aratus. paraît signaler ces étoiles dans le passage suivant : « Sous le Sagit-{ taire, dit-il, on aperçoit un cercle qui n'est pas brillant (en effet, lesprincipales étoiles de la Couronne ne sont que de quatrième grandeur) ; mais sous les premiers pieds on voit des étoiles qui ont beaucoup plus d'éclat » . Ces étoiles doivent être a et (3 du Sagittaire, car il n'y en a pas d'autres dans cette région du ciel.

Ainsi les étoiles a et (3 du Sagittaire sont tombées de la deuxième à la quatrième grandeur. Leur lumière paraît encore instable et flotter de3|à4|.

Les étoiles 9 et t ont subi une diminution corrélative. Tandis que Ptolémée les dit absolument de la troisième, Sûfi remarque qu'elles sont des moindres de la quatrième. Lacaille et Piazzi ont même noté e de 5° |, et Maraldi déclare qu'il l'a cherchée en vain et ne l'a vue reparaître, de 6' grandeur, qu'en 1699.

On ne trouve l'étoile x sur aucun ancien catalogue, de sorte qu'il est impossible de rien conclure à son égard. Je ne sais oîi Bayer a pris cette troisième grandeur, et il n'est pas probable qu'il l'ait observée lui-même. Cassini assure que Halley l'a vue de 3° grandeur en 1676, de 6° en 1692 et de 4" en 1694. Il me semble qu'il y a ici quelque erreur, car cette étoile ne brille que par son absence dans le catalogue de Halley, et quant à ce que cet astronome l'ait observée en 1692 et 1694, ce serait assez difficile, puisque cette étoile ne s'élève pas au-dessus de l'horizon de l'Angleterre.

l paraît osciller de la troisième à la quatrième grandeur. Mayer a noté [j.^ du même éclat que [>.' ; mais ses indications sont souvent indécises.

L'étoile V est la plus ancienne étoile désignée comme double. Ptolémée l'appelle « néphéloeidès kaï diplous » nébuleuse et double. Sûfi et Ulugh Beigh lui donnent la même désignation. Il y a là deux étoiles de cinquième grandeur, écartées seulement à 12' l'une de l'autre , et qui paraissent rester fixes l'une par rapport à l'autre. Les anciens les séparaient, comme nous, à l'œil nu, mais pas avec netteté. ir a été notée de 5 1 par d'Agelet, de 4| par Piazzi, de 4 par Flamsteed, Lalande et les anciens, de 3| par Halley et Mayer, de 3 par Argelander et Heis.

(7 paraît osciller de 2| à 4 ; u de 4 à 6 ; (p de 3 | à 5.

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