S6 SIRIUS
Aussi longtemps que la distance des étoiles les plus proches est restée inconnue, on a pu croire que Sirius était le soleil le plus voisin de notre système, et que même il pouvait exercer une influence sur notre soleil. Mais lors même qu'on supposait sa parallaxe égale à 1 ", William Herschel avait calculé qu'en lui attribuant une masse égale à celle de notre soleil, l'attraction mutuelle des deux corps l'un vers l'autre serait si faible à une pareille distance que c'est à peine s'ils sentiraient leur influence réciproque ; toutefois cette influence ne serait pas nulle : les deux soleils s'avanceraient l'un vers l'autre, d'abord avec une inconcevable lenteur, se rapprochant h peine d'une infinitésimale fraction de millimètre pendant la première journée; mais leur marche s'accélérerait insensiblement , ils s'avanceraient l'un sur l'autre avec une vitesse croissante, et, après 33 millions d'années d'un vol progressivement accéléré, se rencontreraient, se briseraient, se broieraient, se fondraient Viin dans Vautre avec une telle violence que leur mouvement transformé en chaleur les ferait disparaître tous deux en fumée, ou pour mieux dire en une immense nébuleuse... Mais cette hypothèse ne s'applique qu'au cas où notre soleil et Sirius existeraient seuls et dormiraient en repos dans le sein de l'infini. En réalité, ils n'ont jamais été en repos, n'ont jamais été abandonnés à leur seule influence mutuelle; au contraire, ils sont lancés l'un comme l'autre dans l'espace, animés de forces personnelles, et subissent d'ailleurs l'influence des autres centres d'attraction. Notre soleil vogue actuellement vers la constellation d'Hercule. Sirius est derrière nous relativement à notre translation séculaire dans l'espace. Nous nous éloignons l'un de l'autre, et notre éloignement s'accroît chaque année de 268 millions de lieues, chaque jour de sept cent mille ! D'une paz^t le spectroscope révèle, par le déplacement des lignes spectrales du côté de l'extrémité rouge du spectre, un éloignement de 35 kilomètres par seconde ou de 268 millions de lieues par an. D'autre part, le mouvement propre sur la voûte céleste, perpendiculaire au rayon visuel, constaté par les positions prises chaque année aux instruments méridiens, est de 1"34 par an, ce qui, à la distance de Sirius correspond à 160 millions de lieues. La résultante de ces deux mesures (AC et AB), fig. 318, indique pour le mouvement réel (AD) de Sirius dans l'espace une marche oblique qui s'élève à la vitesse de 297 millions de lieues par an.
Le mouvement propre sur la sphère céleste dirige l'éclatante étoile vers le sud-ouest, vers ^ du Grand Chien, où elle arrivera dans 400 siècles environ, vers la petite constellation de la Colombe, vers